‹ Chefs-d'œuvre d'éloquence françaiseChapitre 44 sur 87 · EXORDE · texte numérisé non relu

EXORDE

du sermon qu'il prêcha à Versailles, pour la fêle de Tous les Saints, le i'' novembre 1699 '.

Beatiqui lugent , quoniam ipsi consolabuntur. — Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. Matth. v, 5.

Sire,

Si le monde parlait ici à la place de Jésus-Christ , sans doute il ne tiendrait pas à Votre Majesté le même langage. Heureux le prince, vous dirait-il, qui n'a jamais combattu que pour vaincre; qui n'a vu tant de puissances armées contre lui, que pour leur donner une paix plus glorieuse; et qui a toujours été plus grand, ou que le péril, ou que la victoire.

Heureux le prince, qui, durant le cours d'un règne long et florissant, jouit à loisir des fruits de sa gloire, de l'amour de ses peuples, de l'estime de ses ennemis, de l'admiration de l'univers, de l'avantage de ses conquêtes, de la magnificence de ses ouvrages, de la sagesse de ses lois , de l'espérance auguste d'une nombreuse postérité; et qui n'a plus rien à désirer que de conserver longtemps ce qu'il possède.

Ainsi parlerait le monde ; mais, Sire, Jésus-Christ ne parle pas comme le monde.

Heureux, vous dit-il, non celui qui fait l'admiration de son siècle; mais celui qui fait sa principale occupation du siècle h venir, et qui vit dans le mépris de soi-même et de tout ce qui passe; parce que le royaume du ciel est à lui. Beau pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regmim cœlorum ^.

Heureux, non celui dont l'histoire va immortaliser le règne et les actions dans le souvenir des hommes ; mais celui dont les larmes auront effacé l'histoire de ses péchés du souvenir de

1 Massillon avait alors trente-sept ans. Notes /list. N» 222. — * Matth. v, 3.

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