‹ Chefs-d'œuvre de DiderotChapitre 4 sur 67 · LOUIS ASSELINE. VII · texte numérisé non relu

LOUIS ASSELINE. VII

et les places n'ont point d*odeur. Ainsi raisonnaient les complices apiès coup, les pires^ puisqu'ils ont couvert de leur honnêteté l'ignominie du forfait, orné de leur talent l'indigence misérable du maître et des valets. Ils ont cru à la durée de l'empire, et cette durée est leur œuvre; la chose dont le mépris eût fait justice s'est maintenue par l'adhésion d'une prudence à vue courte.

Donc l'homme du guet-apens avait muselé la presse, frappé d'interdit toute parole et toute pensée libres. 11 n'y avait de tolérance que pour les lécheurs efirootés ou décents, pasquins sceptiques et dilettantes impassibles, pleins de désinvolture dans la platitude : masques à deux profils» riant de l'un, flattant de l'autre. Hors de la clique point de salut. Ceux qui cherchaient leiu* voie la trouvaient barrée par la police, obstruée par les compères. Force leur était bien de demander aux longues causeries une distraction et un remède contre l'ennui morne qui les consumait. De là la vogue de ces « caboulots » obscurs où se sont nouées tant de fortes amitiés, liaisons d'esprit qui souvent gagnent le cœur; de ces brasseries qui blessaient la pudeur et fouettaient la bile des « honnêtes gens, » et d'où, en somme, est sortie la république. £tait-<e dans les salons qu'on pouvait agiter les questions brûlantes de la politique et de la philosophie, exalter les Châtiments, vomir Cousin et consorts, discuter Proudhon ou Louis Blanc, fustiger les nouveaux Robert Macaire, les Marie* Antoinette de contrebande, flétrir enfin l'accouplement du meurtre et de la sacristie, de l'hypocrisie et du parjure? Et comment parler d'autre chose?

Quand le hasard m'eut conduit dans la modeste pension où Asseline prenait ses repas en compagnie de Victor Chauvin, de la Feinte de Vinstruciion publique; d'Edeline, professeur à Fontanes; d'Eugène Despois, du romancier Gaston Lavalley, de l'humoriste républicain Mario Proth, et de tant d'autres, morts et vivants, je me trouvai tout de suite dans mon milieu. Q}a'<m me pardonne ce qu'il y a de

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