‹ Chefs-d'œuvre d'éloquence françaiseChapitre 7 sur 87 · SUR LA ROYAUTÉ DE JÉSUS-CHRTST. M · texte numérisé non relu

SUR LA ROYAUTÉ DE JÉSUS-CHRTST. M

joiig- cic Jésus. Les Mc'des, les Arméniens, et les Perses, cl les Indiens les plus reculés; les Maures et les Arabes, et ces vastes provinces de l'Orient; l'Egypte et l'Ethiopie, et l'Afrique la plus sauvage; les Scythes toujours errants, les Sarmates, les Gétuliens, et la Barbarie la plus inhumaine a été apprivoisée par la doctrine modeste du Sauveur Jésus. L'Angleterre, ah! la perfide Angleterre , que le rempart de ses mers rendait inaccessible aux Romains, la foi du Sauveur y est abordée : Brilannorum inaccessa Romanis loca, Cluislo vero suhdila . Que dirai-je des peuples des Espagnes, et de la belliqueuse nation des Gaulois, l'effroi et la terreur des Romains, et des fiers Allemands, qui se vantaient de ne craindre autre chose sinon que le ciel tombât sur leurs tètes? Ils sont venus à Jésus, doux et simples comme des agneaux, demander pardon humblement, poussés d'une crainte respectueuse. Rome même, cette ville superbe qui s'était si longtemps enivrée du sang des martyrs de Jésus, Rome la maîtresse a baissé la tète, et a porté plus d'honneur au tombeau d'un pauvre pêcheur qu'aux temples de son Romulus : Oslendatur milii Romœ lanlo in honore templum Romuli, in quanlo ibi oslendo memoriam Petri-.

Il n'y a point d'empire si vaste qui n'ait été resserré dans quelques limites, a Jésus règne partout, dit le grave Tertullien... Jésus est adoré partout. Devant lui la condition des rois n'est pas meilleure que celle des moindres esclaves. Scythes ou Romains, Grecs ou Barbares , tout lui est égal , il est égal à tous, il est roi de tous , il est le Seigneur et le Dieu do tous. » Chrisli regnum et nomen uhiqne porrigitur; uhique régnai, uhique adoralur; non régis apud illum major gralia, non barhari alicujus inferior lœliiia; omnibus œqualis, omnibus rex, omnibus Deuset Dominus esl\ Et ce qui est de plus

1 Tert. adv. jud. n. 7. — « S. AuG. in Ps. xuv. n. 23 ; Oper. t. IV. p. 394. — ^ Tertul. adv. Jud. n. 7.

^^ BOSSUET. — lOafi. —SERMOX

admirable, c'est que ce ne sont point les nobles et les empereurs qu. lui ont amené les simples et les roturiers : au contrane ,1 a amené les empereurs par l'autorité des pêcheurs Il a permis que les empereurs, avec toute la puissance du monde , résistassent à sa pauvre Eglise par toute sorte de cruautés , afin de faire voir qu'il ne tenait pas son royaume de appui n, de la complaisance des grands. Mais quand il lui a plu d abaisser à ses pieds la majesté de l'empire : Venez venez a moi , ô Césars; assez et trop longtemps vous avez per' secute mon Eglise ; entrez vous-mêmes dans mon royaume ou vous ne serez pas plus considérables que les moindres de vos sujets. Au mémetemps, Constantin, ce triomphant empereur, obéissant à la Providence, éleva l'étendard de la croix au-dessus des aigles romaines , et par toute l'étendue de l'empire la paix fut rendue aux Eglises.

Où êtes-vous, ô persécuteurs? que sont devenus ces lions rugissants qui voulaient dévorer le troupeau du Sauveur '^ Mes irt'res, Ils ne sont pins; Jésus lésa défaits; « ils sont tombés à ses pieds. » PopuU sub le cadenl. 11 en est arrivé comme de saint Paul. « Jésus fit mourir son persécuteur, et mit en sa place un disciple. » Occism est inimicus Chrisli, vivit discipulus Chmti, dit saint Augustin \ Ainsi ces peuples farouches, qui fremissfiient comme des lions contre les innocents agneaux de Notre- Seigneur, ils ne sont plus, ils sont morts; «Jésus .es a frappés au cœur : « In corda inimicorum. « C était dans le cœur qu'ils s'élevaient contre lui, c'est dans Je cœur qu'il les a abaissés : « Cadunt In corde. Ihi se eriqebout adversus Christum, ihi cadunt anle Christum. « Les flèches de mon Maître ont percé le cœur de ses ennemis : « Sagitlœpotentis aculœ, in corda inimicorum régis. Il les a blesses de son saint amour. « Les ennemis sont défaits ; mon

^/«/'v. xuv n.16;0/;,;..t. tv.p.389

Sauveur en a fait des amis. )> Ceciderunl ; ex inimicis amici facli sunt: inimici morlui sunt, amici vivunl \ Et comment cela? a Par la croix : » Domuit orbem, non ferro, sed ligno \ « Le royaume qui n'était pas de ce monde a dompté le monde superbe, non par la fierté d'un combat, mais par l'humilité de la patience : « Regnum quod de hoc mundo non erat, superbum mundum non alrocilale pugnandi, sedpaiiendi humiiilale vincebat ^

C'est pourquoi dans ce même temps — faites avec moi cette dernière remarque — dans ce même temps, dis-je, dans lequel, la paix étant donnée à l'Eglise, tout ne respirait que Jésus, on lui élevait des temples de tous côtés, on renversait les idoles par toute la terre; dans ce même temps où les vénérables évéques, qui sont les princes de son empire, s'assemblèrent de toutes parts à Nicée pour y tenir les premiers états généraux de tout le royaume de Jésus-Christ, dans lesquels toutes les provinces du monde confessèrent sa divinité ; dans ce même temps la croix précieuse à laquelle avait été pendu le Sauveur, croix qui jusques alors avait été cachée — et peut-être que la Providence divine jugeait que la croix de Notre-Seigneur paraissait assez en ses membres durant la persécution des fidèles — la croix donc jusques alors cachée, pesez toutes ces circonstances, fut découverte en ce temps par de grands et extraordinaires miracles; elle fut reconnue, elle fut adorée. Et ce n'est point ici une histoire douteuse : elle doit être approuvée par tous ceux qui aiment les antiquités chrétiennes, dans lesquelles nous la voyons très-évidemment attestée. Eh ! penseriez-vous bien, chrétiens, qu'une chose si mémorable, si célèbre parmi les Pères, soit arrivée en ce temps sans quelque profond conseil de la sagesse éternelle ? cela est hors de

« /?« Ps. XLiv. n. 16 ; Oper. t. IV. p. 389. — 2 Iti Ps. xcv. n. 2 ; Oper. t. IV. p. 1033. — ^ In Joan. tract, cxvi. n. 1 ; Oper. t. III. pari. ii. p. 794.

li BOï>SLET. — 1()0<>. — SERMON

ioule apparence. Que dirons-nous donc en celte rencontre? c'est que tout le monde est dompté, tout a fléchi sous les lois du Sauveur.

Paraissez, paraissez, il est temps, ô croix qui avez fait cet ouvrage : c'est vous qui avez brisé les idoles; c'est vous qui avez subjugué les peuples; c'est vous qui avez donné la victoire aux valeureux soldats de Jésus , qui ont tout surmonté par la patience. Vous serez gravée sur le front des rois, vous serez le principal ornement de la couronne des empereurs, ô croix qui êtes la joie et l'espérance de tous les fidèles.

Concluons donc de tout ce discours que la croix est un trône magnifique, que le nom de Jésus est un nom bien digne d'un roi; et qu'un Dieu descendant sur la terre,- pour vivre parmi les hommes, n'y pouvait rien faire déplus grand, rien de plus royal , rien de plus divin , que de sauver tout le genre humain par une mort généreuse.

Après avoir prononcé celle première partie de son sermon, qui avait déjà retendue d'un discours ordinaiie, l'orateur, manquant de temps pour la seconde, ne lit qu'indiquer brièvement à son auditoire quelques grandes idées sur le sacerdoce de .Jésus-Christ; puis il tira sa péroraison de la royauté du Sauveur. Elle est apostolique et chaleureuse ; sa date nous est indiquée par cette apostrophe au peuple de Metz :

Quand on vous parlait ces jours passés de ces lâches qui avaient vendu aux ennemis de l'Etat les places que le roi leur a confiées, on vous a vus frémir d'une juste indignation \ Vous les nommiez des traîtres , indignes de voir lejour, pour avoir ainsi lâchement trompé la confiance du prince et manqué de foi à leur roi. Fidèles aux rois de la terre, pourquoi ne sommes-nous traîtres qu'au Roi des rois?...

Mes frères, le roi Jésus nous a confié à tous une place, qui lui est de telle importance qu'il Ta voulu acheter par son

' Noies hist. N" 2.

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sang: celle place, c'est notre âme, qu'il a commise à notre lidélilé. Nous sommes obligés de la lui garder, par un serment inviolable que nous lui avons prêté au baptême. Il l'a munie de tout ce qui est nécessaire, au dedans par ses grâces et son Saint-Esprit, au dehors par la protection angélique. Rien n'y manque, elle ne peut être prise que par trahison. Traîtres et perfides que nous sommes, nous la livrons à Satan ; nous vendons à Satan le prix du sang de Jésus, à Satan son ennemi capital , qui a voulu envahir son trône , qui , n'ayant pas pu réussir au ciel dans son audacieuse entreprise, est venu sur la terre lui disputer son royaume, et se faire adorer en sa place. 0 perfidie ! ô indignité ! c'est pour servir Satan que nous trahissons notre prince crucifié pour nous , notre unique libérateur.

Figurez-vous, chrétiens, qu'aujourd'hui, au milieu de cette assemblée, paraît tout à coup un ange de Dieu qui fait retentir à nos oreilles ce que disait autrefois Elle aux Samaritains: « Peuples, jusqu'à quand chancellerez-vous entre deux partis?» Quoiisque claiidicalis in duas parles^ '1 Si le Dieu d'Israël est le vrai Dieu, il faut l'adorer; si lîaal est Dieu, il faut l'adorer. Chers frères, les prédicateurs sont les anges du Dieu des armées. Je vous dis donc aujourd'hui à tous, et Dieu veuille que je me le dise à moi-même comme il faut : Quoiisque claudicatis? Jusqu'à quand serez-vous chancelants? Si Jésus est votre roi, rendez-lui vos obéissances; si Satan est votre roi, rangez-vous du côté de Satan. 11 faut prendre parti aujourd'hui. Ah ! mes frères, vous frémissez à cette horrible proposition. A Jésus! à Jésus! dites-vous; il n'y a pas ici lieu de délibérer...

Mes frères, ne voulez-vous pas bien que je renouvelle aujourd'hui le serment de fidélité que nous devons tous à notre

1 m. Hefj. XVIII. 21.

16 BOSslET. — lG(iO. — IMPROVISATION

grand roi ? 0 roi Jésus, à qui nous appartenons à si juste titre, qui nous avez rachetés par un prix d'amour et de charité infinie, je vous reconnais pour mon souverain. C'est à vous seul que je me dévoue. Votre amour sera ma vie, votre loi sera la loi de mon cœur. Je chanterai vos louanges, jamais je ne cesserai de publier vos miséricordes. Je veux vous être fidèle, je veux être à vous sans réserve , je veux vous consacrer tous mes soins, je veux vivre et mourir à votre service. Amen.

liMFROVlSATION DE BOSSLET,

en présence du grand Condé , ù Dijon, au mois de janvier 1660.

Le vainqueur de Rocioy , qui, par haine pour Mazarin , avait prèle pendant huit ans son épée aux Espagnols dans les guerres de Flandre, était rentré en France à la suite du traité des Pyrénées, conclu dans l'île des Faisans , le 7 novembre JG39. Louis XIV était alors avec sa cour à Aix en Provence; le prince traversa le royaume au commencement de janvier pour aller remercier son roi du pardon qu'il venait d'obtenir. Passant par Dijon , il vint à l'improviste entendre Bossuet, qui, ce jour-là, prêchait sur le mépris de l'honneur du monde. Nous avons encore un sermon du grand orateur sur ce sujet , et tout porte à croire que c'est le même discours, au moins pour la division et pour le fond des idées. L'exorde a dû différer avec les circonstances '. Lors-

1 Le sermon qui nous reste de Bossuet sur VJionneur du monde, a été prononcé, le dimanche des Rameaux , avec un préambule qui l'approprie à celte fête, mais qui ne tient pas essentiellement au discours. Ce début est un des plus subbmes de l'orateur; le voici : Dicite fiHue Sion : Ecce rex tuus venit tihi mansuetus. « Dites à la tille de Sion : Voici ton roi qui fait son entrée, plein de bonté et de douceur. » Matth., xxi. 5. « Parmi toutes les grandeurs du « monde, il n'y a rien de si éclatant qu'un jour de triomphe ; et j'ai appris de « Tertiillien que ces illustres triomphateurs de l'ancienne Rome marchaient au i< Capilolc avec tant de gloire , que de peur qu'étant éblouis de tant de magni-

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