‹ Chefs-d'œuvre d'éloquence françaiseChapitre 42 sur 87 · FÉNELON. — 1603. — DISCOURS ACADÉMIQUE · texte numérisé non relu

FÉNELON. — 1603. — DISCOURS ACADÉMIQUE

plusieurs places fortifiées dans une seule ; au dedans une armée entière pour garnison; au dehors la face de la terre couverte de troupes innombrables d'Allemands, d'Anglais, de Hollandais, d'Espagnols, sous un chef accoutumé à risquer tout dans les batailles '. La saison se dérègle , on voit une espèce de déluge au milieu de l'été : toute la nature semble s'opposer à Louis-

En même temps il apprend qu'une partie de sa flotte, invincible par son courage, mais accablée par le nombre des ennemis, a été brûlée ^ ; et il supporte l'adversité comme si elle lui était ordinaire. 11 paraît doux et tranquille dans les difficultés, plein de ressources dans les accidents imprévus, humain envers les assiégés, jusqu'à prolonger un siège si périlleux pour épargner une ville qui lui résiste et qu'il peut foudroyer. Ce n'est ni en la multitude de ses soldats aguerris, ni en la noble ardeur de ses officiers, ni en son propre courage, ressource de toute l'armée, ni en ses victoires passées, qu'il met sa confiance; il la place encore plus haut, dans un asile inaccessible, qui est le sein de Dieu même. Il revient enfin victorieux, les yeux baissés sous la puissante main du Très-Haut qui donne et qui ôte la victoire comme il lui plaît; et, ce qui est plus beau que tous les triomphes, il défend qu'on le loue

Dans cette grandeur simple et modeste, qui est au-dessus non-seulement des louanges, mais encore des événements puisse-t-il, iMessieurs, puisse-t-il ne se confier jamais qu'en la vertu, n'écouter que la vérité, ne vouloir que la justice, être connu de ses ennemis — ce souhait comprend tout pour la félicité de l'Europe, — devenir l'arbitre des nations après avoir

^ Le prince d'Orange , à la tête de cent raille hommes. — ^ Lg 29 juillet 1692, dans la Manche, à la Hogue. Le brave comte de Tourville la commandait; il n'avait que quarante-quatre vaisseaux, la flotte ennemie en avait quatre-vingtdix ; il soutint glorieusement le combat pendiut tout un jour, et sa retraite fut belle , mais la marée lui manqua, et quatorze de ses vaisseaux furent brûlés.

B'iWîlESSEAU. — 1695. — MERCURIALE. 345

guéri leur jalousie, faire sentir toute sa bonté à son peuple dans ^ne paix- profonde, être longtemps les délices du genre humain, et ne régner sur les hommes que pour faire régner Dieu au-dessus de lui !

Voilà, Messieurs, ce que M. Pellisson aurait éternisé dans son histoire : TAcadémie a fourni d'autres hommes dont la voix est assez forte pour le faire entendre aux siècles les plus reculés. Mais une matière si vaste vous invite tous à écrire : travaillez donc tous àl'envi, Messieurs, pour célébrer un si beau règne. Je ne saurais mieux témoigner mon zèle à celte compagnie que par un souhait si digne d'elle.

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