‹ Chefs-d'œuvre de DiderotChapitre 15 sur 67 · LOUIS ASSELINE. XXI · texte numérisé non relu

LOUIS ASSELINE. XXI

éditeur intelligent. Mis au courant de la science, et allégés de quelques articles de circonstance, les trois volumes parus formeraient pour une nouvelle édition en excellent point de départ.

L'interruption de VEncyclopédie ne fiit pas le seul déboire d*Asseline en cette néfaste année 1870. Une correspondance politique qu'il avait créée, qu'il rédigeait^ autographiait, expédiait presque à lui seul^ sa collaboration littéraire à plusieurs journaux de province, à des organes parisiens tels que la Revue politique, fondée par MM. Challemel-Lacour, Brisson^ Allain-Targé, Gambetta, Spuller et tout le groupe directeur de rUnion républicaine, son emploi à la librairie Hachette^ tout croulait du même coup avec Texécrable empire. Mais les malheurs privés se fondaient et disparaissaient dans l'infortune publique. L'anéantissement des fruits acquis ou espérés de son immense labeur n'ébranla point son énergie.

11 s'était mêlé dix ans à tout le mouvement philosophique et à tous les efforts politiques qui auraient amené fatalement la fin du césarisme. Il avait suivi et compté d'un œil inquiet tous ces points noirs qui s'élevaient à l'horizon. Sans prévoir que l'empire dût être aussi funeste à la France en sa débâcle qu'en sa prospérité, il avait depuis longtemps perdu l'espoir d'une solution pacifique, il sentait que la camarilla, acculée par l'opinion, poussée à l'abîme par les fautes du maître, entraînerait le pays avec elle dans quelque terrible catastrophe. La folie du Mexique, l'abandon du Danemark en 1864, l'humiliation de Sadowa, le crime de Mentana, la désaffection de l'Italie; d'autre part, l'agitation socialiste, la polémique ardente, le procès Baudin, les élections de 1869, l'assassinat de Victor Noir, la stupide invention du complot de Blois, rappel in extremis au faux libéralisme de l'apostat Ollivier et consorts, la grande duperie du plébiscite, l'impossibilité de vivre; enfin le redoutable développement de la puissance prussienne ; tout annonçait à la fois la guerre sans alliés avec une armée désorganisée

XXII AVANTHPROPOS.

et la dé£àite ou une victoire pire que le désastre. Dans le sang Tempire était né; il périrait ou se retremperait dans le sang : alternative également effroyable, dilemme insoluble. Quel caprice du sort eût prévenu ces maux ? La mort de Napoléon III, un coup de foudre supprimant, broyant en poussière le r^ime et la dynastie ? Car^ en dépit des graves théories et de leur justesse générale, il est tel fait brutal qui rompt la chaîne des événements, il y a de petites causes qui produisent de grands effets. A tout prendre, une résistance énergique de Topinion, peut-être une révolte heureuse, pouvait dissiper la tempête avant que le nuage crevât. Asseline hâtait donc de tout son effort insurrection de la pensée, de tous ses vœux le déchaînement populaire. L'une se préparait, l'autre échoua. La bataille de Clichy eut raison de la manifestation Baudin ; la prudence, une prudence né» cessaire, dispersa les foules accourues aux funérailles de Victor Noir. Asseline marchait là au premier rang. Le plébiscite offrait à la France son salut, elle se livra : de mauvaise grâce, sans doute ^ mais son hésitation visible ne pouvait qu'accélérer sa perte; elle était encore une fois complice de ses désastres. O libéraux, ô modérés dont la mollesse abusa le suffrage universel, vous qui ne laissez passer aucune faute sans la commettre, de quel juste ressentiment Asseline était animé contre vous !

Enfin la sinistre équipée est résolue. Le casse-tête a raison des démonstrations en faveur de la paix; l'allégation d'une insulte imaginaire, un mensonge aussi patent que prémédité, la forfanterie d'un ministre de la guerre, la niaiserie criminelle d'une femme, l'infatuation d*un « cœur léger », instrument et plastron d'intrigants qui le méprisent, prévalent sur la clairvoyance patriotique de Thiers. La guerre, si facilement évitable, est déclarée, engagée, en dépit du sens commun, par petits corps dispersés, sans armes, sans munitions, sans vivres; et les pauvres plébiscitaires sont réveillés par trois défieùtes en un jour.

LOITIS A9SSL1NE. XXHI

Reichshoffen, Forbach et Spikeren. Allons^ c*e$t Pheure, la dernière : un vote, et la France se délivre à la fols de Pempire et de Tinvasion. Avec tous les hommes sensés, Asseline espère, demande, réclame à grands cris la déchéance. Non, Téchec d'un« misérable échauffourée à la Villette déconcerte les députés ; la Chambre tergiverse. En route pour Sedan l

Asseline avait pris une part active à la révolution du 4 septembre. Quand, peu de jours avant Pinvestissement de Paris, je le trouvai aux Tuileries, dépouillant les papiers du cabinet impérial, le gouvernement lui proposait la mairie du XIV« arrondissen»ent. Il ne comptait pas beaucoup, avouons-le, sur les hommes auxque& était échu le lourd fardeau de la défense ; et bien d'autres ont pensé comme lui qu'on n'avait assez fait dans ce temps ni pour Paris, ni pour la patrie, ni pour la république. Admettons que la t&che était surhumaine, et n'en parlons plus. On lui demandait son conccoirs, il le donna, renonçant à une petite feuille qu'il venait de fonder, le Tocsin (cinq numéros). Après le 3 1 octobre, sur lequel on a débité tant de sottises, Pélection le confirma dans ses pouvoirs. Pendant plus de quatre mois, il exerça ses fonctions difficiles, pénibles, avec un zèk infatigable, veillant à l'approvisionnement, à l'armement, à la sécurité d'un arrondissement pauvre et menacé; sous les obus, qui pdeuvaient à sa porte, parmi les victimes du bombardement et de la petite vérole noire, il garda jusqu'au dernier jour sa foi dans la résistance, si la résistance eût élé convaincue et sincère. Ce qu'il pensait du scepticisme des uns, de Pincapacité des autres, de la froide hypocrisie qui combina l'inutile désastre dfi Buzenval, l'indignation qui l'animait contre les <c capitulards », tous ceux qui ont vécu dans Paris assiégé le savent par eux-mêmes. Il est inutile d'y inaister. Paris succomba et, par la faute du gouvernement, la France avec Paris. L'armistice stipulait à tort pour le pays entier, et livrait à Penaerni des

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