‹ Chefs-d'œuvre d'éloquence françaiseChapitre 25 sur 87 · SUR L UNITÉ DE L ÉGFJSE · texte numérisé non relu

SUR L UNITÉ DE L ÉGFJSE

semble une immortelle beauté; et chaque troupe, chaque chœur des anges a sa beauté particulière, inséparable de celle du tout. Cet ordre a passé du ciel à la terre; et je vous ai dit d'abord qu'outre la beauté de l'Eglise universelle, qui consiste dans l'assemblage du tout, chaque église, placée dans un si beau tout avec une justesse parfaite, a sa grâce particulière. Jusqu'ici tout nous est commun avec les saints anges, mais saint Grégoire nous a fait remarquer que le péché n'est point parmi eux; c'est pourquoi la paix y règne éternellement. Celte cité bienheureuse, d'où les superbes et les factieux ont clé bannis, oii il n'est resté que les humbles et les pacifiques , ne craint plus d'être divisée. Le péché est parmi nous; malgré notre infirmité l'orgueil y règne, et, lirant tout à soi, il nous arme les uns contre les autres. L'Eglise donc qui porte en son sein , dans ce secret principe d'orgueil qu'elle ne cesse de réformer dans ses enfants, une éternelle semence de division, n'aurait point de beauté durable, ni de véritable unité, si elle ne trouvait dans son unité des moyens de s'y affermir, quand elle est menacée de division.

Ecoutez ; voici le mystère de l'unité catholique et le principe immortel de la beauté de l'Eglise. Elle est belle et une dans son tout, c'est ma première partie , oii nous verrons la beauté de tout le corps de l'Eglise; belle et une en chaque membre, c'est ma seconde partie, où nous verrons la beauté particulière de l'Eglise gallicane dans ce beau tout de l'Eglise universelle; belle et une d'une beauté et d'une unité durables, c'est ma dernière partie , où nous verrons dans le sein de l'unité catholique des remèdes pour prévenir les moindres commencements de division et de trouble. Que de grandeur et que de beauté ! mais que de force, que de majesté, que de vigueur dans l'Eglise ! Car ne croyez pas que je parle d'une beauté superficielle qui trompe les yeux. La vraie beauté vient de la santé ; ce qui rend l'Eglise forte, la rend belle. Son unité la rend

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belle, son unité la rend forte. Voyons donc dans son unité et sa beauté et sa force. Heureux si l'ayant vue belle, premièrement, dans son tout, et, ensuite, dans la partie à laquelle nous nous trouvons immédiatement attachés, nous travaillons à finir jusqu'aux moindres dissensions qui pourraient défigurer une beauté si parfaite. Ce sera le fruit de ce discours, et c'est sans doute le plus digne objet qu'on puisse proposer à un si grand auditoire.

Bossuet, dans le développement historique et théoJogique des trois parties de ce discouis, soutient la majesle de son exorde : jamais il n'eut plus d'élévation d'idées, de magnificence d'images , de verve et d'originalité. Ce serait le chef-d'œuvre de son éloquence, si c'était celui de sa doctrine. Mais forcé de concilier son respect pour l'Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises, avec les prétentions de sa puissante fille, l'Eglise gallicane, alors fâcheusement réunie pour définir ses libertés, le grand orateur se trouva dans une position fausse, où il eut besoin de toute sa foi et de toute sa pieuse politique pour maintenir son auditoire et demeurer lui-même dans cette unité qu'il proclame. 11 s'élance tantôt à droite, tantôt à gauche; pour quatre pas qu'il fait en avant, il eu fait deux en arrière; et sa chaleur est à tout instant refroidie par des protestations, soit qu'il ait peur de son enthousiasme, quand il célèbre la suprématie et l'infaillibilité des successeurs de saint Pierre , soit qu'il redoute la hardiesse des libertés qu'il réclame et veut en même temps défendre contre les soupçons d'un schisme. Ce n'est pas le cas d'entrer dans les questions théologiques soulevées à cette époque, où l'Eglise gallicane, soutenue par Louis XIV, et oubliant la logique, voulut soumettre l'autorité des représentants de Jésus-Christ à celle des conciles qu'ils président et qu'ils sanctionnent, et leur enlever la puissance des Canons qu'ils ont faits. Nous ne voulons qu'expliquer l'embarias de l'orateur : on en jugera par sa conclusion , mélange d'abandon et de réserve, d'hommages solennellement rendus et de leçons témérairement faites à la mère de toutes les Eglises.

Qu'elle est grande l'Eglise romaine soutenant toutes les Eglises, « portant, dit un ancien pape ', le fardeau de tous

* Joan. vni, Epist. lxxx; Concil. t. IX, p. 66.

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ceux qui souffrent, » entretenant l'unité , confirmant la foi , liant et déliant les pécheurs, ouvrant et fermant le ciel! Qu'elle est grande, encore une fois, lorsque, pleine de l'autorité de saint Pierre , de tous les Apôtres , de tous les conciles , elle en exécute , avec autant de force que de discrétion , les salutaires décrets! Quelle a été sa puissance, lorsqu'elle l'a fait consister principalement à tenir toute créature abaissée sous l'autorité des Canons, sans jamais s'éloigner de ceux qui sont les fondements de la discipline ; et qu'heureuse de dispenser les trésors du ciel, elle ne songeait pas à disposer des choses inférieures que Dieu n'avait pas mises en sa main M

Dans cet état glorieux oii vous paraît l'Eglise romaine, et les rois et les royaumes sont trop heureux d'avoir à lui obéir. Quel aveuglement, quand des royaumes chrétiens ont cru s'affranchir, en secouant, disaient-ils, le joug de Rome, qu'ils appelaient un jong étranger ! comme si l'Eglise avait cessé d'être universelle; ou que le lien commun, qui fait de tant de royaumes un seul royaume de Jésus-Christ, pût devenir étranger à des chrétiens. Quelle erreur , quand des rois ont cru se rendre plus indépendants en se rendant maîtres de la religion! au lieu que la religion, dont l'autorité rend leur majesté inviolable, ne peut être pour leur propre bien trop indépendante, et que la grandeur des rois est d'être si grands qu'ils ne puissent , non pins que Dieu dont ils sont l'image , se nuire à eux-mêmes, ni par conséquent à la religion qui est l'appui de leur trône. Dieu préserve nos rois très-chrétiens de prétendre à l'empire des choses sacrées , et qu'il ne leur vienne jamais une si détestable envie de régner !...

L'Eglise de France est zélée pour ses libertés : elle a raison ^...

* Voilà une des leçons faites au Saint-Siège, et cachées sous l'éloge. — - Correctif demandé par l'assemblée.

200 BOssuET. — 4681. — sermon sur l'unité de l'église.

Sainte Eglise romaine , mère des Eglises et mère de tous les fidèles, Eglise choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même foi et dans la même charité, nous tiendrons toujours à Ion unité par le fond de nos entrailles. « Si je t'ouhlie, Eglise romaine, puissé-je m'oublier moi-même! Que ma langue se sèche et demeure immobile dans ma bouche, si tu n'es pas toujours la première dans mon souvenir, si je ne te mets pas au commencement de tous mes cantiques de réjouissance. » Adiiœreat Hngua mea faucibiis meîs , si non meminero lui , si non proposuero Jérusalem inprincipio lœliliœ meœ '...

Tremblez à l'ombre même de la division ; songez au malheur des peuples, qui, ayant rompu l'unité, se rompent en tant de morceaux, et ne voient plus dans leur rehgion que la confusion de l'enfer et l'horreur de la mort. Ah ! prenons garde que ce mal ne gagne. Déjà nous ne voyons que trop parmi nous de ces esprits libertins, qui sans savoir ni la religion, ni ses fondements, ni ses origines, ni sa suite, « blasphèment ce qu'ils ignorent, et se corrompent dans ce qu'ils savent; « nuées sans eau , » poursuit l'apôlre saint Jude -, docteurs sans doctrine, qui pour toute autorité ont leur hardiesse, et pour toute science leurs décisions précipitées ; « arbres deux fois morts et déracinés, » morts premièrement parce qu'ils ont perdu la charité , mais doublement morts, parce qu'ils ont encore perdu la foi, et entièrement déracinés, puisque, déchus de l'une et de l'autre, ils ne tiennent à l'Eglise par aucune fibre ; « astres errants » qui se glorifient dans leurs routes nouvelles et écartées, sans songer qu'il leur faudra bientôt disparaître...

1 Ps. Cîxxvi. 6. — « Epist. 10, 12 et 13.

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