‹ Chefs-d'œuvre de BossuetChapitre 11 sur 70 · SCIPION , OU CARTHAGE VAINCUE · texte numérisé non relu

SCIPION , OU CARTHAGE VAINCUE

1,^2 202 ^'^ ^^^ ^^ ^^ fondation de Rome, environ 250 ans après celle de la monarchie des Perses , et 202 ans avant Jésus- Christ, Carthage fat assujettie aux Romains. Annibal ne laissoit pas sous main de leur susciter des ennemis partout où il pouvoit ; mais il ne fît qu'entraîner tous sçs amis anciens et nouveaux dans la ruine de sa patrie et dans la sienne. Par les

556 198 ''Victoires du consul Flaminius, Philippe, roi de Macédoine,

558 196 ^^^^^ ^^^ Carthaginois, fut abattu ; les rois de Macédoine ré-

duits à l'étroit, et la Grèce affr^inchie de leur joug. Les Romains entreprirent de faire périr Annibal, qu'ils trouvoient

559 195 encore redoutable après sa perte. Ce grand capitaine, réduit

à se sauver de son pays, remua l'Orient contre eux, et attira leurs armes en Asie. Par ses puissants raisonnements, Antio-

561 1 93 chus, surnommé le Grand, roi de Syrie, devint jaloux de leur puissance, et leur fit la guerre ; mais il ne suivit pas, en la faisant, les conseil d'Annibal , qui l'y avait engagé. Battu, par mer et par terre, il reçut la loi que lui imposa le consuî Lucius Scipio, frère de Scipion l'Africain, et il fut renfermé

%72 182 dans le mont Taurus. Annibal réfugié chez Prusias, roi de Bythinie, échappa aux Romains par le poison. Ils sont redoutés par toute la terre et ne veulent plus souffrir d'autre puissance que la leur. Les roî^s étoient obligés de leur donner leurs enfants pour otages de leur foi. Antiochus, depuis appelé l'Illustre ou Epiphanes, second fils d' Antiochus le Grand, roi de Syrie, demeura longtemps à Rome en cette

578 176 qi^alité ; mais sur la fin du règne de Seleucus Philopator, son frère aîné, il fut rendu ; et les Romains voulurent avoir à sa

R79 175 place Déniétrius Soter, fils du roi, alors âgé de dix ans. Dans ce contre-temps, Seleucus mourut ; et Antiochus >surpa le royaume sur son neveu. Les Romains étoient appliqués aux affaires de la Macédoine, où Persée inquiétoit ses voisins, et ne vouloit plus s'en tenir aux conditions imposées au roi

ggi ,j,,.j Philippe son père. Ce fut alors que commencèrent les persé-

cutions du peuple de Dieu. Antiochus l'Illustre régnoit 3mme un furieux : il tourna toute sa fureur contre les Juifs,

et entreprit de ruiner le temple, la loi de Moïse, et toute la gss ma nation. L autorité des Romains l'empêcha de se rendre mai- Rome. J.-C. tre de l'Egypte, ils faisoient la guerre à Persée, qui, plus 583 171 prompt à entreprendre qu'à exécuter, perdoit ses alliés par son avarice, et ses armées par sa lâcheté. Vaincu par le con- 586 4« sul Paul Emile, il fut contraint de se livrer entre ses mains. Gentius, roi de l'Illyrie, son allié, abattu en trente jours p|ir le prêteur Anicius, venoit d'avoir un sort semblable. Le royaume de Macédoine, qui avpjt duré sept cents ans, et avoit près de deux cents ans donné de? maîtres, non seulement à la Grèce, mais encore à tout l'Orient, ue futplus qu'une province romaine. Les fureurs d'Antioclms s'augmentoient contre le peuple de Dieu. On voitparoître alors la liaisiance de Mathathias sacrificateur, de la race de Phinées, et imitateur gg, ^g^ de son zèle ; les ordres qu'il donne en mourant pour le salut ^gs 166 de son peuple ^ les viptoires de Judas le Machabée son fils, malgré le nombre infini de ses ennemis; l'élévafion de la famille des Asmonéens, ou des Machabées ; la nouvelle dédicace du temple que les Gentils avoient profané ; le gouver- ^89 165 nement de Judas, et la gloire du sacerdoce rétablie ; la mort 590 164 d'Antiochus, digne de son impiété et de son orgueil ; sa fausse conversion durant sa dernière maladie, et l'implacable colère de Dieu sur ce roi superbe. Son fils Antiochus Eupator, encore en bas-âge, lui succéda, sous la tutelle de Lysias soi| gouverneur. Durant cette minorité, Démétrius Soter, quj étoit en otage à Rome, crut se pouvoir rétablir; mais il ne put obtenir du sénat d'être renvoyé dans son royaume : la politique romaine aimoit mieux un roi enfant. Sous Antio- 591 jgs chus Eupator, la persécution du peuple de Dieu et les victoires de Judas le Machabée continuent. La divion se met dans 592 162 le royaume de Syrie . Démétrius s'échappe de Rome; les peuples le reconnoissent ; le jeune Antiochus est tué avec Lysias, son tuteur. Mais les Juifs ne sont pas mieux traités sous Démétrius que sous ses prédécesseurs ; il éprouve le même sort . seslgénéraux sont battus par Judas Machabée ; et la main du superbe Nicanor , dont il avoit si souvent menacé le temple y est attachée. Mais un peu après. Judas, accablé 593 lei par la multitude, fut tué en combattant avec une valeur éton-

de* '"' ^^^^^- Son frère Jonathan succède à sa charge, et soutient sa

nome. j-(" réputation. Réduit à l'extrémité, son courage ne l'abandonna pas. Les Romains, ravis d'humilier les rois de Syrie, accordèrent aux Juifs leur protection ; et l'alliance que Judas avoit envoyé leur demander fut accordée, sans aucun secours toutefois : mais la gloire du nom romain ne laissoit pas d'être un grand support au peuple affligé. Les troubles de la Syrie croissaient tous les jours. Alexandre Balas, qui se vantoit d'être fils d'Antiochus l'Hlustre, fut mis sur le trône

630 154 par ceux d'An tioche. Les rois d'Egypte, perpétuels ennemis de la Syrie, se mêloient dans ses divisions pour en profiter, Ptolomée Philométor soutint Balas. La guerre fut sanglante :

604 150 Démétrius Soter y fut tué, et ne laissa, pour venger sa mort, que deux jeunes princes encore en bas-âge, Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. Ainsi l'usurpateur demeura paisible, et le roi d'Egypte lui donna sa fille Cléopâtre en mariage. Balas, qui se crut au dessus de tout, se plongea dans la débauche, et s'attira le mépris de tous ses sujets. En ce temps,

604 150 Philométor jugea le fameux procès que les Samaritains firent aux Juifs. Ces schimastiques, toujours opposés au peu-

W7 i€7 pie de Dieu, ne manquoient point de se joindre à leurs ennemis ; et pour plaire à Antiochus l'Illustre, leur persécuteur, ils avoient consacré leur temple de Garizim à Jupiter Hospitalier '. Malgré cette profanation, ces impies ne laissèrent pas de soutenir quelque temps après, à Alexandrie, devant Ptolomée Philométor, que ce temple devoit l'emporter sur celui de Jérusalem. Les parties contestèrent devant le roi, et s'engagèrent de part et d'autre, à peine de la vie, à justifier leurs prétentions par les termes de la loi de Moïse *. Les Juifs gagnèrent leur cause, et les Samaritains furent punis de mort selon la convention. Le même roi permit à Onias, de la race sacerdotale, de bâtir en Egypte le temple d'Héhopolis, sur le modèle de celui de Jérusalem ' : entreprise qui fut condamnée par tout le conseil des Juifs, et jugée contraire à la loi. Cependant Carthage remuoit, et souffroit avec peine les lois que Scipion l'Africain lui avoit imposées.

« II. Macdab., VI, 2. JosEPU., Antiq., lib. xii, c. 7, al. 6. — ' JoiEPn., Ant., lib. xni,c. 6, al. 3.— ^ lôid.

sïïn l'histoïri vmvbrsellb. 57

Les Romains résolurent sa perle totale, et la troisième guerre "s «»« punique fut entreprise. Le jeune Démétrius Nicator. sorti de Rome i.-cl l'enfance, songooit à se rétablir sur le trône de ses ancêtres, g^g j^g et la mollesse de l'usurpateur lui faisoit tout espérer. A son approche, Balas se troubla : son beau-père Philométor se dé- 608 146 clara contre lui, parce que Balas ne voulut pas lui laisser prendre son royaume : l'ambitieuse Cléopâtre sa femme le ; ;;

quitta pour épouser son ennemi ; et il périt enfin de la main des siens, après la perte d'une bataille. Philométor mourut peu dfe jours après, des blessures qu'il y reçut, et la Syrie fut délivrée de deux ennemis. On vit tomber en ce même temps deux grandes villes. Carthage fut prise et réduite en cendres par ScipiomÉmilien, qui confirma par cette victoire le nom d'Africain dans sa maison et se montra digne héritier du grand Scipion, son aïeul. Corinthe eut la même destinée, et la république ou la ligue des Achéens périt avec elle. Le consul Mummius ruina de fond en comble cette ville, la plus voluptueuse de la Grèce et la plus ornée. Il en transporta à Rome les incomparables statues, sans en connoître le prix. Les Romains ignoroient les arts de la Grèce, et se contentoient de savoir la guerre, la politique et l'agriculture. Durant les troubles de Syrie, les Juifs se fortifièrent : Jonathan se vit recherché des deux parfis, et Nicator victorieux le traita de frère. Il en fut bientôt récompensé. Dans une sédition, les eio 144 Juifs accourus le firèrent d'entre les mains des rebelles. Jonathan fut comblé d'honneurs ; mais quand le roi se crut assuré, il reprit les desseins de ses ancêtres, et les Juifs furent tourmentés comme auparavant. Les troubles de Syrie recommencèrent : Diodote, surnommé Tryphon éleva un fils de Balas qu'il nomma Antiochus-le-Dieu, et lui servie de tuteur pendant son bas-âge. L'orgueil de Démétrius souleva les peuples : toute la Syrie étoit en feu : Jonathas sut en 143 profiter de la conjoncture, et renouvela l'alliance avec les Romains. Tout lui succédoit, quand Tryphon, par un manquement de parole, le fit périr avec ses enfants. Son frère Simon, le plus prudent et le plus heureux des Machabées, lui succéda; et les Romains le favorisèrent., comme ils avoient fait ses prédécesseurs. Tryphon ne fut pas moins in-

(Vf Ducouas

aitt «ut ti4«is à son pupiUe Aatiocbu^ qu'il l'avoit été h JonaâiASk

iioiiie. i-c- Il tit mourir cet entant par le moyeu des médeeins> sous prétexte de le faire tailler de la pierre qu'il u'avoit pa«, et se rendit maître d'une partie du royaume. Simon prit le parti de

}«> t Démétrius Nicator. roi légitime ; et après avoir obtenu dfi

lui la liberté de son pays, il la soutint par les armes contre

6ia 142 te rebelle Tryphon. Les Syriens furent chassés delà citadellq qu'ils tenoientdans Jérusalem, et ensuite de toutes les places de la Judée. Ainsi les Juifs, affranchis du joug des Gentil» par la valeur de Simon, accordèrent les droits royaux à lui et à sa famille, et Démétrius Nicator consentit à ce nouvel établissement. Là commence le nouveau royaume du peuple de Dieu, et la principauté des Asmonéens toujours jointei au souverain sacerdoce. En ces temps, l'empire des Parthes s'étendit sur la Bactrienne et sur les Indes, par les victoires de Mithridate, le plus vaillant des Arsacides. Pendant qu'il

613 141 s'avançoit vers l'Euphrate , Démétrius Nicator appelé par les

peuples de cette contrée que Mithridate venoit de soumettre, espéroit de réduire à l'obéissance les Parthes, que les Syriens traitoient toujours de rebelles. Il remporta plusieurs victoires; et prêt à retourner dans la Syrie pour y accabler Tryphon, il tomba dans un piège qu'un général de Mithridate lui avait tendu : ainsi il demeura prisonnier des Par- >n thés. Tryphon, qui se croyoit assuré par le malheur de ce

prince, se vit tout d'un coup abandonné des siens. Ils ne

614 1 ii 0 pouvoient plus souffrir son orgueil. Durant la prison de

Démétrius, leur roi légitime, ils se donnèrent à sa femme Cléopâtre et à ses enfants; mais il fallut chercher un défenseur à ces princes encore en bas âge. Ce soin regardoit naturellement Antiochus Sidétès, frère de Démétrius : Cléopâtre le fit reconnoître dans tout le royaume . Elle fit plus :

Ui Phraate, frère et successeur de Mithridate, traita Nicator en

roi, et lui donna sa tille Rodogune en mariage. En haine de cette rivale, Cléopâtre, à qui elle ôtait la couronne ave** son mari, épousa Antiochus Sidétès, et se résolut à régnef par toute sorte de crimes. Le nouveau roi attaqua Try-

ûi.-i 139 phon : Simon se joignit à lui dans cette entreprise, et le tyran, forcé dans toutes ses places , finit comme il le raéri-

STJB l'hISTOIRB UNtVFRSELt!». ^

toit. Anliochus, maître du royaume, oublia bientôl les ser- V» îaa vices que Simon lui avoit rendus dans cette guerre, et le Rome J.-C fit périr. Pendant qu'il ramassoit contre les Juifs toutes les 61^ i35 forces de la Syrie, Jean Hyrcan, fils de Simon, succéda aij pontificat de son père, et tout le peuple se soumit à lui. ^ soutint le siège dans Jérusalem avec beaucoup de valeur ; ej la guerre qu'Antiochus méditoit contre les Parthes, pour délivrer son frère captif, lui fit accorder aux JJuifs des conditions supportables. En même temps que cette paix se conclut, les Romains, qui commençoient à être trop riches, trouvèrent de redoutables ennemis dans la multitude e|-, froyable de leurs esclaves. Eunus, esclave lui-même, les souleva en Sicile ; et il fallut employer à les réduire toute la puissance romaine. Un peu après, la succession d'Attalus, ggi jss roi de Pergame, qui fit par son testament le peuple romain son héritier, mit la division dans la ville. Les troubles des Gracques commencèrent. Le séditieux tribunat de Tibérius < :

Gracchus, un des premiers hommes de Rome, le fit périr : tout le sénat le tua par la main de Scipion Nasica, et ne vit que ce moyen d'empêcher la dangereuse distribution d'ar-^ gent dont cet éloquent tribun flattoit le peuple. Scipion Émilien rétablissoit la discipline militaire; et ce grand homme, qui avoit détruit Carthage, ruina encore en Espa- ,^^j

gne Numance, la seconde terreur des Romains. Les Parthes g^^ se ti:'ouvèrent foibles contre Sidétès : ses troupes, quoique corrompues par un luxe prodigieux, eurent un succès surprenant. Jean Hyrcan, qui l'avoit suivi dans cette guerre avec ses Juifs, y signala sa valeur, et fit respecter la religion judaïque, lorsque l'armée s'arrêta pour lui donner le loisir de célébrer un jour de fête '. Tout cédoit, et Phraate vit son empire réduit à ses anciennes limites ; mais, loin de se déisespérer de ses affaires, il crut que son prisonnier lui servirait à les rétablir, et à envahir la Syrie. Dans cette conjoncture, Démétrius éprouva un sort bizarre. Il fut souvent relâché et autant de fois retenu, suivant que l'espérance ou ..-^

h crainte prévaloit dans l'esprit de son beau-père. Enfin un moment heureux, où Phraate ne vit de ressource que » Nie. Damnsc. apud 3oscph., Ant., lib. xm, cap. lo, al. 8.

vl.C)

ont oni dans la diversion qu'il vouloit faire en Syrie par son moyen, Rouie J -c. le mit tout-à-fait en liberté. A ce moment le sort tourna : 6SI4Ï 130 Sidétès, qui ne pouvoit soutenir ses effroyables dépenses que par des rapines insupportables, fut accablé tout d'un coup par un soulèvement général des peuples, et périt avec son armée tant de fois victorieuse. Ce fut en vain que Phraate lit courir après Démétrius : il n'étoit plus temps ; ce prince étoit rentré dans son royaume. Sa femme Cléopâtre, qui ne vouloit que régner, retourna bientôt avec lui, etRodogune fut oubliée. Hyrcan profita du temps : il prit Sichem aux Samaritains, et renversa de fond en comble le temple de Garizim, deux cents ans après qu'il avoit été bâti par Sanaballat. Sa ruine n'empêcha pas les Samaritains de afi t continuer leur culte sur cette montagne ; et les deux peu-

ples demeurèrent irréconciliables. L'année d'après, toute l'Idumée, unie, par les victoires d'Hyrcan, au royaume de tn 129 Judée, reçut la loi de Moïse avec la circoncision. Les Romains continuèrent leur protection à Hyrcan, et lui firent rendre les villes que les Syriens lui avoient ôtées. L'orgueil et les violences de Démétrius Nicator ne laissèrent pas la «26 128 Syrie longtemps tranquille. Les peuples se révoltèrent. Pour entretenir leur révolte, l'Egypte ennemie leur donna 629 125 UQ roi : ce [fut Alexandre Zébina, fils de Balas. Démétrius fut battu; et Cléopâtre, qui crut régner plus absolument 6S0 124 sous ses enfants que sous son mari, le fit périr. Elle ne traita pas mieux son fils aîné Séleucus, qui jvouloit régner malgré elle. Sou second fils, Antiochus, appelé Grypus, avoit défait les rebelles, et revenoit victorieux : Cléopâtre 618 121 ^ui présenta en cérémonie la coupe empoisonnée, que sou fils, averti de ses desseins pernicieux, lui fit avaler. Elle laissa en mourant une semence éternelle de divisions entre les enfants qu'elle avoit eus des deux frères Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. La Syrie ainsi agitée ne fut plus en état de troubler les Juifs. Jean Hyrcan prit Samarie, et 64S 109 ne put converUr les Samaritains. Cinq ans après, il mou- 65C 104 rut : la Judée demeura paisible à ses deux enfants ristobule 661 -03 e' Alexandre Jannée, qui régnèrent l'un après l'auti'e sans être incommodés des rois de Syrie. Les Romains laissoieiit

SUR l'histoire universelle 61

ce liche royaume se consumer par lui-même, et s'éten- 2°* ^^^ doient du côté de l'Ocident. Durant les guerres de Démé- Rome- J -C trius Nicator et de Zébina, ils commencèrent à s'étendre 629 125 au-delà de« Alpes ; et Sextius, vainqueur des Gaulois nom- gso 124 mes Saliens, établit dans la ville d'Aix une colonie qui porte encore son nom. Les Gaulois se défendoient mal. Fabius 631 is* dompta les Allobroges et tous les peuples voisins : et la même 638 IH année que Grypus fit boire à sa mère le poison qu'elle lui avoit préparé, la Gaule Narbonnoise, réduite en province, reçut le nom de province romaine. Ainsi l'empire romain s'agrandissoit, et occupoit peu à peu toutes les terres et toutes les mers du monde connu. Mais autant que la face de la république paroissoit belle au dehors par les conquêtes, autant étoit-elle défigurée par l'ambition désordonnée de ses citoyens, et par ses guerres intestines. Les plus illustres des Romains devinrent les plus pernicieux au bien public. Les deux Gracques, en flattant le peuple, commencèrent des divisions qui ne finirent qu'avec la république. Caïus, frère de Tibérius, ne put souffrir qu'on eût fait mourir un si grand bomme d'une manière si tragique. Animé à la vengeance par des mouvements qu'on crut inspirés par l'ombre de Tibérius, il arma tous les citoyens les uns contre les autres ; et, à la veille de tout détruire, il périt d'une mort semblable à celle qu'il vouloit venger. L'argent faisoit tout à Rome. Jugurtha, roi de Numidie, souillé du meurtre de 635,640,641 ses frères, que le peuple romain protégeoit, se défendit plus longtemps par ses largesses que par ses armes ; et Marius, qui acheva de le vaincre, ne put parvenir au commande- 6*8 106 ment qu'en animant le peuple contre la noblesse. Les esclaves armèrent encore une fois dans la Sicile, et leur se- 651 103 conde révolte ne coûta pas moins de sang aux Romains que la première. Marins battit les Teutons, les Gimbres et les 652 102 autres peuples du Nord, qui pénétroient dans les Gaules, dans l'Espagne et dans l'Italie. Les victoires qu'il en remporta furent une occasion de proposer de nouveaux partages de terre : Métellus, qui s'y opposoit, fut contraint de céder 654 loo au temps; et les divisions ne furent éteintes que par le père de Saturuinus, tribun du peuple. Pendant que Rome Mo 94

DZ DISCOURS

iui9 ans. [Protégeait la Cappadoce contre Mithridate, roi de Pont, et Rome. J.-c. (iju'uri si grand ennemi cédoit aux forces romaines, avec la 668 86 ^^'^^j q^* ^*oit entrée dans ses intérêts, l'Italie, exercée Ava

é6t 91 at'mes pur tant de guerres, soutenues ou contre lesRomainSj

bii avec eilx, mit leur empire en péril par une révolte uni-

ttl m> tét'selîe. Rome se vit déchirée dans les mêmes temps par

■- les fureurs de Marius et de Sylla, dont l'un avoit fait trcm-

666, 667 et s, hier le Midi et le Nord, et l'autre étoit le vainqueur de la

672 82 Grèce el de l'Asie. Sylla, qu'on nommoit l'Heureux, le fut

trop contre sa patrie, que sa dictature tyrannique mit en 675 79 Servitude. Il put bien quitter volontairement la souveraine

J)uissince; mais il ne put empêcher l'effet du mauvais

680 74 exemple. Chacun voulut dominer. Sertorius, zélé partisan

de Marius, se cantonna dans l'Espagne, et se ligua avec

681 73 Mithridate. Contre un si grand capitaine, laforce fut inutile ;

et Pompée ne put réduire ce parti qu'en y mettant la divi- 'sion. n n'y eut pas jusqu'à Spartacus, gladiateur, qui ne crût pouvoir aspirer au commandement. Cet esclave ne lit ^as moîiis de peine aux préteurs et aux consuls qUe Mithri-

683 71 iîate en faisoit à Lucullus. La guerre des gladiateurs de-

vint redoutable à la puissance romaine : Crassus avoit peine à la finir, et il fallut envoyer contre eux le grand Pompée.

68C G8 Lucullus prenoit le dessus en Orient. Les Romains passè-

rent l'Euphrate ; mais leur général, invincible contre l'en- * ' '"•^'^ nemi, ne put tenir dans le devoir ses propres soldats. Mithridate, souvent battu, sans jamais perdre courage, se relevoit ; et le bonheur de Pompée sembloit nécessaire à

087 ii terhîiner cette guerre. Il venoit de purger les mers des pi-

rates qui les infestoient, depuis la Syrie jusqu'aux colonnes d'Hercule, quand il fut envoyé contre Mithridate. Sa gloire parut alors élevée au comble. Il achevé it de soumettre ce vaillant roi ; l'Arménie, oij il s'étoit réfugié, l'ïbérie et l'Al- ^^ banie, qui le soutenoient ; la Syrie, déchirée par ses factions; la Judée, où la division des Asmonéens ne laissa à'

891 63 Hyrcan II, fils d'Alexandre Jannée, qu'une ombre de puis-

sance; ci enfin tout l'Orient : mais il n'eût pas su où triompher de tant d'ennemis, sans le consul Cicéron, qui sauvoit îà ville des ffeux que lui préparoit CatiHna, suivi de la plus

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