AUX DÉPENS DE LA COMPAGNIE
Les Pensées philosophiques^ condamnées au feu pnr le Parlement le 7 iuillet 1746, ont été, dit-on, écrites en quatre jours, du vendredi saint au lundi de Pâques de cette année, pour procurer fo louis à M"»* de Puisieux, alors maîtresse de Diderot. La rapidité de la composi.ion na pas nui, comme on pourra voir, à la nett>;té du trait et à la force pressante de l'argumentation. Il y avait longtemps, sans doute, que ces pensées étaient formulées dans l'esprit de Diderot, et il ne lui fallait que le temps matériel de les écrire sous sa propre dictée. Elles marquent la première étape du philosophe dans cette carrière qui l'a conduit du déisme au matérialisme, en passant par îe doute et la religion naturelle. Diderot, dégagé à grand peine de ses langes chrétiens, résume le long travail mental qui lui a rendu sa liberté. Avant d'aborder l'étude directe de la réalité, il s'arrête encore à des arguments d'école ; il se repose, comme pour prendre haleine, dans l'illusion téléologique, suprêm? et banal refuge de l'anthropomorphisme. Mais si loin que nor.s s yons ici de \ Interprétation de la nature et du Rêve de d'Alembert^ on notera à chaque j âge une préoccupation constan'e de rath:isme, qui envahit et domine déjà, en Did rot, le c' rétien de commande et le déiste par bienséance. Comme l'enfant; qui fait du bruit dans un sentier ténébreux au bout duquel i^ entrevoit le jour, le sceptiqu3 parle haut, mais le Dieu qu'il affirme reste muet, et l'écho ne lui renvoie que ses n<?gat'ons. a L'ouvrage, dit Assézat, eut un grand retentissement, » comme on peut en juger par les fureurs d^ Palissot et de vingt autres cuistres. L'édition princeps (1746, in- 12), sans nom d'auteur, avec vignette a représentant la Vérité enlevant son masque à la Superstition renversée sur ; n sphinx et un dragon,» paraît avoir été suivie, la même année, d'une autre attribuée à Voltaire ou à Lamettrie. Une nouvelle édition parut en 1757, sous le titre : Etrennes aux esprits forts, chez Porphyre, in- 18. Puis viennent des réimpressions : Londres, 17008 (sic); Londres (Amsterdam), 1777, en français et en italien ; et 1801^ Apocalypse de la raison, tome premier (et unique).
Parmi les nombreuses réfutations de nos Pensées, citons, d'après Assézat : Pensées philosophiques et Pensées chrétiennes mises en parallèle (Georges de Polier), la Haye, 1 746, in- 1 2 ; Pensées raisonnables (Formey), Berlin (Amsterdam), 1749, 1756, in-80; Pensées philosophiques d'un citoyen de Montmartre (Sénemand, jésuite), 1756, in- 12; Pensées philosophiques sur divers sujets, la Haye, 1791 ; Lettres sur l'écrit intitulé, etc. (Ilharat de la Chambre), 1749, :n-i2.
Les Pensées ont été insérées par Naigeon dans son article Diderot de la Philosophie ancienne et moderne.