BOSSUET. — 1081. — SERMON
les assortit l'un avec Tautre. Ainsi, de quelque côté qu'il la considère , il est hors de lui ; et ravi en admiration il s'écrie : Quam pulchra iahernacula lua, Jacoh, et tentoria tua, Israël! a Que vous êtes admirables sous vos tentes , enfants de Jacob!» quel ordre dans votre camp! quelle merveilleuse beauté paraît dans ces pavillons si sagement arrangés; et si vous causez tant d'admiration sous vos lentes et dans votre marche, que sera-ce quand vous serez établis dans votre patrie !
Il n'est pas possible, mes frères, qu'à la vue de celle auguste assemblée vous n'entriez dans de pareils sentiments. Une des plus belles parties de l'Eglise universelle se présente à vous : c'est l'Eglise gallicane qui vous a tous engendrés en Jésus-Christ; église renommée dans tous les siècles, aujourd'hui représentée par tant de prélats que vous voyez assistés de l'élite de leur clergé, et tous ensemble prêts à vous bénir, prêts à vous instruire, selon l'ordre qu'ils en ont reçu du Ciel. C'est en leur nom que je vous parle; c'est par leur autorité que je vous prêche. Qu'elle est belle celte Eglise gallicane, pleine de science et de vertu ! mais qu'elle est belle dans son tout, qui est l'Eglise catholique; et qu'elle est belle saintement, inviolablement unie à son chef, c'est-à-dire, au successeur de saint Pierre! 0 que cette union ne soit point troublée! que rien n'altère cette paix et cette unité où Dieu habile!
Esprit-Saint , Esprit pacifique, qui faites habiter les frères unanimement dans votre maison , a(îermissez-y la paix. La paix est l'objet de cette assemblée. Au moindre bruit de division, nous accourons effrayés pour unir parfaitement le corps de l'Eglise, le père et les enfants, le chef et les membres, le sacerdoce et l'empire. Mais puisqu'il s'agit d'unité, commençons à nous unir par des vœux communs, et demandons tous ensemble la grâce du Saint-Esprit par Tintercession de la sainte Vierge. Ave.
SUR l'unité de l'église» 195
Messeigneurs ,
« Regarde, et fais selon le modèle qui t'a été montré sur la montagne. » C'est ce qui fut dit à Moïse, lorsqu'il eut ordre de construire le tabernacle ^ Mais saint Paul nous avertit^ que ce n'est point ce tabernacle bâti de main d'homme qui doit être travaillé avec tant de soin et formé sur ce beau modèle : c'est le vrai tabernacle de Dieu et des hommes; c'est l'Eglise catholique , oii Dieu habite, et dont le plan est fait dans le ciel. C'est aussi pour celle raison que saint Jean voyait dans l'Apocalypse « la sainte cité de Jérusalem % » et l'Eglise qui commençait à s'établir par toute la terre; il la voyait, dis-je, descendre du ciel. C'est là que les dessins en ont été pris : « Regarde, et fais selon le modèle qui t'a été montré sur cette montagne. »
Mais pourquoi parler de saint Jean et de Moïse? Ecoutons Jésus-Christ lui-même. 11 nous dira «qu'il ne fait rien que ce qu'il voit faire à son Père*. » Qu'a-t-il donc vu, chrétiens, quand il a formé son Eglise? Qu'a-t-il vu dans la lumière éternelle et dans les splendeurs des saints où il a été engendré devant l'aurore? C'est le secret de l'Epoux, et nul autre que l'Epoux ne le peut dire.
« Père saint, je vous recommande ceux que vous m'avez donnés , » je vous recommande mon Eglise; « gardez-les en votre nom, afin qu'ils soient un comme nous'. » Et encore : «Comme vous êtes en moi et moi en vous, ô mon Père, ainsi qu'ils soient un en nous. Qu'ils soient un comme nous; qu'ils soient un en nous^ » Je vous entends, ô Sauveur; vous voulez faire votre Eglise belle , vous commencez par la faire parfaitement une. Car qu'est-ce que la beauté, sinon un rapport,
» Exod. XXV. 40. — 2 Hebr. vin. 9. — ' Apoc, xxi. 10. — * Joan. v. 19. — s Ihid. XYll. 11. — « Ibid. xvii. 21, 22.