XXX. — Qu'est-ce qu'un sceptique? C'est un
philosophe qui a douté de tout ce qu'il croit, et mil croit ce qu'un usage légitime de sa raison et ae ses sens lui a démontrç vrai. Voulez-vous quelque chose de plus précis? rendez sincère le pyrrhonien, et vous aurez le sceptique.
XXXI. — Ce qu'on n'a jamais mis en question n'a point été prouvé. Ce qu'on n'a point examiné sans prévention n'a jamais été bien examiné. Le scepticisme est donc le premier pas vers la vérité. Il doit être général, car il en est la pierre de touche. Si, pour s'assurer de 1 existence de Dieu, le philosophe commence par en douter, y a-t-il quelque proposition qui puisse se soustraire à cette épreuve?
XXXII. — L'incrédulité est quelquefois le vice d'un sot, et la crédulité le défaut d'un homme d'esprit. L'homme d'esprit voit loin dans l'immensité des possibles; le sot ne voit guère de possible que ce qui est. C'est là peut-être ce qui rend l'un pusillanime, et l'autre téméraire.
XXXIII. — On risque autant à croire trop, cru'à croire trop peu. Il n'y a ni plus ni moins ae danger à être polythéiste qu'athée : or, le scepticisme peut seul garantir également, en tout temps et en tout lieu, de ces deux excès opposés.
XXXIV. — Un semi-scepticisme est là marque d'un esprit faible; il décèle un raisonneur pusillanime, qui se laisse effrayer par les consé-
guences*, un superstitieux, qui croit honorer son ►ieu par les entraves où il met sa raison; une espèce d'incrédule, qui craint de se démasquer à lui-même : car si la vérité n'a rien à perdre à l'examen, comme en est convaincu le semi-sceptique, que pense-t-il au fond de son âme de ces
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notions privilégiées qu'il appréhende dasareder, et qui sont placées dans un recoin d& sa. cervelle, comme dans un sanctuaire dont il n'ose approcher?
XXXV: — J'entends crier de toute part h Timpiété. Le chrétien est impie en Asie, le musulman en Europe, le papiste à Londres, le calviniste à Paris, le janséniste an haut de la rue Saint-Jacaues, le moliniste au fond du faubourg Saint-Méaard. Qu^estce donc qu'un impie? Tout le monde Test-il, ou personne?
XXXVI. — Quand les dévots se déchaînent contre le scepticisme, il me semble qu'ils entendent mal leur intérêt, ou qu'ils se contredisent. S'il est certain qu'un culte vrai, pour être embrassé, ettju'un faux culte, pour être abandonné, n'ont besoin que d'être bien connus, il serait à souhaiter qu'un dcmte universel se répandît sur la. surface de la terre, er que tous les peuples voulussent bien mettre en question la vérité de leurs religions : nos missionnaires trouveraient la bonne moitié de leur besogne faite.
XXXVIL — Celui qui ne. conserve, pas par choix le culte qu'il a reçu par éducation, ne peut non plus se glorifier d être chrétien ou niusulman, que de n'être point né aveugle ou boiteux. C'est un bonheur, et non pas un mérite.
XX&YIIL - Celui qui mourrait pour, un culte dont il I connaîtrait laj fausseté seif ait un enragé.
Celui qui meurt jx)ur un culte, faux, mais- qu'il crbit.vrai^ ou i pour un culte vrai, mais dont il n'a^pas de preuves^ est im fanatique..
Le vrai martyr est celui qui meurt pour un culte vrai, et dont la vérité lui est démontrée.