‹ Chefs-d'œuvre de DiderotChapitre 21 sur 67 · XXX AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXX AVANT-PROPOS

dont il ne s'est jamais départi. Sa conduite, ses écrits, ses entretiens se sont toujours inspirés de cette maxime invariable, que Tapplication des principes est plus utile et moins dangereuse, plus pratique en un mot, que les accommodements diplomatiques. Il tenait que certaines défaites momentanées sont préférables à des victoires douteuses, partagées avec d'anciens et futurs ennemis ; que l'habitude des concessions dégénère en faiblesse, en duperie; que les atermoiements compromettent des résultats certains, et transforment en difficultés insolubles des questions résolues. Les arguments de fait ne manquaient pas à sa thèse. Si, des dix ans écoulés depuis Sedan, la France en a perdu cinq au moins, elle le doit en grande partie à ce qu'on a trop vanté sous le nom de sagesse du parti républicain. Cette sagesse a été réelle, mais on lui a feit honneur de sacrifices qui ont été de graves erreurs; on n'a pas assez remarqué que chacune de ses défaillances, ou chacun de ses excès, termes équivalents, a été immédiatement puni par une crise, par un désastre. Lorsque Thiers (puisque nous devons le considérer comme un républicain, du moins in extremis) accepta le débat sur la capitale, il prépara la Commune; lorsqu'il reconnut le pouvoir constituant à TAssemblée, lorsqu'il ne l'invita pas à se dissoudre après la paix et le paiement de l'indemnité, il prépara sa propre ruine ; lorsque, tombé en minorité, il déposa un pouvoir associé de par la loi à la durée môme de l'Assemblée, il livra le pays aux conspirateurs cléricaux et rojralistes; quand il perpétua l'état de siège, il éternisa une répression déplorable, et autorisa l'intempérance d'une juridiction exceptionnelle. Son amour de l'ordre eut pour singulier corollaire le trouble, l'inquiétude permanente. Plus tard, une constitution est votée, à tort ou à raison, tellement imparfaite qu'il faudra le plus tôt possible en supprimer la moitié et changer le reste; l'onéreuse superfétation d'un Sénat, nous n'en parlerons pas; nous laisserons de côté la bizarre chinoiserie électorale dont

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