NAISSANCE DE JESUS-CHRIST
Septième et dernier ûge du monde, wnr, de J.-C Nous voilà enfin arrivés à ces temps , tant désirés par nos à pères , de la venue du Messie. Ce nom veut dire le Christ ou l'Oint du Seigneur ; et Jésus-Christ le mérite comme pontife, comme roi et comme prophète. On ne convient pas de l'année précise où il vint au monde , et on convient que sa vraie naissance devance de quelques années notre ore vulgaire , que nous suivrons pourtant avec tous les autres pour une plus grande commodité. Sans disputer davantage sur l'année de la naissance de notre Seigneur , il suffit que nous sachions qu'elle est arrivée environ l'an 4000 du monde. Les uns la mettent un peu auparavant, les autrei
SUR L HISTOIRE UNIVERSELLE. Oô
un peu après, et les autres précisément en cette année: ansdeJ.-C. diversité qui provient autant de l'incertitude des années du monde que de celle de la naissance de noire Seigneur. Qud qu'il en soit , ce fut environ ce temps , mille ans après la dédicace du temple , et l'an 754 de Rome , que Jésus-Christ , fils de Dieu dans l'éternité , fils d'Abraham et de David dans le temps , naquit d'une vierge. Cette époque est la plus considérable de toutes , non seulement par l'importance d'un si grand événement, mais encore parce que c'est celle d'où il y a plusieurs siècles que les chrétiens commencent à compter leurs années. Elle a encore ceci de remarquable , qu'elle concourt à peu près avec le temps où Rome retourne à l'état monarchique, sous l'empire paisible d'Auguste. Tous les arts fleurirent de son temps , et la poésie latine fut portée à sa dernière perfection par Virgile et par Horace , que ce prince n'excita pas seulement par ses bienfaits, mais encore en leur donnant un libre accès auprès de lui. La naissance da Jésus-Christ fut suivie de près de la mort d'Hérode. Son royaume fut partagé entre ses enfants , et le principal partage ne tarda pas à tomber entre les mains des Romains. 9 Auguste acheva son règne avec beaucoup de gloire. Tibère, qu'il avoit adopté , lui succéda sans contradiction , et l'em- 14 pire fut reconnu pour héréditaire dans la maison des Césars. Rome eut beaucoup à souffrir de la cruelle politique de Tibère; le reste de l'empire fut assez tranquille. Germanicus, neveu de Tibère , apaisa les armées rebelles , refusa l'empire, battit le fier Arminius, poussa ses conquêtes jusqu'à ic l'Elbe ; et s'étant attiré , avec l'amour de tous les peuples , 17 la jalousie de son oncle , ce barbare le fit mourir ou de 19 chagrin ou par le poison. A la quinzième année de Tibère , 28 saint Jean-Baptiste paroît : Jésus-Christ se fait baptiser par ce divin précurseur; ie Père éternel reconnoit son fils bien aimé par une voix qui vient d'en haut : le Saint-Esprit descend sur le Sauveur , sous la figure pacifique d'une colombe; toute la Trinité se manifeste. Là con mence, avec la soixantedixième semaine de Daniel , la prédication de Jésus-Christ. Cette dernière semaine étoit la plus importante et la plu» marquée. Daniel l'avoit séparée des autres, comme la se-
Eiisda/.-c, maine où rallîance devoit être confirmée, et atï milieu Je laquelle les anciens sacrifices dévoient perdre leur vertu ». Nous la pouvons appeler le semaino des mystères. Jésus- Christ y établit sa mission et sa doctrine par des miracles 83 innombrables, et ensuite par sa mort. Elle arriva la qua-
trième année de son ministère, qui fut aussi la quatrième année de la dernière semaine de Daniel ; et cette grande semaine se trouve, de cette sorte, justement coupée au milieu par cette mort.
Ainsi le compte des semaines est aisé à faire , ou plutôt il est tout fait. Il n' y a qu'à ajouter à quatre cent cinquantetrois ans , qui se trouveront depuis l'an 300 de Rome , et le vingtième d'Artaxerce, jusqu'au commencement de l'ère vulgaire, les trente ansjde cette ère qu'on voit aboutir à la quinzième année de Tibère , et au baptême de notre Seigneur; il se fera de ces d'eux sommes quatre cent quatre-vingt-trois ans: des sept ans qui restent encore pour en acîaever quatre cent quatre-vingt-dix , le quatrième , qui fait le milieu , est celui où Jésus-Christ est mort , et tout ce que Daniel a prophétisé est lisiblement renfermé dans le terme qu'il s'est prescrit. On n'auroit pas même besoin de tant de justesse ; et rien ne force à prendre dans cette extrême rigueur le milieu marqué par Daniel. Les plus difficiles se contenteroient de le trouver en quelque point que ce fût entre les deux extrémités : ce que je dis afin que ceux qui croiroient avoir des raisons pour mettre un peu plus haut ou un peu plus bas le commencement d'Artaxerce , [ou la mort de notre Seigneur , ne se gênent pas dans leur calcul ; et que ceux qui voudroient tenter d'embarrasser une chose claire , par des chicanes de chronologie, se défassent de leur inutile subtilité.
Voilà ce qu'il faut savoir peur ne se point embarrasser des auteurs profanes , et pour entendre autant qu'on en a besoin les antiquités judaïques. Les autres discusions de chronologie sont ici fort peu nécessaires. Qu'il faille mettre de quelques années plus tôt ou plus tard la naissance de notre Seigneur, et ensuite prolonger sa vie un peu plus ou
• Da:j. :::. 27.
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an peu moms r c'est une diversité qui provient autant des ansdcj-c. incertitudes des années du monde que de celles de Jésus* Christ. Et quoi qu'il en soit , un lecteur ctîentii' aura Jéjà pu reconnoître qu'elle ne fait rien à la suite ni à l'accomplissement des conseils de Dieu. H faut éviter les anachronismes qui brouillent l'ordre des affaires, et laisser les savants disputer des autres.
Quant à ceux qui veulent absolument trouver dans les histoires profanes les merveilles de la vie de Jésus-Christ et de ses apôtres , auxquels le monde ne vouloit pas croire , et qu'au contraire il entreprenoit de combattre de toutes ses forces, comme une chose qui le condamnoit, nous parlerons ailleurs de leur injustice. Nous verrons aussi qu'il se trouve dans les auteurs profanes plus de vérités qu'on ne croit , favorables au christianisme : et je doimerai seulement ici pour exemple l'éclipsé arrivée au crucifiement de notre Sei« gneur.
Les ténèbres qui couvrirent toute la face de la terre en plein midi , et au moment que Jésus-Christ fut crucifié ' , sont prises pour une éclipse ordinaire par les auteurs païens, qui ont remarqué ce mémorable événement ^. Mais les premiers chrétiens, qui en ont parlé aux Romains comme d'un prodige marqué non-seulement par leurs auteurs, mais encore par les registres publics ^ , ont fait voir que ni au temps de la pleine lune, où Jésus-Christ étoit mort, ni dans toute l'année où cette éclipse est observée , il ne pouvoit en être arrivé aucune qui ne fut surnaturelle. Nous avous les propres paroles de Phlégon , affranchi d'Adrien , citées dans un temps où son livre étoit entre les mains de tout le monde , aussi bien que les Histoires syriaques de Thallus qui l'a sui\i ; et la quatrième année de la 202* Olympiade, marquée dans les Annales de Phlégon , est constamment celle de la mort de notre Seigneur.
Pour achever les mystères , Jésus-Christ sort iu tombeau
• Matt. xxy iS. — a Phleg. xiu Olyup. Thall. Hist. S.— ^ Xer- TDLL. Apol, c. 21. OfiiG. cent. Gels. lib. ii, n. 33; tom. i, p. 414 ; et Tracl. ixxv in Matth. n. 134; toni. m, pag. 923. Euseb, et Hiero» iu Gurou. JcL. Araïu. iOid.
oDJdeJ.-c. le Iroisî^me jour ; il apparaît à ses disciples, il monte aux cieux en leur présence -; ii leur envoie le Saint-Esprit ; l'Église se forme ; la persécution commence ; saint Etienne est lapidé ;samt Paul est converti. Un peu après, Tibère meurt. 87 Caligula, sont pelit-nevcu, son fils par adoption et son suc-
cesseur , étonne l'univers par sa folie ^ruelle et brutale : il ^Q se fait adorer, et ordonne que sa statue soit placée dans
^^ le temple de Jérusalem. Ghéréas délivre le monde de ce
48 monstre. Claudius règne malgré sa stupidité. Il est désho-
49 noré par Messaline , sa femme , qu'il redemande après l'avoir fio fait mourir. On le remarie avec Agrippine , fille de Germa-
nicus. Les apôtres tiennent le concile de Jérusalem ' , où saint Pierre parle le premier , comme il fait partout ailleurs. ; . Les Gentils convertis y sont affranchis des cérémonies de la
!% . loi. La sentence en est prononcée au nom du Saint-Esprit et
f de l'Eglise. Saint Paul et saint Barnabe portent le décret du
concile aux églises , et enseignent aux fidèles à s'y soumettre • . Telle fut la forme du premier concile. Le stupide 5fj empereur déshérita son fils Britannicus , et adopta Néron
fils d' Agrippine. En récompense elle empoisonna ce trop facile mari. Mais l'empire de son fils ne lui fut pas moins funeste à elle-même qu'à tout le reste de la république. 58, Co, 62, Corbulon fit tout l'honneur de ce règne , par les victoires 63, etc. qu'il remporta sur les Parthes et sur les Arméniens. Néron commença dans le même temps la guerre contre les Juifs ,
66 et la persécution contre les chréUens. C'est le premier em-
67 pereur qui ait persécuté l'Église. Il fit mourir à Rome saint Pierre et saint Paul. Riais comme dans le même temps il persécutoit tout le genre humain , on se révolta contre lui
68 de tous côtés : il apprit que le sénat l'avoit condamné et se C9 tua lui-même. Chaque armée fit un empereur : la querelle
se décida auprès de Rome , et dans Rome même par d'effroyables combats. Galba, Othon et Vitellius y périrent: 70 l'empire affligé se reposa sous Vespasien. Mais les Juifs fu-
79 rcnt réduits à l'extrémité : Jérusalem fut prise et brûlée. Tite ,
fils et successeur de Vespasien ^ donna au monde une courte joie ; et res jours , qu'il croyoit perdus quand ils n'étoient
» ACT. XV. — ï ACT. IVI. 4.
SDR l'histoire universellb. 69
pas marqués de quelques bienfaits, se précipitèrent trcp vite. ""* *>« ' '•- On vit revivre Néron en la personne de Domitien. La persécution se renouvela. Sain? Jean , sorti de l'kuile bouil- 93 lante , fut relégué dans Tîle de Patmos , où il écrivit son Apocalypse. Un peu après , il écrivit son Évangile , âgé de quatre-vingt-dix ans, et joignit la qualité d'évangéliste à celle 95 d'apôtre et de prophète. Depuis ce temps les chrétiens furent toujours persécutés , tant sous les bons que sous les mauvais empereurs. Ces persécutions se faisoient, tantôt par les ordres des empereurs, et par la haine particulière des magistrats, tantôt par le soulèvement des peuples, et tantôt par des décrets prononcés aulhentiquement dans le sénat sur les rescrits des princes, ou en leur présence. Alors la persécution étoit plus universelle et plus sanglante ; et ainsi la haine des infidèles, toujours obstinée à perdre l'Église , s'excitoit de temps en temps elle-même à de nouvelles fureurs. C'est par ces renouvellements de violence que les historiens ecclésiastiques comptent dix persécutions sous dix empereurs. Dans de six longues souffrances , les chrétiens ne firent jamais la moindre sédition. Parmi tous les fidèles, les évêques étoient toujours les plus attaqués. Parmi toutes les Églises, l'Église de Rome fut persécutée avec 1g plus d* violence ; et les papes confirmèrent souvent par leur sanç; l'Évangile qu'ils annonçaient à toute la terre. Do mitien est tué : l'empire commence à respirer sous Nerva. Son grand âge ne lui permet pas de rétabhr les affaires ; mais og pour faire durer le repos public , il choisit Trajan pour son successeur. L'empire , tranquille au dedans et triomphant 97 au dehors, ne cesse d'admirer un si bon prince. Aussi 93 avoit-il pour maxime qu'il falloit que ses concitoyens le trouvassent tel qu'il eût voulu trouver l'vmpereur s'il eût été simple citoyen. Ce prince dompta le^s Daces, et Décé- 103 baie leur roi ; étendit ses conquêtes en Orient ; donna un los roi aux Parthes, et leur fit craindre la puissance romaine : jj. ^^q heureux que l'ivrognerie et ses infâmes amours, vices si déplorables dans un si grand prince , ne lui aient rien fait entreprendre contre la justice. A des temps si avantageux 117 pour la république, succédèrent ceux d'Adrien, noêléa de !20
•nade J-c. bien et de maï. Ce prince maintint la discipline militaire, 123 vécut lui-môme militairement et avec beaucoup de fruga»
125 lité, soulagea les provinces, fit fleurir les arts, ^t la Grèce
126 qui en étoit la mère. Les Barbares furent tenus en crahite par ses armes et par son autorité. Il rebâtit Jérusalem, à
130 qui il donna son nom , et c'est de là que lui vient le nom d'Mlh] mais il en bannit les Juifs, toujours rebelles à 135 l'empire. Ces opiniâtres trouvèrent en lui un impitoyable vengeur. Il déshonora par ses cruautés et par ses amours 181 monstrueuses un règne si éclatant. Son infâme Antiuoiis , dont il fit un dieu , couvre de honte toute sa vie. L'empereur sembla réparer ses fautes , et rétablir sa gloire effacée, *38 en adoptant Antonin le Pieux, qui adopta Marc-Aurèle le Sage et le Philosophe. En ces deux princes, paroissent 139, 161 deux beaux caractères. Le père , toujours en paix, est toujours prêt dans le besoin à faire la guerre : le fils est toujours en guerre, toujours prêt à donner la paix à ses ennemis et à l'empire. Son père Antonin lui avoit appris qu'il valoit mieux sauver un seul citoyen que de défaire mille ennemis. 162 Les Parthes et les Marcomans éprouvèrent la valeur de 160 Marc-Aurèle : les derniers étoient des Germains que cet em- 1S(? pereur achevoit de dompter quand il mourut. Par la vertu des deux Antonin, ce nom devint les délices des Romains. La gloire d'un si beau nom ne fut effacée , ni par la mollesse de Lucius Verus, frère de Marc-Aurèle et son collègue dans l'empire , ni par les brutalités de Commode son ' tils et son successeur. Celui-ci , indigne d'avoir un tel père , en oublia les enseignements et les exemples. Le sénat et les peuples le détestèrent : ses plus assidus courtisans et sa maîtresse le 192 firent mourir. Son successeur Pertinax, vigoureux défeni93 seur de la discipline militaire , se vit immolé à la fureur des soldats licencieux, qui l'avoient un peu auparavant élevé malgré lui à la souveraine puissance. L^empire , mis à l'encan par l'armée, trouva un acheteur. Le jurisconsulte Didius Julianus hasarda ce hardi marché ; il lui en coûta la 194, 195, vie. Sévère, Africain, le fit mourir, vengea Pertinax, passa 198, etc. d'Orie'kit en Occident, triompha i-m Syrie , en Gaule et dans 207,809 la Grande-Bretagne. Rapide conquérant, il égala Céaar p^r
SUR l'histoire universelle. "li
ses Victoires; mais il n'imita pas sa clémence. 11 ne put tasiicj-c* mettre la paix parmi ses enfants. Bassien , ou Caracalla son sos fils aîné, faux imitateur d'Alexandre , aussitôt après la mort 211, 2ia de son pèr«, tua son frère Géta, empereur comme lui, dans le sein de Julie , leur mère commune , passa sa vie dans la cruauté et dans le carnage, et s'attira à lui-même une mort tragique. Sévère lui avoit gagné le cœur des soldats et des peuples, en lui domiant le nom d'Antonin ; mais il n'en sut pas soutenir la gloire. Le Syrien Héliogabale , ou 213 plutôt Alagabale son fils , ou du moins réputé comme tel , quoique le nom d'Antonin lui eût donné d'abord le cœur des soldats et la victoire sur Macrin, devint aussitôt après, par ses infamies, l'horreur du genre humain et se perdit lui-même. Alexandre Sévère, fils de Mamée, son parent et 222 son successeur, vécut trop peu pour le bien du monde. Il se plaignoit d'avoir plus de peine à contenir ses soldats qu'à vaincre ses ennemis. Sa mère, qui le gouvernoit, fut cause de sa perte, comme elle l'avoit été de sa gloire. Sous lui 233 Artaxerce , persien , tua son maître Artaban , dernier roi 235 des Parthes, et rétablit l'empire des Perses en Orient.
En ces temps , l'Église encore naissante remplissoit toute la terre*; et non-seulement l'Orient, où elle avoit commencé , c'est-à-dire la Palestine , la Syrie , l'Egypte , l'Asie mineur, et la Grèce; mais encore dans l'Occident, outre l'Italie, les diverses nations des Gaules , toutes les provinces d'Espagne , l'Afrique , la Germanie , la Grande-Bretagne dans les endroits impénétrables aux armes romaines; et encore hors de l'empire , l'Arménie , la Perse , les Indes , les peuples les plus barbares , les Sarmates , les Daces , les Scythes , les Maures , les Gétuliens , et jusqu'aux îles les plus inconnues. Le sang de ses martyrs la rendoit féconde. Sous Trajan, saint Ignace, évêque jd'Antioche, fut "exposé aux •
bêtes farouches. Marc-Aurèle , malheureusement prévenu jq^ des caloranips dont on chargeoit le christianisme, fit mourir saint Jup'jo le philosophe, et l'apologiste de la religion jgg chrétienne. Saint Polycarpe, évéque de Smyrne , disciple £67 de saint Jean, à l'âge de quatre-vingts ans, tut CQûdamûé
1 TiMTUU. adv. Jud. c 7. Apolpj^. c> 87«
aoido/.-r. au feu sous le même prince. Les sainfs martyrs de Lyon et
177 de Vienne endurent des supplices inouïs, à l'exemple de saint Photin ' leur évoque , âgé do quatre-vingts-dix ans, L'Lglise gallicane remplit tout l'univers de sa gloire. Saint
ïoa Irénée, disciple de saint Polycarpe , et successeur de saint Photin, imita son prédécesseur , et mourut martyr sous Sévère . avec un grand nombre de fidèles de son église. Quelquefois la persécution se ralcntissoît. Dans une extrême
174 disette d'eau , que Marc-Aurèle souffrit en Germanie , une légion chrétienne obtint une pluie capable d'étancher la soif de l'armée , et accompagnée de coups de foudre qui épouvantèrent ses ennemis. Le nom de Foudroyante fut donnée ou confirmée à la légion par ce miracle. L'empereur en fut touché , et écrivit au sénat en faveur des chrétiens. A la fin , ses devins lui pera:iadèrent d'attribuer à ses dieux et à ses prières un miracle que les païens ne s'avisoient pas seulement de souhaiter. D'autres causes suspendoient ou adoucissoient quelquefois la persécufion pour un peu de temps : mais la superstition , vice que Marc-Aurèle ne put éviter , la haine publique , et les calomnies qu'on imposoit aux chrétiens , prévaloient bientôt. La fureur des païens se rallumoit , et tout l'empire ruisseloit du sang des
21& martyrs. La doctrine accompagnoit les souffrances. Sous Sévère , et un peu après , Tertullien , prêtre de Carthage , éclaira l'Église par ses écrits, la défendit par une admirable Apologétique , et la quitta enfin aveuglé par une orgueilleuse sévérité , [et séduit par les visions du faux prophète Montanus. A peu près dans le même temps le saint prêtre Clément Alexandrin déterra les antiquités du paganisme pour le confondre. Origène , fils du saint martyr Léonide , se rendit célèbre par toute l'Église dès sa première jeunesse, et enseigna de grandes vérités , qu'il mêloit de beaucoup d'erreurs. Le philosophe 'Ammonius fit servir à la religion la philosophie platonicienne, et s'attira le respect même des païens. Cependant les Valeiitiniens , les gnosUques , et d'autres sectes impies, combattoient l'Évangile par de fausses traditions : saint Frénée leur opposa la tradition et l'auto- ' Ou Potliin.
SUR l'histoire universelle. 73
rite des églises apostoliques, surtout de celle de Rome, fon- ansde J.-C dée par les apôtres saint Pierre et saint Paul , et la principale de toutes ' . Tertullien fait la même chose '. L'Église n'est ébranlée ni par les hérésies, ni par les schismes, ni par la chute de ses docteurs les plu? Illustres. La sainteté de ses mœurs est si éclatante , qu'elle lui attire les louanges de ses ennemis.
Les affaires de l'empire se brouilloient d'une terrible manière. Après la mort d'Alexandre , le tyran Maximin, qui 235 l'avoit tué, se rendit le maître , quoique de race gothique. Le sénat lui opposa quatre empereurs , qui périrent tous en moins de deux ans. Parmi eux étoient les deux Gordien 236, 237 père et fils , chéris du peuple romain. Le jeune Gordien , 233 leur fils, quoique dans une extrême jeunesse il montrât une sagesse consommée, défendit à peine contre les Perses l'empire affoibli par tant de divisions. Il avoit repris sur eux beau- 24-2 coup de places importantes. Mais Philippe, arabe , tua un si 244 bon prince ; et de peur d'être accablé par deux empereurs , que le sénat élut l'un après l'autre, il fit une paix honteuse 245 avec Sapor roi de Perse. C'est le premier des Romains qui ait abandonné par traité quelques terres de l'empire. On dit qu'il embrassa la religion chrétienne dans un temps oii tout-à-coup il parut meilleur ; et il est vrai qu'il fut favorable aux chrétiens. En haine de cet empereur, Dèce, qui le tua, renouvela la persécution avec plus de violence que ja- 249 mais ' . L'Église s'étendit de tous côtés , principalement dans les Gaules 4; et l'empire perdit bientôt Dèce, qui le défendoit vigoureusement. Gallus et Volusien passèrent bien vite : Emilien ne fit que paroître : la souveraine puis- 951 sance fut donnée à Valérien , et ce vénérable vieillard y 234 monta par toutes les dignités. Il ne fut cruel qu'aux chrétiens. Sous lui le pape saint Etienne, et saint Gyprien, évê- 237 que de Carthage, malgré toutes Jeurs disputes, qui n'avoient 258 point rompu la communion , reçurent tous deux la même 236 couronne. L'erreur de saint Cyprien, qui rejetoit le b^
• Ire:», adv Haer. U>. in, cip. 1, 2, 2. — " pg Praesc. adv. Haer. c 36. — 3 EusEB. Ilist. ceci. lib. vi, c. 89. —^ Gbeg. Tur. Hist. Franc, lib. i. c. 28.
71 DISCOL'RS
c:;sdeJ.-C. tciiie donné par les hérétiques, ne nuisit nî à lui ni à l'Église ; La tradition du Saint-Siège se soutint , par sa propre force, fiontre les spc-cieux raisonnements et contre l'autorité d'un si grand homme , encore que de si grands hommes défendissent la mi^me doctrine. Une autre dispute tit plus
257 de mal. Sabcllius confondit ensemble les trois personnes divines , et ne connut en Dieu qu'une seule personne sous trois noms. Cette nouveauté étonna l'Église ; et saint Denis, évoque d'Alexandrie , découvrit au pape Sixte II les erreurs de cet hérésiarque ' . Ce saint pape suivit de près au martyre saint Etienne son prédécesseur : il eut la tète tranchée, et laissa un plus grand combat à soutenir à son diacre saint Laurent. C'est alors qu'on voit commencer l'inondation des 258, 25P, 260 Barbares. Les Bourguignons et d'autres peuples germains, les Goths , autrefois appelés les Gètes , et d'autres peuples qui habitoient vers le Pont-Euxin et au-delà du Danube , entrèrent dans l'Europe : l'Orient fut envahi par les Scythes asiatiques , et par les Perses. Ceux-ci défirent Valérien , qu'ils prirent ensuite par une infidélité ; et, après lui avoir laissé achever sa vie dans un pénible esclavage , ils l'écorchèrent, pour faire servir sa peau déchirée de monument à leur vic-
261 toire. Gallien , son fils et son collègue , acheva de tout perdre par sa mollesse. Trente tyrans partagèrent l'enupire.
264 Odonat roi de Palmyre, ville ancienne, dont Salomon est le fondateur, fut le plus illustre de tous : il sauva les provinces d'Orient des mains des Barbares, et s'y fit reoonnoître. Sa femme Zénobie marchoit avec lui à la tête des armées , qu'elle commanda seule après sa mort , et se rendit célèbre par toute la terre pour avoir joint la chasteté avec la beauté, et
2G8 le savoir avec la valeur. Claudius II, et Auréhen après lui ,
270 rébhfentles affaires de l'empire. Pendant qu'ilsabattoientles Goths avec les Germains par des victoires signalées, Zénobie conservoit à ses enfants les conquêtes de leur père. Cette princesse penchoit au judaïsme Pour l'attirer, Paul de Samosate, évêque d'Antioche, homme vain et inquiet, enseigna son opinion judaïque sur la personne de Jésus-Christ ,
• EcsEB. nist. eccl. lib. vu, c. G.
qn'il ne faisoit qu'un pur homme '. Après une longue dis- ans de J.-G. simulation d'une si nouvelle doctrine, il fut convaincu et condamné au concile d'Antioche. La reme Zénobie soutint 27» la guerre contre Aurélien, qui ne dédaigna pas de triom- 274 pher d'une femme si célèbre. Parmi de «perpétuels combats, il sut faire garder aux gens de guerre la discipline romaine , et montra qu'en suivant les anciens ordres et l'ancienne frugalité , on pouvoit faire agir de grandes armées au-dedans et eu-dehors , sans être à charge à l'empire. Les Francs commençoient alors à se faire craindre *. G'étoit une ligue de peuples germains , qui habitoient le long du Rhin. Le nom montre qu'ils étoient unis par l'amour de la liberté. Aurélien les avoit battus étant particulier , et les tint en crainte étant empereur. Un tel prince se fit haïr par ses actions sanguinaires. Sa colère trop redoutée lui donna la mort. Ceux qui se croyoient en péril le prévinrent , et son 275 secrétaire menacé se mit à la tête de la conjuration. L'armée , qui le vit périr par la conspiration de tant de chefs , refusa d'élire un empereur , de peur de mettre sur le trône un des assassins d' Aurélien ; et le sénat , rétabli dans son ancien droit , élut Tacite. Ce nouveau prince étoit vénérable par son âge et par sa vertu ; mais il devint odieux par les violences d'un parent à qui il donna le commandement de l'armée , et périt avec lui , dans une sédition, le sixième 276 mois de son règne. Ainsi son élévation ne fit que précipiter le cours de sa vie. Son frère Florian prétendit l'empire par droit de succession , comme le plus proche héritier. Ce droit ne fut pas reconnu : Florian fut tué , et Probus forcé par les soldats à recevoir l'empire , encore qu'il les menaçât de les faire vivre dans l'ordre. Tout fléchit sous un si grand capitaine : les Germains et les Francs , qui vouloient 277 entrer dans les Gaules , furent repoussés ; et en Orient, aussi 278 bien qu'en Occident , tous les Barbares respectèrent les ar- 28O mes romaines. Un guerrier si redoutable aspiroit à la paix ,
» EnsEB, nist. eccl. lib. vu, c. 27, et seq. Athan. de Synod. n. 26, 43 ; ton.. /, p. 739, 757, ctc. Theodor. Hser. Fab. lib, 11, c 8. NiCEPH, lib. VI, c. 27. — 3 Hist. Aug. Aurk.. c. 7. Flor. c. 2. ?m». c. 11, 13. FiRM. etc, c. 13,
•nsi!cJ.-C. et fît espérer à l'empire n'avoir plus besoin de cens de
252 guerre. L'armée se vengea de ccUe parole , et de la règle sévère que son empereur lui faisoit garder. Un moment après, étonnée de la violence qu'elle exerça sur un si grand prince, elle honora sa mémoire , et lui donna pour successeur Carus , qui n'étoit pas moins zélé que lui pour la discipline.
253 Ce vaillant prince vengea son prédécesseur , et réprima les Barbares , à qui la mort de Probus avoit rendu le courage. Il alla en Orient combattre les Perses avec Numérien son second fils, et opposa aux ennemis du côté du Nord, son fils aîné Carinus , qu'il fit césar. C'étoit la seconde dignité , et le plus proche degré pour parvenir à l'empire. Tout l'Orient trembla devant Carus : la Mésopotamie se soumit ; les Perses divisés ne purent lui résister. Pendant que tout lui cédolt, le ciel l'arrêta par un coup de foudre. A force de le pleurer , Numérien fut prêt à perdre les yeux. Que ne fait dans les cœurs l'envie de régner ! Loin d'être touché de ses
284 maux , son beau-père Aper le tua; mais Dioclétien vengea sa mort , et parvint enfin à l'empire , qu'il avoit désiré avec
285 tant d'ardeur. Carinus se réveilla , malgré sa mollesse , et battit Dioclétien ; mais en poursuivant les fuyards , il fut tué par un des siens , dont il avoit corrompu la femme. Ainsi l'empire fut défait du plus violent et du plus perdu de tous les hommes. Diocléfien gouverna avec vigueur , mais avec une insupportable vanité. Pour résister à tant d'ennemis , qui s'élevoient de tous côtés au-dedans et au-dehors ,
28G il nomma Maximien empereur avec lui et sut néanmoins se conserver l'autorité principale. Chaque empereur fit un cé-
201 sar. Constantius Chlorus et Galerius furent élevés à ce haut rang. Les quatre princes soutinrent à peine le fardeau de tant de guerres. Dioclétien fuit Rome , qu'il trouvoit trop
207 libre, et s'établit à Nicomédie , où il se fit adorer à la mode des Orientaux. Cependant les Perses, vaincus par Galerius, abandonnèrent aux Romains de grandes provinces et des royaumes entiers. Après de si grands succès , Galerius ne veut pl'is être sujet , et dédaigne le nom de césar. Il commence par intimider Maximien, Une longue maladie avoit i.. fait baisser l'esprit de Dioclétien , et Galerius , quoique son
SUR L*HISTOIRË ONIVERSELLE. 77
gendre , le fîjrçi Je quitter l'empire • . Il fallut que Maxi- ansdeJ.-ih mien suivît soïi exemple. Ainsi l'empire vint entre les mains de Constantius Ghlorus et de Gkilérius; et deux nouveaux so4 césars , Sévère et Maxi min , furent créés en leur place par les empereurs qui se déposoient. Les Gaules, l'Espagne et la grande-Bretagne , furent heureuses , mais trop peu de temps, sous Constanlius Ghlorus 3 Ennemi des exactions , et accusé par là de ruiner le fisc , il montra qu'il avoit des trésors immenses dans la bonne volonté de ses sujets. Le reste de l'empire soufîroit beaucoup sous tant d'empereurs et tant de césars : les officiers se multiplioient avec les princes; les dépenses et les exactions étoient infinies. Le jeune Gonstantin, fils de GonstanUus Ghlorus, se rendoit illustre = : mais il se trouvoit entre les mains de Galérius. Tous les jours , cet empereur, jaloux de sa gloire, l'exposoit à de nouveaux périls. Il lui falloit combattre les bêtes farouches par une espèce de jeu : mais Galérius n'étoit pas moins à craindre qu'elles. Gonstantin, échappé de ses mains , trouva son père expirant. aos En ce temps, Maxence, fus de Maximien et gendre de Galérius, se fit empereur à Rome, malgré son beau-père ; et les divisions intestines se joignirent aux autres maux de l'état. L'image de Gonstantin , qui venoit de succéder à son père, portée à Rome , selon la coutume , y fut rejetée par les ordres de Maxence. La réception des images étoit la forme ordinaire de reconnoître les nouveaux princes. On se prépare à la guerre de tous côtés. Le césar Sévère , que Gale- S07 rius envoya contre Maxence , le fit trembler dans Rome " . Pour se donner de l'appui dans sa frayeur , il rappela son père Maximien. Le vieillard ambitieux quitta sa retraite , oii il n'étoit qu'à regret , et tâcha en vain de retirer Dioclétien son collègue du jardin qu'il cultivoit à Salone. Au nom de Maximien , empereur pour la seconde fois , les soldats de Sévère le quittent. Le vieil empereur le fait tuer ; et en même temps , pour s'appuyer contre Galérius , il donne à Gonstantin sa fille Fausie. Il falloit aussi de l'appui à Galérius
• EcsEB. Hist. eccl. lib. vin, cap. 13. Orat. Const. ad Sanct, cœt. 25. Lact. de Mort. Persec. c. 17, 18.— ^ LacY. de Moit. Persec. <:. 24 — 3 Lact. i/^id. c. 26, 27.
78 DtscouM
ans de ).-C. après la mort de Sévère : c'est ce qui le fit résoudre à nommer Licinius empereur ' ; mais ce choix piqua Maximin , qui , en qualité de eésar, se cro^oit plus proclie du suprême honneur. Rien ne put lui persuader de se soumettre à Licinius ; il se rendit indépendant dans l'Orient. Il ne restoit presque à Galérius que l'Illyrie, où il s'étoit relire après avoir été chassé d'Italie. Le reste de l'Occident obéissoit à Maximien, à son fils Maxence , et son gendre Constantin ; mais il ne vouloit non plus , pour compagnons de l'empire , ses enfants que les étrangers. Il tâcha de chasser de Rome son Uls Maxence, qui le chassa lui-même. Constantin, qui le reçut dans les Gaules, ne le trouva pas moins perfide. Après divers attentats. Maximien fit un dernier complot , où il crut avoir engagé sa fille Fauste contre son mari. Elle
Siî le trompoit; et Maximien, qui pensoit avoir tué Constantin en tuant l'eunuque qn'on avoit mis dans son lit , fut contraint de se donner la mort à lui-même. Une nouvelle guerre s'allume ; et Maxence , sous prétexte de venger son père , se déclare contre Constantin, qui marche à Rome avec ses troupes '. En même temps, il fait renverser les statues de Maximien : celles de Dioclétien , qui y étoient jointes, eurent le même sort. Le repos de ^Dioclétien fut troublé de ce mépris : et il mourut quelque temps après , autant de chagrin que de vieillesse.
En ces temps, Rome, toujours ennemie du christianisme, fit \m dernier effort pour l'éteindre, et acheva de l'établir. Galérius, marqué par les historiens comme l'auteur de la dernière persécution ', deux ans devant qu'il eût obligé Dio-
802 clélien à quitter l'empire, le contraignit à faire ce sanglant édil qui ordonnoit de persécuter les chrétiens plus violemment que jamais. Maximien, qui les haïssoit, et n'avoit jamais cesser de les tourmenter , aimoit les magistrats et les bourreaux: mais sa violence, quelque extrême qu'elle 5ùt. ii'égaloit peint celle de Maximin et de Galérius. On inventoit tous les joHrs de nouveaux supplices. La pudeur des viciées
• Lact. îfiid. c. 28, £9. 30, 81, »•». — - Lact., dft Mort. Perscc, cap. 42, 43.— ' EosED. Hist. ecclcs., lib. vnî, c. 10, De vita f-'onstaul li'i). I, c. 5/. Lact., ■cù:d. c. 9 et scft.
SUR L*H1STÛÎRE UNIVERSELLE. ^^
chrétiennes n'étoit pas moins attaquée que leur foi. On re- «BSde J,*0. cherchoit les livres sacres avec des soins extraordinaires , pour en abolir la mémoire ; et les chrétiens n'osoient les avoir dans leurs maisons, ni presque les lire. Ainsi, après trois cents ans de persécution, la haine des persécuteurs devenoit plus âpre. Les chrétiens les lassèrent par leur patience. Les peuples, touchés de leur sainte vie, se convertis' soient en foule. Galétrius désespéra de les pouvoir vaincre. sil Frappé d'une maladie extraordinaire, il révoqua ses édits, et mourut de la mort d'Antiochus, avec une aussi fausse pénitence. Maximin continua la persécution : mais Constantin le 3H Grand, prince sage et victorieux, embrassa publiquement le christianisme.
ONZIÈME ÉPOaUE.
CONSTANTIN, OU LA PAIX DE l'ÉGLISE.
Cette célèbre déclaration de Constantin arriva l'an 312 de notre Seigneur. Pendant qu'il assiégeoit Maxence dans Rome, une croix lumineuse lui parut en l'air devant tout le monde, avec une inscription qui lui promettoit la victoire : la même chose lui est confirmée dans un songe. Le lendemain, il gagna cette célèbre bataille qui défit Piome d'un tyran, et l'Église d'un persécuteur. La croix fut étalée comme la défense 313 du peuple romain et de tout l'empire. Un peu après, Maximin fut vaincu par Licinius , qui étoit d'accord avec Constantin, et il fit une fin semblable à celle de Galérius. La paix fut donnée à l'Église. Constantin la combla d'honneurs et de biens. La victoire le suivit partout, et les Barbares furent réprimés, tant par lui que par ses enfants. Cependant Licinius 313 se brouille avec lui, et renouvelle la persécution. Battu par mer et par terre, il est contraint de quitter l'empire, et enfin 334 de perdre la vie. En ce temps, Constantin assembla à Nicée 22s en Bithynie le premier concile général, où trois cent dixhuit évèqaes, qui représentoieat toute l'Église, condamnèrent la prélre Arius, ennemi de la divinité du Fils de Dieu, et dressèrent le symbole où la consubstantialité du Père et du Fils est établie. Les prêtres de l'Église romaine, envoyés
«Dfde J.-c. par le pajjc saint Silveslre, précédèrent tous les évêques dans cette assemblée: et un ancien auteur grec • compte parmi les légats du Saint-Siégt, le célèbre Osius, évèque de Cordouc, qui présida au concile. Constantin y prit sa séance, et en reçut les décisions comme un oracle ducitl. Les ariens cacbèrcnt leurs erreurs, et rentrèrent dans ses bonnes grâces en dissimulant. Pendant que sa valeur maintenoit l'empire
826 dans une souveraine tranquillité, le repos de sa famille fut troublé par les artifices de Fauste sa femme. Crispe, fils de Constantin, mais d'un autre mariage, accusé par cette marâtre de l'avoir voulu corrompre, trouva son père inflexible. Sa mort fut bientôt vengée. Fauste, convaincue, fut suffoquée dans le bain. Mais Constantin, déshonoré par la malice de sa femme, reçut en même temps beaucoup d'honneurs par la piété de sa mère. Elle découvrit, dans les ruines de l'ancienne Jérusalem, la vraie croix, féconde en miracles. Le saint sépulcre fut aussi trouvé. La nouvelle ville de Jérusalem, qu'Adrien avoit fait bâtir; la grotte où étoit né le Sauveur du monde, et tous les saints lieux furent ornés de
830 temples superbes par Hélène et par Constantin. Quatre ans après, l'empereur rebâtit Byzance, qu'il appela Constantinople, et en fit le second siège de l'empire. L'Église, paisible sous Constantin, fut cruellement affligée en Perse. Une infinité de martyrs signalèrent leur foi. L'empereur tâcha en
33G vain d'apaiser Sapor, et de l'attirer au christianisme. La protection de Constantin ne donna aux chrétiens persécutés qu'une favorable retraite. Ce prince, béni de toute l'Église,
837 mourut plein de joie et d'espérance, après avoir partagé l'empire entre ses trois fils , Constantin, Constance et Constant.
310 Leur concorde fut bientôt troublée. Constantin périt dans la guerre qu'il eut avec son frère Constant pour les limites de leur empire. Constance et Constant ne furent guère plus unis. Constant soutint la foi de Nicce, que Constance combattoit. Alors l'Église admira ]ci longues soulîrances de saint Athanase, patriarche d'Alexandrie et défenseur du concile de Nicée. Chassé de son siège par Constance, il fut rétabli cano-
' Gel. Cyzic. llist. Conc. Nie, lib. n, cap. G, 27 : Cokc. Labb., tom. u. col. liiS,22^,
HS9
SUR l'histoirb universellk. 81
ni^emenf par le pape saint Jules I«, dont Constant appuya ». '. J -c, le décret ■. Ce bon prince ne dura guère. Le tyrar, mI! 8«1 gnence le tua par tral,isoa : mais bientôt après, vLcu 1 Constance, ,1 se tua lui-même. Dans la bataille où ses affatres furent ruinées, Valons, évéque arien, secrètement a^e I. par ses amjs, assura Constance que l'armée du tyran eto t en fm.e et il fli croire au foible empereur qu'il iTsa-
a™ aux anens. Les évêques orthodoxes sont chas.é9 de
tt-ouble; la constance du pape Libère cède aux ennu^^ de 1 ex. : les tourments font succomber le vieil Osius autrefots le souuen de l'Église. Le concile de Rimini, si ferme
se M d'a^ ts' f '" "" r ""''^ ^' P- ^»'»- "-ne e tot dans les formes; l'autorité de l'empereur est la seule
lo. . mais les anens qui font fout par-là, ne peuvent s'accor der entre eux et changent tous le, jour^ leur s^bo.tfd de N cee substs te : saint Alhanase et saint Hilai^ évéque de w T'r P™''f""^ défenseurs, se rendent célèbrrnar e a^ r; '^"'™' '- "'-P-- Constance, ol';^ 1 empire les Perses remportèrent de grands avanta-es Les ,„ ^emands et es Francs tentèrent de toutes partsfent^ '''■'=*'"' «t Lel"''"',''"^"''''^ '''""P--'' 'es arrêta e,^ contre tes Perses. La paraît la révolte de Julien contre l'em perenr, son apostasie, la mort de Constance, le Z de jû l.en.son gouvernement équitable, et le nouveau genre de
sTons" il r rf r'^"^''"'^»"'^- " -entreUnt'esI Taïd T:'I'";''-'^'^-"°" -'™ent des honneurs,
Pli o; uren, r"" ™°''' '"' ^^^ P™P^^' «™es. Les sup- P ce, furent ménages, et ordomiés sous d'autres nrétexte,
IZTl '*""""""■ Les chréUeos demeurèrent fiS^
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ans de J -c. faires désespérées , et ne vécut que pour conclure une paix *»6^ honteuse. Après lui, Valentinien fit la guerre en p-and ca- 8GG, 367, 368 pitaiue : il y mena son fils Gratien des sa première jeunesse, 870, etc. mainUnt la discipline militaire, battit les Barbares, fortilîA les frontières de l'empire , et protégea en Occident la foi de Nicée. Valens son frère, qu'il fit son collègue, la persécntoit en Orient ; et ne pouvant gagner ni abattre saint Basile et saint Grégoire de Nazianze , il désespéroit de la pouvoir , vaincre. Quelques ariens joignirent de nouvelles erreurs
aux anciens dogmes de la secte. Aérius, prêtre arien, est noié dans les écrits des saints Pères comme l'auteur d'une nouvelle hérésie ' , pour avoir égalé la prêtrise à l'épiscOpat, et avoir jugées inutiles les prières et les obligations que toute l'Église faisoit pour les morts. Une troisième erreur de cet hérésiarque étoit de compter parmi les servitudes de la loi l'observance de certains jeûnes marqués , et de vouloir que le jeûne fût toujours libre. Il vivoit encore quand saint Épiphane se rendit célèbre par son histoire des hérésies , où il 876 est réfuté avec tous les autres. Saint Martin fut fait évêque de Tours, et remplit tout l'univers du bruit de sa sainteté et de ses miracles, durant sa vie et après sa mort. Valentinien mourut après un discours violent qu'il fit aux ennemis de l'empire ; son impétueuse colère, qui le faisait redouter des autres, lui fut fatale à lui-même.. Son successeur Gratien vit sans envie l'élévation de son jeune frère Valentinien II, qu'on fit empereur, encore qu'il n'eût que neuf ans. Sa mère Justine , protectrice des ariens , gouverna durant son bas âge. On voit ici en peu d'années de merveilleux événe- .177 ments: la révolte des Golhs contre Valens; ce prince quitter 378 les Perses pour réprimer les rebelles ; Grafien accourir à lui après avoir remporté une victoire signalée sur les Allemands. Valens, qui veut vaincre seul, précipite le combat, où il est tué auprès d'Andrinople : les Golhs victorieux le brûlent dans 87λ im village où il s'étoit retiré. Gratien, accablé d'affaires, associe à l'empire le grand ïhcodose, et lui laisse l'Orient. Les Golhs sont vaincus : tous les Barbares sont tenus en crainte;
> Epiph., lib. m, hœr. LXXv;toni. i, p. 906 ; Aug. hoer. uni tom. vin, col, 18.
stiR l'histofrk universelle. 83
et ce que Théodose n'estimoit pas moins, les hérétiques ma- ans de J.-C. cédoniens, qui nioient la divinité du Saint-Esprit, sont con- 381 damnés au concile de Constantinople. Il ne s'y trouva que l'Église grecque :1e consentement de tout l'Occident, et du pape saint Damase , le fit appeler second concile général. Pendant que Théodose gouvernoit avec tant de force et tant de succès, Gratien, qui n'étoit pas moins vaillant ni moins pieux, abandonné de ses troupes, toutes composées d'étran- 333 gers , fut immolé au tyran Maxime. L'Éghse et l'empire 386, 387 pleurèrent ce bon prince. Le tyran régna dans les Gaules, et sembla se contenter de ce partage. L'impératrice Justine publia, sous le nom de son fils, des édits en faveur de l'arianisme. Saint Ambroise, évêque de Milan, ne lui opposa que , la sainte doctrine , les prières et la pafience ; et sut par de telles armes , non seulement conserver à l'Église les basiliques que les hérétiques vouloient occuper, mais encore lui gagner le jeune empereur. Cependant Maxime remue ; et Justine ne trouve rien de plus fidèle que le saint évêque^ qu'elle traitoit de rebelle. Elle l'envoie au tyran, que ses discours ne peuvent fléchir. Le jeune Valentinien est contraint de prendre la fuite avec sa mère. Maxime se rend maître à Rome, où il rétablit les sacrifices des faux dieux , par complaisance pour le sénat, presque encore tout païen. Après 388 qu'il eut occupé tout l'Occident , et dans le temps qu'il se croyoit le plus paisible. Théodose, assisté des Francs, le défit dans la Pannonie , l'assiégea dans Aquilée , et le laissa tuer par ses soldats. Maître absolu des deux empires, il rendit celui d'Occident à Valentinien , qui ne le garda pas longtemps. Ce jeune prince éleva et abaissa trop Arbogaste , un 39â capitaine des Francs, vaillant, désintéressé, mais capable de maintenir par toutes sortes de crimes le pouvoir qu'il s'étoit acquis sur les troupes. Il éleva le tyran Eugène, qui ne savoit que discourir, et tua Valentinien , qui ne vouloit plus avoir pour maître le superbe Franc. Ce coup détestable fut fait dans les Gaules auprès de Vienne. Saint Ambroise, que le jeune empereur avoit mandé pour recevoir de lui le baptême, déplora sa perte, et espéra bien de son salut. Sa mort ne demeura pas impunie. Un miracle visible donna la vio-
aii8d«J-C>
84 Mscouas
toire à Théodose sur Eugène, et sur les faux dieux dont ce 394 tyran avoit rétabli le cuhe. Eugène fut pris : il fallut le sacrifier à la VQUgeance publique , et abattre la rébellion par sa mort. Le fier Argobastc se tua lui-même, plutôt (]ue d'avoir recours à la clémence du vainqueur, que tout le reste des rebelles venoit d'éprouver. Théodose, seul empereur, fut la joie et l'admiration de tout l'univers. Il appuya la religion, il fit taire les hérétiques ; il abolit les sacrifices impurs des païens ; il corrigea la mollesse, et réprima les dépenses su- B90 perflues. Il avoua humblement ses fautes, et il en fit pénitence. Il écouta saint Ambroise, célèbre docteur de l'Église, qui le reprenoit de sa colère, seul vice d'im si grand prince. Toujours victorieux, jamais il ne fit la guerre que par né- 393 cessilé. Il rendit les peuples heureux, et mourut en paix, plus illustre par sa foi que par ses victoires. De son temps, 886, 387 saint Jérôme, prêtre retiré dans la sainte grotte de Bethléem, entreprit des travaux immenses pour expliquer l'Écriture, en lut tous les interprètes, déterra toutes les histoires saintes et profanes qui la peuvent éclaircir, et composa, sur l'original hébreu la version de la bible que toute l'Église a reçue sous le nom de P^ulgate. L'empire, qui paroissoit invincible sous Théodose , changea tout-à-coup sous ses deux fils. Arcade eut l'Orient , et Honorius l'Occident : tous deux gouvernés par leurs ministres, ils firent servir leur puissance à 395 des intérêts particuliers. Rufîn et Eutrope, successivement favoris d'Arcade , et aussi méchants l'un que l'autre , péri- 399 rent bientôt ; et les affaires n'en allèrent pas mieux sous un prince foible. Sa femme Eudoxe lui fit persécuter saint Jean 4 03, 40i Ghrysostome, patriarche de Constanfinople, et la lumière de l'Orient. Le pape saint Innocent , et tout l'Occident, soutinrent ce grand évêque contre Théophile, patriarche d'Alexandrie, ministre des violences de l'impératrice. L'Occident 'Ci et suiv, étoit troublé par l'inondation des Barbares. Radagaise, Goth et païen , ravagea l'Italie. Les Vandales, nation gothique et arienne , occupèrent une partie de la Gaule , et se répandirent dans l'Espagne. Alaric, roi des Visigoths, peuples ariens, contraignit Honorius à lui abandonner ces grandes provinces déjà occupées par les Vandales. Stilicon, embar»
3ns l'v J.-C
svn l'histoire l-niversei-lt:. £5
rassé de tant de Barbares , les bat , les ménage, s'entend et rompt avec eux, sacrifie tout à son intérêt, et conserve néanmoins l'empire qu'il avait dessein d'usurper. Cependant Arcade mourut, et crut l'Orient si dépourvu de bons sujets, <0B qu'il mit son fils Théodose, âgé de huit ans, sous la tutelle d'Isdegerde, roi de Perse. Mais Pulchérie, sœur du jeune empereur, se trouva capable des grandes affaires. L'empire de Théodosc se soutint par la prudence et par la piété de cette princesse. Celui d'Honorius sembloit proche de sa ruine, n fit mourir Stilicon, et ne sut pas remplir la place d'un si habile ministre. La révolte de Constantin, la perte entière 409 de la Gaule et de l'Espagne, la prise et le sac de Rome par 4*0 les armes d'Alaric et des Visigoths, furent la suite de la mort de StiUcon. Ataulphe, plus furieux qu'Alaric, pilla Rome de nouveau, et il ne songeoit qu'à abolir le nom romain ; mais, pour le bonheur de l'empire, il prit Placidie sœur de l'empereur. Cette princesse captive, qu'il épousa, l'adoucit. Les Goths traitèrent avec les Romains, et s'établirent en Espagne, 413 en se réservant dans les Gaules les provinces qui tiroient 414,415 vers les Pyrénées. Leur roi Vallia conduisit sagement ces grands desseins. L'Espagne montra sa constance , et sa foi ne s'altéra pas sous la domination de ces ariens. Cependant les Bourguignons, peuples germains, occupèrent le voisinage du Rhin, d'oii peu à peu ils gagnèrent le pays qui porte encore leur nom. Les Francs ne s'oublièrent pas : résolus de foire de nouveaux efforts pour s'ouvrir les Gaules, ils élevé- 420 rent à la royauté Pharamond , fils de Marcomir ; et la monarchie de France, la plus ancienne et la plus nobl^ de toutes celles qui sont au monde , commença sous lui. Le malheu- 423 reux Honorius mourut sans enfants, et sans pourvoir à l'empire. Théodose nomma empereur son cousin Valentinien fil, 42; fils de Placidie et de Constance son second mari , et le mit durant àon bas âge sous la tutelle de sa mère, à qui il donna le titre d'impératrice. En ces temps, Célestius et Pelage nié- « i, 418 rent le péché originel, et la grâce par laquelle nous sommes chrétiens. Malgré leurs dissimulations, les conciles d'Afrique 416 les condamnèrent. Les papes saint Innocent et saint Zozime, 417 que le pape saint Gélestin suivit depuis, autorisèrent la con-
i'ie DISCOURS
ans de j.-c. damnation, et l'étendirent par ti^ut l'univers. Saint Augustin confondit ces dangereux hérétiques, et éclaira toute l'Eglise par ses admirables écrite. Le même Père, secondé de saint Prosper son disciple, ferma la bou<ihe aux demi-pélagiens, qui attribuoient le commencement de la justification et de la foi aux seules forces du libre arbitre. Un siècle sa malheureux à l'empire, et où il s'éleva tant d'hérésies, ne laissa pas d'être heureux au christianisme. Nul trouble ne l'ébranla, nulle hérésie ne le corrompit. L'Église, féconde en grands honunes, confondit toutes les erreurs. Après les persécutions, Dieu se plut à faire éclater la gloire de ses martyrs : toutes les histoires et tous les écrits sont pleins de miracles que leurs secours implorés, et leurs tombeaux honorés, opé-
406 roient par toute la terre ' . Vigilance, qui s'opposoit à des senr timents si reçus, réfuté par saint Jérôme, demeura sans suite. La foi chrétienne s'affermissoit, et s'étendoit tous les jours. Mais l'empire d'Occident n'en pouvoit plus. Attaqué par tant d'ennemis, il fut encore affoibli par les jalousies de ses gé-
^^'' néraux. Par les artifices d'Aétius, Boniface, comte d'Afrique, devint suspect à Placidie. Le comte maltraité fit venir d'Espagne Genseric et les Vandales, que les Goths en chassoient, et se repentit trop tard de les avoir appelés. L'Afrique fut ôtée à l'empire. L'ÉgHse souffrit des maux infinis parla violence de ces ariens, et vit courormer une infinité de mar-
^29 ^yrs. Deux furieuses hérésies s'élevèrent : Nestorius, patriarche de Constantinople, divisa la personne de Jésus-Christ; et vingt ans après, Eutychès, abbé, en confondit les deux natv^res. Saint Cyrile, patriarche d'Alexandrie, s'opposa à Nestorius, qui fut condamné par le pape saint Gélestin. Le con-
<ï* cile d'Éphèse , troisième général , en exécution de cette sentence, déposa Nestonus, et confirma le décret de saint Célestin, que les évoques du concile appellent leur père, dans leur définitioi^ '. La sainte Vierge fut reconnue pour mère de Dieu, et la doctrine de saint Cyrille fut célébrée par toute la terre. Théodose, après quelques embarras, se sou-
» Hier. cont. Vigil. tora. iv, part, ii, col. 282 et seq. Gennaod. (le Script, eccl. - ^ Part. II Conc. Epb. act- i. Sent, dopos. Nestor, toni. III. CoNc. Labb. col. 533.
SUR l'histoire tmrVERSELLE. 87
mit an concfle, et bannit Nestorius. Eutychès qui ne put ans de .T .-«'s combattre cette hérésie qu'en se jetant dans un autre excès, ^48 ne fut pas moins fortement rejeté. Le pape saint Léon le Grand le condamna et le réfuta tout ensemble, par une lettre qui fut révérée dans tout l'univers. Le concile de Chalcédoine, quatrième général, où ce grand pape tenoit la pre- 4M miëre place, autant par sa doctrine que par l'autorité de son siège, anatliématisa Eutychès , et Dioscore , patriarche d'Alexandrie, son protecteur. La lettre du concile à saint Léon fait voir que ce pays y présidoit par ses légats , comme le chef à ses membres '. L'empereur Marcien assista lui-même à cette grande assemblée, à l'exemple de Constantin, et en recul les décisions avec le même respect. Un peu auparavant, Pulchérie l'avoit élevé à l'empire en l'épousant. Elle fut reconnue pour impératrice après la mort de son frère , qui n'avoit point laissé de fils. Mais il falloit donner un maître à l'empire : la vertu de Marcien lui procura cet honneur. Durant le temps de ces deux conciles, Théodoret, évêque de Cyr , se rendit célèbre ; et sa doctrine seroit sans tache , si les écrits violents qu'il publia contre saint Cyrille n'avoient eu besoin de trop grands éclaircissements. Il les donna de bonne foi, et fut compté parmi les évêques orthodoxes. Les Gaules commençoient à reconnoître les Francs. Aétius les avoit défendues contre Pharamond et contre Clodion le Chevelu : mais Mérovée fut plus heureux, et y fit un plus solide établissement, à peu près dans le même temps que les Anglois, peuples saxons, occupèrent la Grande-Bretagne. Ils lui donnèrent leur nom, et y fondèrent plusieurs royaumes. Cependant les Huns, peuples des Palus-Méotides , désolèreni tout l'univers avec une armée immense, sous la conduite d'Attila leur roi, le plus affreux de tous les hommes. Aétius, qui le défit dans les Gaules, ne put l'empêcher de ravager l'Italie. Les îles de la mer Adriatique servirent de retraite à 458 plusieurs contre sa fureur. Venise s'éleva au milieu des eaux. Le pape saint Léon, plus puissant qu'Aétius et qUe les armées romaines, se fit respecter par ce roi barbare et païen, et sauva Piome du pillage : mais elle y fut exposée bientôt « Relal. S. Syn. Chblc. ad. Leou. Conc part. III; toin. iv, c. 8a7
dS DtSGOVRS
iMi de j.-c après , par les débauches de son empereur Valentinlen. 454. 455 Maxime, dont il avoil violé la femme, trouva le moyen de le perdre , en dissimulant sa douleur, et se faisant un mérite de sa complaisance. Par ses conseils trompeurs, l'aveugle empereur fît mourir Aétius, le seul rempart de l'empire. Maxime , auteur du meurtre, en inspire la vengeance aux amis d'Aétius, et fait tuer l'empereur. Il monte sur le trône par ces degrés , et contraint l'impératrice Eudoxe , fille de Théodose le Jeune , à l'épouser. Pour se tirer de ses mains, elle ne craignit point de se mettre en celles de Genseric. Rome est en proie au Barbare : le seul saint Léon l'empêche d'y mettre tout à feu et à sang : le peuple déchire Maxime, et ne reçoit dans ses maux que cette triste consolation. Tout se brouille eu Occident : on y voit plusieurs empereurs s'élever, cl tomber presque en même temps. Majorien fut le plus illustre. Avilus soutint mal sa réputation, et se sauva par un
456 évêché. On ne put plus défendre les Gaules contre Mérovée,
457 ni contre Childéric son fils : mais le dernier pensa périr par ses débauches. Si ses sujets le chassèrent, un fidèle ami qui
4B8 lui resta le fit rappeler. Sa valeur le fit craindre de ses en-
465 nemis , et ses conquêtes s'étendirent bien avant dans les
474 Gaules. L'empire d'Orient étoit paisible sous Léon Thra- 476 cien, successeur de Marcien, et sous Zenon, gendre et suc-
475 cesseur de Léon. La révolte de Basilisque, bientôt opprimé, ne causa qu'une courte inquiétude à cet empereur; mais l'empire d'Occident périt sans ressource. Auguste, qu'on nomme Augustule, fils d'Oreste, fut le dernier empereur reconnu à Rome ; et incontinent après il fut dépossédé par Odoacre, roi des Hérules. C'étoient des peuples venus du Pont-Euxin, dont la domination ne fut pas longue. En Orient, l'empereur Zenon entreprit de se signaler d'une manière inouïe. R fut le premier des empereurs qui se mêle de régler les questions de la foi. Pendant que les. derni-euty-
4ga chiens s'opposoient au concile de Chalcédoine, il publia contre le concile son Hénotique, c'est-à-dire son décret d'union, 483 détesté par les catholiques, et condamné par le pape FéHx lU. 490, 4P1 Les Hérules furent bientôt chassés de Rome par Théodoric, roi des Ostrogolhe, c'esl-à-dire Goths orienianx, (jiii loi u'a
^;t'H L HIBTUraK UNIVEMBKUE. ?Jtf
le royaume d'Italie, et laissa, quoique arien, un usseï libife «os de j -c exercice à la religion catholique. L'empereur Anastase la 492 troubloit en Orient. Il marcha sur les pas de Zenon son prédécessfc'or, et appuya les hérétiques. Par-là il aliéna les esprits i»s des peuples, et ne put jamais les gagner, même en ôtant des impôts fâcheux. L'Italie obéissoit à Théodoric. Odoacre, pressé dans Ravenne, tâcha de se sauver par un traité que Théodoric n'observa pas ; et les Hérules furent contraints de tout abandonner. Théodoric, outre l'Italie, tenoit encore la Provence. De son temps, saint Benoît, retiré en Italie, dans i^u un désert, commençoit, dès ses plus tendres années, à pratiquer les saintes maximes dont il composa depuis cette belle règle que tous les moines d'Occident reçurent avec le même respect que les moines d'Orient ont pour celle de saint Basile, Les Romains achevèrent de perdre les Gaules par les victoires de Clovis, fils de Childéric. D gagna aussi sur les Allemandz /,9b la bataille de Tolbiac, par le vœu qu'il fit d'embrasser la religion chrétienne, à laquelle Clotilde sa femme ne cessoit de le porter. Elle étoit de la maison des rois de Bourgogne, et catholique zélée, encore que sa famille et sa nation fût arienne. Clovis, instruit par saint Vaast, fut baptisé à Reims, avec oea François, par saint Rémi, évêque de cette ancienne métropole. Seul de tous les princes du monde, il soutint la foi catholique, et mérita le titre de très chrétien à ses successeurs. Par la bataille où il tua de sa propre main Alaric, roi des 50 g Visigoths, Tolose* et l'Aquitaine furent jointes à son royaume. 507 Mais la victoire des Ostrogoths l'empêcha de tout prendre 50 ;^ jusqu'aux Pyrénées, et la fin de son, règne ternit la gloire bîo des commencements. Ses quatre enfants partagèrent le royaume, et ne cessèrent d'entreprendre les uns sur les autres. Anastase mourut frappé du foudre. Justin, de basse &3 3 naissance, mais habile et très catholique, fut fait empereur par le sénat. Tl se soumit, avec tout son peuple, aux décretiî du pape samt Hormisdas, et mit fin aux troubles de l'Église d'Orient. De son temps, Boëce, homme célèbre par sa doc- ûïi." trine, aussi bien que par sa naissance, et Symmaque son beau-père, tous deux élevés aux charges les plus éminenUis, * Aujourd'hui Toulouse. {Édit. de Fer»,)
•PI do J-c. turent immolés aux jalousies de Théodoric, qui les soupçonna sans siyet 4e conspirer contre l'État. Le roi, troublé de son crime, crut voir la tête de Symmaque dans un plat qu'on lui servoil, et mourut quelque temps après Amalasonte, sa fille, et mère d'Atalaric, qui devenoit roi par la mort de son aïeul, est empêchée par les Goths de faire instruire le jeune prince comme méritoit sa naissance ; et, contrainte de l'abandonner aux gens de son âge, elle voit 827 qu'il se perd sans pouvoir y apporter remède. L'année d'après, Justin mourut, après avoir associé à l'empire son neveu Justinien, dont le règne est célèbre par les travaux de Tribonien, compilateur du droit romain, et par les exploits de Bélisaire et de l'eunuque Narsès. Ces deux fameux 829, 530, etc. capitaines réprimèrent les Perses, défirent les Ostrogoths 533, 534 et les Vandales, rendirent à leur maître l'Afrique, l'Italie et 552, 553 Rome ; mais l'empereur, jaloux de leur gloire, sans vouloir prendre part à leurs travaux, les embarrassoit toujours plus qu'il ne leur donnoit assistance. Le royaume de France 532 s'augmentoit. Après une longue guerre, Ghildebert et Glotairo, enfants de Clovis, conquirent le royaume de Bourgogne, et en même temps immolèrent à leur ambition les enfants mineurs de leur frèr^ Glodomir, dont ils partagèrent entre eux le royaume. Quelque temps après, et pendant que Bélisaire attaquoit si vivement les Ostrogoths, ce qu'ils avoienl dans les Gaules fut abandonné aux François. La France s'étendoit alors beaucoup au-delà du Rhin ; mais les partages des princes, qui faisoient autant de royaumes, ï'empêchoient d'être réunie sous une même domination. Ses principales parties furent la Neustrie, c'est-à-dire la France occidentale, et l'Austrasie, c'est-à-dire la France RS3 orientale. La même année que Rome fut reprise par Narsès, Justinien fît tenir à Gonstantinople le cinquième concile général, qui confirma les précédents, et condamna quelques écrits favorables à Nestorius. G'est ce qu'on appeloit les trois chapitres, à cause des trois auteurs, déjà morts il y avoit longtemps, dont il s'agissoit alors. On condamna la mémoire et les écrits de Théodore, évêque de Mopsueste ; une lettre d'Ibas, évêque d'Édesse ; et, parmi les écrits de
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Théodoret, ceux qu'il avoit composés contre saint Cyrille. on% de J.-C Les livres d'Origène, qui troubloient tout l'Orient depuis un siècle, furent aussi réprouvés. Ce concile, commencé avec de mauvais desseins, eut une heureuse conclusion, et fut reçu du Saint-Siège, qui s'y étoit opposé d'abord. Deux ans 55* après le concile, Narsès, qui avoit ôtc l'Italie aux Goths, la défendit contre les François, et remporta une pleine victoire sur Bucelin, général des troupes d'Austrasie. Malgré tous ces avantages, l'Italie ne demeura guère aux empereurs. Sous Justin II, neveu de Justinien. et après la mort îJ68 de Narsès, le royaume de Lombardie fut fondé par Alboïn. Il prit Milan et Pavie : Rome et Ravenne se sauvèrent à peine de ses niains ; et les Lombards firent souffrir aux Ro- 570, 571 riiains des maux extrêmes. Rome fut mal secourue par ses 574 empereurs, que les Avares, nation scythique, les Sarrasins, peuples d'Arabie, et les Perses plus que tous les autres, tourmentoient de tous côtés en Orient. Justin, qui ne croyoit que lui-même et ses passions, fut toujours battu par les Perses et par leur roi Chosrocs. Il se troubla de tant de partes, jusqu'à tomber en frénésie. Sa femme Sophie soutint l'empire. Le malheureux prince revint trop tard à son bon sens, et reconnut en mourant la malice de ses flatteurs. 579 Après lui, Tibère lî, qu'il avoit nommé empereur, réprima 580 les ennemis, soulagea les peuples, et s'enrichit par ses aumônes. Les victon^es de Maurice, cappadocien, général de 581 ses armées, firent mourir de dépit le superbe Chosroés. Elles 583 furent récompensées de l'empire, que Tibère lui donna en mourant, avec sa fille Conslantine. En ce temps, l'ambitieuse Frédégonde, femme du roi Chilpéric I", mettoit toute la France en combustion, et ne cessoit d'exciter des guerres cruelles entre les rois françois. Au milieu des malheurs de l'Italie, et pendant que Rome étoit affligée d'une peste épouvantable, saint Grégoire le Grand fut élevé, mal- 59 gré lui, sur le siège de saint Pierre. Ce grand pape apaise la peste par ses prières, instruit les empereurs, et tout ensemble leur fait rendre l'obéissance qui leur est due ; console l'Afrique et la fortifie ; confirme en Espagne les Visigoths, convertis de l'arianisme, et Recarède-le-Catholique, qui re-
9f 0I8G00RS
aB»d«j-c noitde rentrer au sein de l'Église, convertit l'Angleterre, réforme la discipline dans la France, dont il exalte les rois, toujours orthodoxes, au-dessus de tous les rois de la terre; fléchit les Lombards ; sauve Rome et l'Italie, que les empereurs ne pouvoient aider ; réprime l'orgueil naissant des patriarches de Constantinople ; éclaire toute l'Église par sa doctrine ; gouverne l'Orient et l'Occident avec autant de vigueur que d'humilité, et donne au monde un parfait mo-
*'''' dèle du gouvernement ecclésiastique. L'histoire de l'Église n'a rien de plus beau que l'entrée du saint moine Augustin dans le royaume de Kent, avec quarante de ses compagnons, qui, précédés de la croix et de l'image du grand roi notre Seigneur Jésus-Christ, faisoient des vœux solennels pour la conversion de l'Angleterre'. Saint Grégoire, qui les avoit envoyés, les instruisoit par des lettres véritablement apostoliques, et apprenoit à saint Augustin à trembler parmi les miracles continuels que Dieu faisoit par son ministère*. , Berthe, princesse de France, attira au christianisme le roi
Édhilbert son mari. Les rois de France et la reine Brunehaut protégèrent la nouvelle mission. Les évêques de France entrèrent dans cette bonne œuvre, et ce furent.eux
601 qui, par l'ordre du pape, sacrèrent saint Augustin. Le ren-
604 fort que saint Grégoire envoya au nouvel évêque produisit de nouveaux fruits, et l'Église anglicane prit sa foçme. L'empereur Maurice, ayant éprouvé la fidélité du saint pontife, se corrigea par ses avis, et reçut de lui cette louange si digne d'un prince chrétien, que la bouche des hérétiques
604 n'osoit s'ouvrir de son temps. Un si pieux empereur fit pourtant une grande faute. Un nombre infini de Romains périrent entre les mains des Barbares, faute d'être rachetés à un écu par tête. On voit, incontinent après, les remords du bon empereur ; la prière qu'il fait à Dieu de le punir en ce monde plutôt qu'en l'autre ; la révolte de Phocas, qui égorge à ses yeux toute sa famille ; Maurice, tué le dernier, et ne disant autre chose, parmi tous ses maux, que ce verset du Psalmiste : « Vous êtes juste, ô Seigneur ! et tous vos juge-
• Beda. Hist. angl., lib. i, cap. 25. — ^ Cregor-, lib. ix, epist. LTiu; Quaclib. xi, ind. 4. ep. xxviii; tom. ii, col. ilio.
BL'R l'histoire UNIVERSELLE. 93
a menfs son! droits i. » Phocas, élevé à l'empire par une ac- ans de J.^:. non si détestable, tâcha de gagner les peuples en honorant le Saint-Siège, dont il confirma 1^ privilèges. Mais Ba sen- 606 tence étoit prononcée. Héraciius, proclamé empereur par 61 o l'armée d'Afrique , marcha contre lui. Alors Phocas é-prouva que souvent les débauches nuisent plus aux princes que les cruautés ; et Photin, dont il avoit débauché la femme, le livra à Héraciius, qui le fit tuer. La France vit un peu après une tragédie bien plus étrange. La reine Brunehaut, livrée en à Glotaire II, fut immolée à l'ambition de ce prince : sa mémoire fut déchirée, et sa vertu, tant louée par le pape saint Grégoire, a peine encore à se défendre. L'empire cependant étoit désolé. Le roi de Perse Chosroès II, sous prétexte de venger Maurice, avoit entrepris de perdre Phocas. Il poussa ses conquêtes sous Héraciius. On vit l'empereur battu, et la vraie croix enlevée par les infidèles; puis, par 620, 621,622 un retour admirable, Héraciius cinq fois vainqueur, la Perse 623, 625, 626 péuétrée par les Romains, Chosroès tué par son fils, et la sainte croix reconquise. Pendant que la puissance des Perses étoit si bien réprimée, un plus grand mal s'éleva contre l'empire et contre toute la chrétienté. Mahon^et s'érigea en prophète parmi les Sarrasins ; il fut chassé de la Mecque 628 par les siens. A sa fuite commence la fameuse hégire, d'où les mahométans comptent leurs années. Le faux prophète donna ses victoires pour toute marque de sa mission. Il soumit en neuf ans toute l'Arabie, de gré ou de force, et jeta les fondements de l'empire des califes. A ces maux se joignit l'hérésie des monothéliles, qui, par une bizarrerie près- 629 que inconcevable, en reconnoissant deux natures en notre Seigneur, n'y vouloient connoître qu'une seule volonté. L'homme, selon eux, n'y vouloit rien, et il n'y avoit en Jésus-€lirist que la seule volonté du Verbe. Ces hérétiques cachoient leur venin sous des paroles ambiguës : un faux amour de la paix leur fit proposer qu'on ne parlât ni d'une ni de deux volontés. Ils imposèrent par ces artifices au pape 638 Honorius i*', qui entra avec eux dans un dangereux ménaçoment, et consentit au silence, où le mensonge et la vérité ' Psaî. CSVlll , 137,
Oi DISCOURS
■08 (le J -C. furent également supprimés. Pour comble de malheur, quel- 63^ que temp3 après, l'empereur Héraclius entreprit de décider la question de son autorité, et proposa son Ectlicse, ou Exposition, favorable aux monothélites ; mais les artifices des 640 hérétiques furent enfin découverts. Le pape Jean IV con- ^'8 damna l'Ecthèse. Constant, petit-fils d'Héraclius^ soutint 649 l'édit de son aïeul par le sien, appelé Type. Le Saint-Siège et le pape Théodore s'opposent à celte entreprise : le pape saint Martin I" assemble le concile de Latran, où il anathématise le Type et les chefs des monothélites. Saint Maxime, célèbre par tout l'Orient pour sa piété et pour sa doctrine, quitte la cour, infectée de la nouvelle hérésie, reprend ouvertement les empereurs qui avoieut osé prononcer sur les questions de la toi. et soutfre des maux infinis pour la reli- 660 gion catholique. Le pape, traîné d'exil en exil, et toujours 664 durement traité par l'empereur, meurt enfin parmi les souffrances sans se plaindre, ni se relâcher de ce qu'il doit à sou ministère. Cependant la nouvelle Église anglicane, fortifiée par les soins des papes Boniface V etHonorius, se reudoit illustre par toute la terre. Les miracles y abondoient avec les vertus, comme dans les temps des apôtres; et il n'y 6^7 avoit rien de plus éclatant que la sainteté de ses rois. Edwin embrassa, avec tout son peuple, la foi qui lui avoit donné la 6.14 victoire sur ses ennemis, et convertit ses voisins. Oswalde servit d'interprète aux prédicateurs de l'Évangile, et, renommé par ses conquêtes, il leur préféra la gloire d'être 6S5 chrétien. Les Nerciens furent convertis par le roi de Northumberland Oswin : leurs voisins et leurs successeurs suivirent leurs pas, et leurs bonnes œuvres furent immenses. Tout périssoit en Orient. Pendant que les empereurs se con- 63'i, 63b sument dans des disputes de religion, et inventent des hérésies, les Sarrasins pénètrent l'empire; ils occupent h S^rie
636 et la Palestine ; la sainte cité leur est assujetfie ; la Perse leur
637 est ouverte par ses divisions, et ils prennen* ce grand 647 royaume sans résistance. Ils entrent en Afrique, en état
d'en faire bientôt une de leurs provinces : l'île de Chypre
«*^ leur obéit, et ils joignent, en niohis de trente ans, toutes ces
conquêtes à celles de Mahomet. L'Italie, toujours nialbeu-
SUR l'histoire «7NIVERSELLB. 95
rense ef abandonnée, gémissoît sous les armes des Lom- anstleJ-C bards. Constant désespéra de les chasser, et se résolut à ravager ce qu'il ne put défendre. Plus cruel que les Lombards mêmes, il ne vint à Rome que pour en piller les trésors ; les 603 églises ne s'en sauvèrent pas : il ruina la Sardaigne et la Sicile, et, devenu odieux à tout le monde, il périt de la main 66* des siens. Sous son fils Constantin Pogonat, c'est-à-dire le Barbu, les Sarrasins s'emparèrent delà Cilicie et de la Lycie. 671 Constantinople assiégée ne fut sauvée que par un miracle. 672 Les Bulgares, peuples venus de l'embouchure du Volga, se joignirent à tant d'ennemis dont l'empire étoit accablé, et !;78 occupèrent cette partie de la Thrace appelée depuis Bulgarie, qui étoit l'ancienne Mysie. L'Église anglicane enfantoit de nouvelles églises, et saint Wilfrid, évêque d'York, chassé de son siège, convertit la Frise. Toute l'Église reçut une nouvelle lumière par le concile de Constantinople, esc sixième général, où le pape saint Agathon présida par ses légats, et expliqua la foi catholique par une lettre admirable. Le concile frappa d'anathème un évêque célèbre par sa doctrine, un patriarche d'Alexandrie, quatre patriarches de Constantinople, c'est-à-dire tous les auteurs de la secte des monothélites, sans épargner le pape Honorius, qui les avoit ménagés. Après la mort d'Agathon, qui arriva durant le concile, le pape saint Léon II en confirma les décisions, et en reçut tous les anathèmes. Constantin Pogonat, imitateur du grand Constantin et de Marcien, entra au concile à leur exemple ; et comme il y rendit les mêmes soumissions, il y fut honoré des mêmes titres d'orthodoxe, de religieux, de pacifique empereur, et de restaurateur de la religion. Son 685 fils Justinien II lui succéda, encore enfant. De son temps, 686 la foi s'étendoit et éclatoit vers le Nord. Saint Kilien, envoyé par le pape Conon, prêcha l'Évangile dans la Franconie. Du temps du pape Serge, Ceadual, un des rois d'An- 68& gleterre, vint reconuoilre en personne l'Église romaine, d'où la foi avoit passé en son île , et, aprè? avoir reçu le baptême par les mains du pape, il mourut selon qu'il l'avoit lui-même désiré. La maison de Clovis étoit tombée dans une foiblesse déplorable : de fréquentes minorités avoient
donné occasion de jeter les princes dans une mollesse dont ils ne sortoient point, étant majeurs. De là sort une longue suite de rois fainéants, qui n'avoient que le nom de
693 roi, et laissoient tout le pouvoir aux maires du palais. Sous
65»» ce titre. Pépin Héristel gouverna tout, et éleva sa maison à de plus hautes espérances. Par son autorité, et après îe martyre de saint Vigbert, la foi s'établit dans la Frise, que la France venoit d'ajouter à ses conquêtes. Saint Swibert, saint Willebrod, et d'autres hommes apostoliques, répandirent l'Évangile dans les provinces voisines. Cependant la minorité de Justinien s'étoit heureusement passée : les victoires de Léonce avoient abattu les Sarrasins, et rétabli
•94 la gloire de l'empire en Orient. Mais ce vaillant capitaine, arrêté injustement, et relâché mal à propos, coupa le nez à
796 son maître, et le chassa. Ce rebelle souffrit un pareil traitement de Tibère, nommé Absimare, qui lui-même ne dura
10% guère. Justinien rétabli fut ingrat envers ses amis, et, en se vengeant de ses ennemis, il s'en fît de plus redoutables, qui
711 le tuèrent. Les images de Philippique, son successeur, ne furent pas reçues dans Rome, à cause qu'il favorisoit les monolhélites et se déclaroit ennemi du concile sixième. On
713 élut à Constantinople Anastase II, prince catholique, et on creva les yeux à Philippique. En ce temps, les débauches du roi Roderic ou Rodrigue firent livrer l'Espagne aux Maures ; c'est ainsi qu'on appeloit les Sarrasins d'Afrique. Le comte Julien, pour venger sa fille, dont Roderic abusoit, appela ces Inûdèles. Es viennent avec des troupes immenses : ce roi périt; l'Espagne est soumise, et l'empire des Goths y est éteint. L'Eglise d'Espagne fut mise alors à une nouvelle épreuve ; mais comme elle s'étoit conservée sous les ariens, les muhométans ne purent l'abattre. Ils la laissèrent d'abord avec assez de liberté ; mais, dans les siècles suivants, il fallut soutenir de grands combats; et la chasteté eut ses martyrs, aussi bien que la foi, sous la tyrannie d'une nation aussi brutale qu'infidèle. L'empereur Anastase ne dura guère. L'armée força Théodose III à prendre la pourpre. Il fallut combattre : le nouvel empereur gagua la bataille, et Ana»iBM tut mis dons un nxonastère. Les Maures, maitret ào
SUR l'histoire universelle. 97
rEspa'Tie^ espéroient s'étendre Mentôt au-delà des Pyré- an9deJ.-C nées ; mais Charles Martel, destiné à les réprimer, s'étoit élevé en France, et avoit succédé, quoique bâtard, au pouvoir de son père Pépin Héristel, qui laissa l'Austrasie à sa iiaison comme une espèce de principauté souveraine, et le «ommandement en Neustrie par la charge de maire du palais. Charles réunit tout par sa valeur. Les affaires d'Orient 710 étoient brouillées. Léon Isaurien^ préfet d'Orient, ne reconnut pas Théodose, qui quitta sans répugnance l'empire, . qu'il n'avoit accepté que par force ; et, retiré à Ephèse, ne s'occupa plus que des véritables grandeurs. Les Sarrasins reçurent de grands coups durant l'empire de Léon. Ils levèrent honteusement le siège de Constantinople. Pelage, qui se cantonna dans les montagnes d'Asturie avec ce qu'il 'ï'i'J y avoit de plus résolu parmi les Goths, après une victoire '^i^ signalée, opposa à ces Infidèles un nouveau royaume, par lequel ils dévoient un jour être chassés de l'Espagne. Malgré '25 les efforts et l'armée immense d'Abdérame leur général, Charles Martel gagna sur eux la fameuse bataille de Tours. Il y périt un nombre infini de ces Infidèles, et Abdérame lui-même y demeura sur la place. Cette victoire fut suivie d'autres avantages, par lesquels Charles arrêta les Maures, et étendit le royaume jusqu'aux Pyrénées. Alors les Gaules n'eurent presque rien qui n'obéît aux François, et tous reconnaissoient Charles Martel. Puissant en paix, en guerre, et maître absolu du royaume, il régna sous plusieurs rois, qu'il fit et défit à sa fantaisie, sans oser prendre ce grand titre. La jalousie des seigneurs françois vouloit être ainsi trompée. La religion s'établissoit en Allemagne. 723 Le prêtre saint Boniface convertit ces peuples, et en fut fait évêque par le pape Grégoire II, qui l'y avoit envoyé. L'empire étoit alors assez paisible ; mais Léon y mit le trouble pour longtemps. Il entreprit de renverser, comme des idoles, les images de Jésus-Christ et de ses saints. Comme il ne put attiier à ses sentiments saint Germain, patriarche de Constontin'ipje, ij agit de son autorité, et, après une ordonnance du sénat, on lui vit d'abord briser une image de Jésus-Cht'isl, qui' étoit posée sur la grande porte de l'église de
OÔ DISCOURS
cos(leJ.-c Consfantinople. Ce fut par là que commencèrent îes vio leuces des iconoclastes, c'est-à-dire des brise-imagos. Les autres images que les empereurs, les évèqucs et tous les fidèles avaient érigées depuis la pai)f de l'Église, dans les lieux publics et particuliers, furent aussi abattues. A ce spectacle, le peuple s'émut. Les statues de l'empereur furent renversées en divers endroits. Il se crut outragé en sa personne : on lui reprocha un semblable outrage qu'il faisoit à Jésus-Christ et à ses saints, et que, de sou aveu propre, l'injure faite à l'image rctomboit sur l'original. L'Italie passa encore plus avant : l'impiété de l'empereur fut cause qu'on lui refusa les tributs ordinaires. Luitprand, roi des Lombards, se servit du même prétexte pour prendre Ravennp, résidence des exarques. On nommoit ainsi les gouverneurs que les empereurs envoyoient en Italie. Le pape Grégoire II s'opposa au renversement des images, mais en même temps il s'opposoit aux ennemis de l'empire, et tàclioit de retenir les peuples dans l'obéissance. La paix se fit 730 avec les Lombards, et l'empereur exécuta son décret contre les images plus violemment que jamais. Mais le célèbre Jean de Damas lui déclara qu'en matière de religion il ne connaissoit de décrets que ceux de TÉglise, et souffrit beau-^ coup. L'empereur chassa de son siège le patriarche saint Germain, qui mourut en exil, âgé de quatre-vingt-dix ans.
îso, 7«o Un peu après, les Lombards reprirent les armes, et, dans les maux qu'ils faisoient souffrir au peuple romain, ils ne furent retenus que par l'autorité de Charles Martel, dont le pape Grégoire II avoit imploré l'assistance. Le nouveau royaume d'Espagne, qu'on appeloit dans ces premiers temps le royaume d'Oviède, s'augmentoit par les victoires et par la conduite d'Alphonse, gendre de Pelage, qui, à l'exemple de -Recarèdc, dont il étoit descendu, prit le nom de Catholique. 7<i Léon mourut, et laissa l'empire, aussi bien que l'Église, dans une grande agitation. Artabaze, préteur d'Arménie, se fit proclamer empereur, au lieu de Constantin Copronyme, fils de Léon, et rétablit les images. Après la mort de Charles Martel, Luitprand menaça Rome de nouveau : l'exarchat de Ilaveune fut eu péril, et l'Italie dut son salut ù la prudence
Sur i.*HisTomE ukiverselie'. Ô9
du pape saÎBt Zacharie. Constantin, embarrassé dans l'O- a»» ^° ^■-^• rîent, ne songeoit qu'à s'établir; il battit Artabaze, prit V'iS Constantinople, et la remplit de supplices. Les deux en- 7U fants de Charles Martel, Carloman et Pépin, avoient succédé 747 à la puissance de leur père ; mais Carloman dégoûté du siècle, au milieu de sa grandeur et de ses victoires, embrassa la vie monastique. Par ce moyen, son frère Pépin réunit en sa personne toute la puissance. Il sut la soutenir par un grand mérite, et prit le dessein de s'élever à la royauté. Cbil- • déric, le plus misérable de tous les princes, lui en ouvrit le ■jr.a chemin, et joignit à la qualité de fainéant celle d'insensé. Les François dégoûtés de leurs fainéants, et accoutumés depuis tant de temps à la maison de Charles Martel, féconde en grands hommes, n'étoient plus embarrassés que du serment qu'ils avoient prêté à Childéric. Sur la réponse du pape Zacharie, ils se crurent libres, et d'autant plus dégagés du serment qu'ils avoient prêté à leur roi, que lui et ses devanciers sembloîent, depuis cent ans, avoir renoncé au droit qu'ils avoient de leur commander, en laissant attacher tout le pouvoir à la charge de maire du palais. Ainsi Pépin fut rais sur le trône, et ie nom de roi fut réuni avec l'autorité. Le pape Etienne III trouva dans le nouveau roi le même zèle 753 que Charles Martel avoit eu pour le Saint-Siège contre les Lombards. Après avoir vainement imploré le secours de l'empereur, il se jeta entre les bras des François. Le roi le reçut en France avec respect, et voulut être sacré et cou- 754 ronué de sa main. En même temps il passa les Alpes, délivra Rome et l'exarchat de Ravenne, et réduisit Astolphe, roi des Lombards, aune paix équitable. Cependant l'empereur faisoit la guerre aux images. Pour s'appuyer de l'autorité ecclésiastique, il assembla un nombreux concile à Constantinople. On n'y vit pourtant point paroître, selon la coutume, ni les légats du Saint-Siège, ni les évêques ou les légats des autres sièges patriarcaux». Dansce concile, non seulement on condamna comme idolâtrie tout l'honneur rendu aux images en mémoire des originaux, mais encore on y condamna la sculpture et la peinture comme des arts « Cos. Kic. II, act. VI, tom. vu Concil. col. 395.
tasdeJ.-c. détestables'. C'étoit l'opinion des Sarrasins, dont on disoit que Léon avoit suivi les conseils quand il renversa les images. Il ne parut pourtant rien contre les relique"... Le concile de Copronyme ne défendit pas de les honorer, et il frappa d'anathême ceux qui refnsoient d'avoir recours aux prières de la sainte Vierge et des saints'. Les catholiques, persécutés pour l'honneur qu'ils rendoient aux images, répondoient ^ à l'empereur qu'ils aimoient mieux endurer toute sorte ^extrémités, que de ne pas honorer Jésus-Christ jusque 755 dans son ombre. Cependant Pépin repassa les Alpes, et châtia l'infidèle Astolphe, qui refusoit d'exécuter le traué de paix. L'Église romaine ne reçut jamais un plus beau don que celui que lui «t alors ce pieux prince. Il lui donna les villes reconquises sur les Lombards, et se moqua de Copronyme qui les redemandoit, lui qui n'avoit pu les défendre. Depuis ce temps, les empereurs furent peu reconnus dans Rome : ils y devinrent méprisables par leur foiblesse, et odieux par leurs erreurs. Pépin y fut regardé comme protecteur du peuple romain et de l'Église romaine. Cette qualité devint comme héréditaire à sa maison et aux rois de France. Char-
772 lemagne, fils de Pépin, la soutint avec autant de courage que de piété. Le pape Adrien eut recours à lui contre Didier, roi des Lombards, qui avoit pris plusieurs villes, et menaçoit toute l'Italie. Cbarlemagne passa les Alpes. Tout
773 iléchit : Didier fut livré : les rois lombards, ennemis de .^74 Rome et des papes, furent détruits : Charlemagne se fit couronner roi d'Italie, et prit le titre de roi des François et des Lombards. En même temps il exerça dans Rome même l'autorité souveraine, en qualité de patrice, et confirma au Saint-Siège les donations du roi son père. Les empereurs avoient peine à résister aux Bulgares, et soutenoient vainement contre Charlemagne les Lombards dépossédés. La querelle des images duroit toujours. Léon IV, fils dé Copronyme, sembloit d'abord s'être adouci ; mais il renouvela la persécution aussitôt qu'il se crut le maître. Il mourut bientôt. Son fils Constantin, âgé de dix ans, lui succéda, et régna
t CoN. Nie. II. Dcfiu. Pseiido-syn. C.P. col. 458, 50f>. — » lôid. Pseudo-syn. G. P. Can. x et xi : col. 523, 527.
SUR l'histoire universelle. 101
gou s k tutelle de l'impératrice Irène sa mère. Alors les onsdeJ-G. Choses commencèrent à changer de face. Paul, patriarche '84 • de Constantinople, déclara, sur la fin de sa vie, qu'il avoit combattu les images contre sa conscience, et se retira dans un monastèie, oii il déplora, en présence de l'impératrice, le malheur de l'Église de Constantinople séparée des quatre sièges patriarcaux, et lui proposa la célébration d'un concile universel comme l'unique remède d'un si grand mal. Taraise, son successeur, soutint que la question n'avoit pas été ^ jugée dans l'ordre, parce qu'on avoit commencé par une* ordonnance de l'empereur, qu'un concile tenu contre les formes avoit suivi; au lieu qu'en matière de religion, c'est au concile à commencer, et aux empereurs à appuyer le jugement de l'Église. Fondé sur cette raison, il n'accepta le patriarcat qu'à condition qu'on tiendroit le concile universel: il fut commencé à Constantinople, et continué à Nicée. Le pape y envoya ses légats : le concile des iconoclastes fut condamné : ils sont détestés comme gens qui, à l'exemple des Sarrasins, accusoient les chrétiens d'idolâtrie. On décida que les images seroient honorées en mémoire et pour l'amour des originaux : ce qui s'appelle, dans le concile,, cu/fe relatif, adoration et salutation honoraire, qu'on oppose au culte suprême, et à Vadoradon de latrie, ou d'entière sujétion, que le concile réserve à Dieu seul '. Outre les lé* gats du Saint-Siège, et la présence du patriarche de Constantinople, il y parut des légats des autres sièges patriarcaux opprimés alors par les Infidèles. Quelques-uns leur ont contesté leur mission : mais ce qui n'est pas contesté, c'est que, loin de les désavouer, tous ces sièges ont accepté le concile sans qu'il y paroisse de contradiction, et il a été reçu par toute l'Église. Les François, environnés d'idolâtres ou de nouveaux chrétiens dont ils craignoient de brouiller les idées, et d'ailleurs embarrassés du terme équivoque d'adoration, hésitèrent longtemps. Parmi toutes les images, ils ne vouloient rendre d'honneur qu'à celle de la croix, absolument différente des figures, que les païens croyoient pleines de divinité. Ils conservèrent pourtant en lieu honorable, et ' Co.\c. Nie. II, act. VI, tora. vu, Conc. col. 395.