‹ Chefs-d'œuvre de DiderotChapitre 18 sur 67 · XXVI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXVI AVANT-PROPOS

En dépit des dénonciations et des platitudes écocurantes qui seront la honte de cette époque, ia Ligue se maintenait en qualité de comité électoral. Si les républicains qui avaient abandonné Paris en mars, et qui y rentraient à la suite des troupes sur le corps de dix-sept mille Français, s'étaient ralliés à la L^ue, la singulière coalition des Débats et du Figaro n'aurait pas fait passer une liste ridicule. Mais ils craignirent les récriminations que pouvait soulever leur conduite pendant la guerre civile. Leur comité de la rue Turbigo divisa les voix et les chances du parti, comme plus tard leur cercle de la rue de Valois perpétua une scission fâcheuse entre ceux qu'on nomma les VersaUlais et ceux qui pouvaient se dire les Parisiens. En Élit, les candidats inscrits à la fois sur les deux listes de Turbigo et de la Ligue, cinq sur vingt et un, furent élus; les autres, et parmi eux Asseline, échouèrent, sauf Gambetta, que la Ligue seule avait porté. Oui, il s'était trouvé, dans une réunion républicaine, une majorité .pour exclure la candidature du chef des républicains.

Nécessairement dissoute, la Ligue trouva moyen de se reformer sous le nom de Cercle parisien des familles, pour préparer les premières élections municipales, et plus tard soutenir Victor Hugo contre M. Vautrain, Celui-ci, comme on le sait, triompha. Du moins, grâce aux efforts du Cercle parisien, les élections municipales avaient été moins mauvaises qu'on n'eût pu le craindre. Asseline, cependant, resta cette fois encore sur le carreau. Un clérical, je crois, l'avait battu, dans ce quatorzième arrondissement qui lui réservait d'autres marques d'ingratitude.

Mais il n'avait pas le temps de se décourager. Sa Correspondance autographiée, qu'il avait reprise avec le concours d'une agence de publicité^ réclamait toutes ses journées. Le soir il discutait avec des amis les moyens de fonder une Revue; Lucien Le Chevalier, alors éditeur, rue Richelieu, le pressait de collaborer à un organe hebdomadaire, qui devait s'appeler Re^ie

LOUIS ASSELINE. ZXVII

républicaine (juin 1871). Je passe les articles de critique littéraire publiés dans les journaux de Lyon et de Bordeaux. Entre temps, Asseline aidait M. Gagneur et Mario Proth à compléter le second volume du recueil intitulé Correspondance et papiers des Tuileries, et à composer le troisième, qui fut interdit avant la publication, parce que l'entreprise déplaisait au chef de TÉtat. Il attachait beaucoup de prix à cette collection, et il avait raison : si, au premier moment, elle n'a pas répondu à l'attente publique, si elle a paru au-dessous de l'horreur que Tempire inspirait, le lointain lui rendra sa valeur.

Durant quelques mois en 1872, il donna des feuilletons à la Revue des sciences historiques qui a paru pendant huit ans tous les jeudis dans la République française. Mais il existait entre ses vues, ou plutôt entre son tempérament et la politique de ce journal, une sorte d'incompatibilité qui dégénéra en antipathie mutuelle. Ses occupations multiples, sa direction momentanée du Peuple souverain (huit numéros), la part active qu'il prit avec Yves Guyot à la rédaction du Radical^ motivèrent suffisamment sa retraite. A quoi servirait de regretter qu'en reprenant sa liberté, il ait trop souvent accentué certaines dissidences, d'ailleurs envenimées par des représailles sans merci ? Il n'est pas, en somme, de groupes plus voisins que l'Extrême gauche et l'Union républicaimJ; mais c'est précisément entre voisins que les dissentiments tournent le plus vite à l'aigreur. L'orthodoxe hait le protestant plus que le turc; des Français qui n'auraient pas maltraité un prisonnier prussien ont fusillé des milliers de Français après la bataille. Oh ! querelles de famille !

Nous ne prenons point parti dans cette guerre intestine où, des deux parts, on était prêt à appliquer l'axiome : hanc patere legem quam fecisti, Asseline savait ce qu'il faisait ; il agissait à ses risques et périls, et, son caractère étant donné, il ne pouvait agir autrement.

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