XXXIV AVANT-PROPOS
métaphysique banale, on tomba dans la métaphysique captieuse, qui lui est, au fond, équivalente. Par indécision, pour ne point tirer des études nouvelles leurs conclusions évidentes, on inféoda la science moderne à des systèmes qui répondaient à l'état intellectuel d*un autre âge.
Les plus hardis, ceux qui se disaient sincèrement dégagés de toute spéculation métaphysique, s'attachèrent, avec une sorte de raison, à la recherche et à la description exacte des phénomènes. Ils prétendirent écarter le dilemme fondamental^ éluder le choix inévitable entre le spiritualisme et le matérialisme. En renvoyant dos à dos les deux doctrines contradictoires, ils crmraient de bonne foi supprimer Tune et Pautre. Il suffisait de les faire rentrer toutes deux dans une seule et même classe, de les envelopper dans une même accusation et dans une même sentence. C'est ainsi qu'une étrange justice enfermait jadis dans le même sac et le même lien le mort et le vivant. Abusant d'un procédé familier à l'école dont ils se déclaraient émancipés, ils attribuaient péremptoirement au matérialisme une conception métaphysique de la matière; et tout était dit : le même arrêt frappait à la fois deux entités également négligeables, la matière et l'esprit.
Le procédé, pour être sommaire, n'en était pas moins illusoire. Mais quoi ! le public accepte aisément les ajB&rmations qui tombent de bouches autorisées ; et comme phénoménistes et positivistes, idéalistes et néo-kantiens se rencontraient dans la même appréciation fausse et concluaient au même ostracisme, les indifférents étendaient volontiers au matérialisme véritable le jugement qui ne frappait en somme qu'un mannequin travesti en matérialisme; d'autant que, seule en cette Babel, la doctrine condamnée manquait d'organe attitré, et que les journaux où elle trouva d'abord un refuge n'avaient guère tardé à la traiter en suspecte, en agent de discorde.
Il importait de rétablir le véritable caractère du matérialisme, d'appliquer sa méthode aux découvertes