AVANT-PROPOS. VII
d'écrire. De même, tout en admirant les pins célèbres orateurs d'aujourd'hui , nous avons cru qu'il fallait attendre le jugement de la postérité pour les élever dans nos écoles à la hauteur de nos écrivains classiques. Si l'on voulait faire connaître les chefs-d'œuvre de l'éloquence étrangère et contemporaine , il faudrait les ranger dans une galerie à part , où figureraient les plus nobles inspirations oratoires , non-seulement de la Grande-Bretagne , mais aussi des autres contrées de l'Europe , de l'Italie qui a ses Ségneri , du Portugal fier de Vieyra , de la Pologne qui vérifie douloureusement aujourd'hui la parole prophétique de Scarga dans ses diètes , de l'Espagne qui vient de voir toute l'Europe catholique émue par la foi éloquente de son Donoso Cortès ; et c'est ce que nous serions heureux de faire si la divine providence nous accordait assez de loisir pour ce travail curieux , mais après tout d'un intérêt secondaire.
L'omission des préceptes Sii^i^ëiés idées du genre, des jugements littéraires portés par nos grands critiques , des analyses oratoires faites par l'éditeur lui-même, pourra paraître moins excusable , puisque là se trouvent des commentaires utiles pour l'intelligence comme pour l'appréciation des discours. Mais pourquoi répéter dans un recueil de modèles oratoires ce que les élèves ont déjà dans leurs traités de rhétorique ? Pourquoi, dans une galerie déjà trop étroite pour les chefs-d'œuvre de l'art , donner tant de place aux sentences d'une critique qui n'a guère multiplié ses pages que pour reproduire son admiration sous dès formes différentes? Lorsqu'on compare , en effet , les brillantes thèses écrites sur
Tlil AYANT-PROPOS.
nos grands orateurs par Laharpe , par Maury , par Dussault, par Chateaubriand, par M. Yillemain , on y trouve un fond de remarques communes , dont la répétition augmente le volume d'un recueil sans y grossir en proportion le trésor des faits et des icfées. Nous sommes loin tb trouver à redire à ces grands hommages rendus au génie par'';des talents supérieurs , dignes eux-mêmes d être étudiés ; n^is nous avons cru devoir réserver aux chefs-d'œuvre 'le quart de notre volume qu'il aurait fallu donner à leurs admiï^ateurs, et abandonner aux professeurs le soin de faire connaître aux élèves ces jugements et ces critiques. Il faut bien laisser quelque chose à faire au maître , sous peiné de l^onclamner à des explications sans nouveauté.
C'est celte pensée de l'intérêt à conserver aux classes qui nous a fait supprimer les analyses , qui doivent montrer à l'élève l'idée principale d'un discours et la filiation des arguments sortis de cette idée mère. Il nous a paru plus avantaseux d'en réserver la découverte à l'étude et à la sas:acité des jeunes gens sous la direction de leurs maîtres. C'est le' sentiment de plusieurs professeurs de belles -lettres^'dont' nous avons consulté le goût et l'expériGnce. Nous ne nous sommes donc permis d'analyser les discours que lorsque nous les avons abrégés. Il fallait bien , dans ce cas , qu'un ijijpide aperçu de l'ensemble et des parties supprimées mît le lecteur à même de comprendre la suite des idées.
Il nous reste à expliquer l'importance et la place que nous avons données à l'hisloireifans un manuel d'éloquence. ,
Que l'histoire soit indispensajjle à l'interpi'étatioi^ de cer-