BOT-RDALOUE. — 1070. — PUISSANCE DE JÉSUS-CHRIST, ETC
de scandales ; la profession que vous ferez, el une profession haute et publique de vivre en chrétiens, après avoir vccu en libertins; voilà le miracle qui prouvera que Jésus-Christ crucifié est lui-même personnellement la force et la vertu de Dieu. Ah! Seigneur, serais-je assez heureux pour obtenir que ce miracle s'accomplît visiblement dans mes auditeurs, comme il s'accomplit en effet dans les soldats qui furent présents à votre mort, et dont plusieurs s'attachèrent à vous comme à l'auteur de leur salut? Donnerez-vous pour cela, Seigneur, à ma parole, assez de bénédiction ; et puis-je espérer qu'entre ceux qui m'écoutent, il y en aura d'aussi touchés que le centenier, c'est-à-dire qui sortiront de cette prédication , non-seulement attendris, mais convertis; non-seulement baignés de larmes , mais commençant à glorifier Dieu par leurs œuvres; non-seulement persuadés, mais sanctifiés et pénétrés des sentiments chrétiens que cette première vérité a dû leur imprimer? Que le juif infidèle se scandalise de la croix; Jésus- Christ mourant est la puissance et la force de Dieu incarné , Clirisium cruel fxum Dei virlulem; vous l'avez vu. Que le gentil s'en moque, et qu'il traite la croix de folie ; Jésus-Christ mourant est la sagesse de Dieu même , Clirisium crucifxiim Dei sapientiam ; vous l'allcz voir dans la seconde partie.
lîOSSlTîT. — IGTO. — ORAIS. FIN. I>E IIENR. D ANGLETERRE. 123
ORAISOxN FUiNÈBRE (le
HENRIETTE- ANNE d'ANGLETERRE , DUCHESSE d'ORLÉANS ,
prononcée par Bossuct, à Saint-Denis, le vingt-unième jour d'août 1670.
Vanilas variitatum, dixit Ecclesiastes; vanitas vanitatum, et omnia vanitas. — Vanité des vanités, a dit rEcclésiastC; vanité des vanités, et tout est Tanité. Eccl. i, 2.
Monseigneur y,
J'élais donc encore destiné à rendre ce devoir funèbre a très-haule et très-puissante princesse Ilcnrielle-Annc d'Angleterre, duchesse d'Orléans. Elle, que j'avais vue si attentive pendant que je rendais le même devoir à la reine sa mère , devait ctre sitôt après le sujet d'un discours semblable ^ ; et ma triste voix était réservée à ce déplorable ministère. 0 vanité! ô néant! ô mortels ignorants de leurs destinées! L'eùt-elle cru il y a dix mois? Et vous, Messieurs, eussiezvous pensé , pendant qu'elle versait tant de larmes en ce lieu , qu'elle dût sitôt vous y rassembler pour la pleurer elle-même? Princesse , le digne objet de l'admiration de deux grands royaumes , n'était-ce pas assez que l'Angleterre pleurât votre absence, sans être encore réduite à pleurer votre mort? et la France, qui vous revit avec tant de joie environnée d'un nouvel éclat, n'avait-elle plus d'autres pompes et d'autres triomphes pour vous, au retour de ce voyage fameux d'oi^i vous aviez remporté tant de gloire et de si belles espérances ^? « Vanité des vanités, et tout est vanité. » C'est la seule parole qui me reste; c'est la seule réflexion que me permet, dans un accident si étrange, une si juste et si sensible douleur. Auss; n'ai-jc point parcouru les livres sacrés pour y trouver quelque
» M. le Prince, duc d'Orléans. — « Notes hist. N" 62. — ' Elle était revenue de ce voyage le 22 mai, six semaines avant sa mort. Ibid. N" 67.
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texte que je pusse appliquer à cette princesse. J'ai pris sans étude et sans choix les premières paroles que me présente l'Ecclésiasle, où, quoique la vanité ait été si souvent nommée, elle ne l'est pas encore assez à mon gré pour le dessein que je me propose. Je veux dans un seul malheur déplorer toutes les calamités du irenre humain , et dans une seule mort faire voir la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines. Ce texte, qui convient à tous les étals et à tous les événements de notre vie, par une raison particulière devient propre à mon lamentable sujet, puisque jamais les vanités de la terre n'ont été si clairement découvertes, ni si hautement confondues K Non, après ce que nous venons de voir, la santé n'est qu'un nom, la vie n'est qu'un songe , la gloire n'est qu'une apparence , les grâces et les plaisirs ne sont qu'un dangereux amusement: tout est vain en nous, excepté le sincère aveu que nous faisons devant Dieu de nos vanités, et le jugement arrêté qui nous fait mépriser tout ce que nous sommes.
Mais dis-jela vérité? L'homme, que Dieu a fait à son image, n'est-il qu'une ombre? Ce que Jésus-Christ est venu chercher du ciel en la terre, ce qu'il a cru pouvoir, sans se ravilir, racheter de tout son sang, n'est-ce qu'un rien? Reconnaissons notre erreur. Sans doute ce triste spectacle des vanités humaines nous imposait; et l'espérance publique, frustrée tout à coup par la mort de cette princesse, nous poussait trop loin. 11 ne faut pas permettre à l'homme de se mépriser tout entier, de peur que, croyant avec les impies que notre vie n'est qu'un jeu où règne le hasard , il ne marche sans règle et sans conduite au gré de ses aveugles désirs. C'est pour cela que l'Ecclésiaste , après avoir commencé son divin ouvrage par les paroles que j'ai récitées, après en avoir rempli toutes
* C'est le texte et l'idée du discours de saint Jean Chrysostome parlant sur la chute d'Eutrope,