MASSILLON, — 1699. — SON DÉBUT A LA COUR
Dieu même ; parce qu'il sera éternellement consolé. Beati qui lugent, quoniam ipsi consolabuntur '.
Heureux , non celui qui aura étendu par de nouvelles conquêtes les bornes de son empire; mais celui qui aura su renfermer ses désirs et ses passions dans les bornes de la loi de Dieu; parce qu'il possédera une terre plus durable que l'empire de l'univers. Beati mites , quoniam ipsi possidebunt terram -.
Heureux, non celui qui, élevé par la voix des peuples audessus de tous les princes qui l'ont précédé, jouit à loisir de sa grandeur et de sa gloire; mais celui qui, ne trouvant rien sur le trône même digne de son cœur, ne cherche de pa'rfait bonheur ici-bas que dans la vertu et dans la justice; parce qu'il sera rassasié. Beati qui esuriunl et siliunt juslitiam^ quoniam ipsi saturahuntur ^
Heureux, non celui à qui les hommes ont donné les titres glorieux de grand et d'invincible; mais celui à qui les malheureux donneront devant Jésus-Christ le titre de père et de miséricordieux; parce qu'il sera traité avec miséricorde, Beati miséricordes , quoniam ipsi misericordiam consequentur '' .
Heureux enfin, non celui qui, toujours arbitre de la destinée de ses ennemis, a donné plus d'une fois la paix à la terre; mais celui qui a pu se la donner à soi-même, et bannir de son cœur les vices et les affections déréglées qui en troublent la tranquillité; parce qu'il sera appelé enfant de Dieu. Beati pacifici, quoniam fdii Dei vocahuntur\
Voilà, Sire, ceux que Jésus-Christ appelle heureux; et l'Evangile ne connaît point d'autre bonheur sur la terre que la vertu et l'innocence.
Grand Dieu ! ce n'est donc pas cette longue suite de prospérités inouïes dont vous avez favorisé la gloire de son règne,
1 Matth. V, B. — 2 Ibid. 4.-3 Ibid. 6. — * Ibid. 7. - » Ibid. 9.
BOSSUET. — 169(j A 170:2. — dernière inspiration. 365
qui peut le rendre le plus heureux des rois. C'est par là qu'il est grand ; mais ce n'est pas par là qu'il est heureux. Sa piété a commencé sa félicité. Tout ce qui ne sanctifie pas Thomme, ne saurait faire le bonheur de l'homme. Tout ce qui ne vous met pas dans un cœur, ô mon Dieu, n'y met ou que de faux biens qui le laissent vide, ou que des maux réels qui le remplissent d'inquiétude; et une conscience pure est la source unique des vrais plaisirs.