‹ Chefs-d'œuvre d'éloquence françaiseChapitre 30 sur 87 · DE PIERRE CORNEILLE · texte numérisé non relu

DE PIERRE CORNEILLE

ble ; accorda heureusement la vraisemblance et le merveilleux ; et laissa bien loin derrière lui tout ce qu'il avait de rivaux , dont la plupart, désespérant de l'atteindre et n'osant plus entreprendre de lui disputer le prix, se bornèrent à combattre la voix publique déclarée pour lui, et essayèrent en vain , par leurs discours et par leurs frivoles critiques, de rabaisser un mérite qu'ils ne pouvaient égaler.

La scène retentit encore des acclamations qu'excitèrent à leur naissance le Cid, Horace. Cinna, Pompée, tous ces chefsd'œuvre représentés depuis sur tant de théâtres , traduits en tant de langues, et qui vivront à jamais dans la bouche des hommes. A dire le vrai , où trouvera-t-on un poëte qui ait possédé à la fois tant de grands talents, tant d'excellentes parties, l'art, la force, le jugement, l'esprit? Quelle noblesse, quelle économie dans les sujets ! quelle véhémence dans les passions ! quelle gravité dans les sentiments ! quelle dignité, et en même temps quelle prodigieuse variété dans les caractères! Combien de rois, de princes, de héros de toutes nations nous a-t-il représentés toujours tels qu'ils doivent être , toujours uniformes avec eux-mêmes , et jamais ne se ressemblant les uns aux autres ! Parmi tout cela une magnificence d'expression proportionnée aux maîtres du monde qu'il fait souvent parler, capable néanmoins de s'abaisser quand il veut, et de descendre jusqu'aux plus simples naïvetés du comique, où il est encore inimitable ; enfin , ce qui lui est surtout particulier, une certaine force , une certaine élévation qui surprend, qui enlève, et qui rend jusqu'à ses défauts — si on lui en peut reprocher quelques-uns — plus estimables que les vertus des autres. Personnage véritablement né pour la gloire de son pays, comparable, je ne dis pas à tout ce que l'ancienne Rome a eu d'excellents tragiques, puisqu'elle confesse ellemême qu'en ce genre elle n'a pas été fort heureuse, mais aux Eschyle, aux Sophocle, aux Euripide, dont la fameuse Athè*

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