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général où nous marchons sans cesse ; et Ton dit que nous y serons récompensés ou punis, selon la bonne ou mauvaise conduite que nous aurons tenue sur la route.
6. Nous naissons soldats; mais rien de plus singulier que la façon dont on nous enrôle :
tandis que nous sommes ensevelis dans un som-* meil si profond que personne de nous ne se souvient pas même d'avoir veillé ou dormi, on met à nos côtés deux témoins ; on demande au dormeur s'il veut être enrôlé; les témoins consentent pour lui, signent son engagement, et le voilà soldat.
7. Dans tout gouvernement militaire, on a institué des signes pour reconnaître ceux qui embrassaient la profession des armes, et les rendre sujets aux châtiments prononcés contre les déserteurs, s'ils l'abandonnaient sans ordre ou sans nécessité. Ainsi chez les Romains on im-
Î)rimait aux nouveaux enrôlés un caractère qui es attachait au service sous peine de la vie. On eut la même prudence dans le nôtre; et il fut ordonné, dans le premier volume du code, que tous les soldats seraient marqués sur la partie même qui constate la virilité. Mais, ou notre souveram se ravisa, ou le sexe, toujours enclin à nous contester nos avantages, se crut aussi propre à la guerre que nous, et fit ses remontrances; car cet abus fut réformé dans le second volume. Le haut-de-chausses ne distingua plus la milice. Il y eut des troupes en cotillon; et l'armée du prince fut un corps de héros et d'amazones, avec un uniforme commun. Le ministre de la guerre, chargé de le déterminer, s'en tint à un bandeau et à une robe ou casaque blanche. C'est l'habit du régiment, et Ton sent assez qu'il est mieux assorti aux deux sexes que le premier, ressource admirable pour doubler au moins le nombre des troupes. J'ajouterai même
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ici^ à l'honneur du sexe, qu*il y a peu d'hommes OUI sachent porter le bandeau aussi bien que les femmes.
8. Les devoirs du soldat se réduisent à bien tenir son bandeau et à conserver sa robe sans tache. Le bandeau s'épaissit ou s'affaiblit à Fuser. Il devient dans les uns d'un drap des plus épais ; c'est dans les autres une gaze légère, toujours prête à se déchirer. Une robe sans tache et deux bandeaux également épais ; c'est ce au'on n'a point encore vu. Vous passez pour un lâche, si vous laissez salir votre robe; et si votre bandeau se déchire ou vient à tomber, vous êtes pris pour déserteur. De ma robe, ami, je ne t'en dirai rien. On prétend que c'est la tacher que d'en parler avec avantage, et ce serait faire soupçonner qu'elle est sale que d'en parler avec mépris. Quant à mon bandeau^ ^^ Y ^ longtemps que je m'en suis défait. Soit mconsistance de sa part, soit effort de la mienne, il est tombé.
9. On nous assure que notre prince a toutes les lumières possibles ; cependant rien de plus obscur que notre code, qu'on dit être de lui. Autant ce (^u'on y lit sur la robe est sensé, autant les articles au bandeau paraissent ridicules. On prétend, par exemple, que, quand ce voile est d une bonne étoffe, loin de priver de la vue, on aper-
leuses, qu'on ne voit point avec les yeux seuls ; et qu'une de ses propriétés, c'est de taire l'ofEce A r-^....- j z — .^ A^ -éaliser la
endroits
coit, à travers, une infinité de choses merveilleui
etc. ^ ^
d'un verre à facettes, de présenter, de réaliser la présence d'un même objet en plusieurs endroits a la fois ; absurdités qu'on fortifie de tant d'autres, que quelaues déserteurs ont soupçonné de petits esprits aavoir eu la témérité de prêter à notre législateur leurs idées, et d'avoir inséré dans le nouveau code je ne sais combien de puérilités dont il n'y a pas l'ombre dans l'ancien. Mais ce qui te surprendra, c'est qu'ils ont ajouté
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que la connaissance de ces rêveries est absohir ment nécessaire pour être admis dans le pakds de notre monarque. Tu me demanderas sans doute ce que sont devenus tous ceux qui ont précédé la promulgation du nouveau code. Ma foi, je n'en sais rien... Ceux qui prétendent être dans le secret disent, pour disculper le prince, qu'il avait révélé ces choses, comme le mot ds guet, à ses anciens ofificiers généraux: mat& ils ne le justifient point d'avoir réforme toute k soldatesque qui s'en allait bonnement, et qui dut être bien étonnée, en arrivant à sa cour, de se voir traiter avec tant d'ignominie, pour avoir Ignoré ce qu'elle n'avait jamais pu savoir.
10. L'armée réside dans des provinces peu connues. En vain publie-t-on que tout y abonde: il faut qu'on y soit mal; car ceux mêmes qui nous enrôlent n'articrilent rien de précis, s'en tiennent aux termes généraux, craignent de joindre, etpartent le plus tard qu'ils peuvent.
1 1 . Trois chemins y conduisent ; on en voit un à gauche qui passe pour le plus sûr, et qui n'est dans le vrai que le plus pénible. C'est un petit sear tier long, étroit, escarpé, embarrassé de cailloux et d'épines dont on est efifrayé, qu'on suit à regret, et qu'on est toujours sur le point de quitta*.
12. On en rencontre devant soi un second, spacieux, agréable, tout jonché de ôeurs; sa pente paraît douce. On se sent porté natureliement à le suivre; il abrège la route, ce qui n'est point un avantage ; car, comme il est agréable, on ne serait pas fâché qu'il fût plus long. Si le voyageur est prudent, et qu'il vienne à considérer attentivement ce chemin, il le trouve in^al, tortueux et peu sûr. Sa pente lui paraît rspwe; iî aperçoit des précipices sous les fleurs; il craiat d^y faire des faux pas ; il s'en éloigne, iwais à tt>: gret; il y revient pour peu qu'il s'oublie : et û n'y a personne qui ne sroublie quelquefois.
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i3. A droite est une petite ailée sombre, bordée de marranniers, sablée^ plus commode que le sentier des épines, moins agréable que l'allée des fleurs, plus sûre que Tune et l'autre» mais difficile à suirre jusqu'au bout, tant son sabk devient mouvant sur la fin.
14. On trouve dans Tallée des épines des haires, des cilices, des disciplines^ des masques, des recueils de pieuses rêveries, des colifichets mystiques, des recettes pour garantir sa robe de taches, ou pour la détacher, et >e ne sais combien d'instructions pour porter fermement son bandeau, instructions qui sont toutes superflues pour les sots, et entre lesquelles il n'y en a pas une bonne pour les gens sensés,
i5. Celle des fleurs est jonchée de cartes, de dés^ d'argent, de pierreries, d'ajustements, de contes de fées, de romans : ce ne sont que lifô deTerdure et nymphes dont les attraits, soit négligés, soit mis en œuvre, n'annoncent point de cruauté.
16. Dans Taliée des marronniers, oq a des sphères, des globes, des télescopes, des Uvres, de l'ombre et du silence.
317. Au sortir du profond sommeil pendant lenei on a été enrôle, on se trouve dans le sentier es épines, habillé de la casaque blanche, et la tête affublée du bandeau. On conçoit combien il est peu commode de se promecter h tâtons panni des ronces et des orties. Cependant il y a des soldats qui bénissent à chaqrie pas la Providence de les y avoir placés, qui se réjouissent sincèrement des égratignures continuelles qu'ils oot à souffrir, qui succombent rarement à la {tentation de tacher leur robe, jamais à celle de lever oo de déchirer leur bandeau ; qui croient fermement que^ moins oo voit clair, plus on va droit, et qui pindront un jour, persuadés que le pripce leur saura autant de gré du peu. d'usage
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qu'ils auront Êiit de leurs yeux, que du soin particulier qu'ils auront pris de leur robe.
i8. Qui le croirait? ces frénétiques sont heureux ; ils ne reçrettent point la perte d'un orcane dont le prix leur est inconnu; ils tiennent le bandeau pour un ornement précieux ; ils verseraient jusqu'à la dernière goutte de leur sang, plutôt que de s'en défaire; ils se complaisent dans le soupçon qu'ils ont de la blancheur de leur robe : Thabitude les rend insensibles aux épines, et ils font la route en chantant, en l'honneur du prince, Quelques chansons qui, pour être fort vieilles, n^en sont pas moins belles.
19. Laissons-les dans leurs préjugés : nous risquerions trop à les en tirer; ils ne doivent peut-être leur vertu au*à leur aveuglement. Si on les débarrassait de leur bandeau, qui sait s'ils auraient le même soin de leur robe r Tel s'est illustré dans l'allée des épines, qu'on aurait peutêtre passé par les baguettes dans celle des neurs ou des marronniers; ainsi que tel brille dans Tune ou l'autre de ces dernières, qui se flagellerait et se flagellera peut-être dans la première.
20. Les avenues de ce triste sentier sont occupées par des cens qui Font beaucoup étudié, qui se piquent dfe le connaître, qui le montrent aux passants, mais qui n'ont pas la simplicité de le suivre.
2 1 . En général, c'est bien la race la plus méchante que je connaisse. Orgueilleux, avares, hypocrites, fourbes, vindicatifs, mais surtout querelleurs, ils tiennent de frère Jean des Entommeures, d'heureuse mémoire, le secret d'assommer leurs ennemis avec le bâton de l'étendard ; ils s'entre-tueraient quelquefois Pfwir un mot, si on avait la bonté de les laisser faire. Ils sont parvenus, je ne sais comment, à persuader aux recrues qu'ils ont le privilège exclusif de détacher les robes : ce qui les rend très-nécessaires
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à gens qui, ayant les yeux bien calfeutrés, n'ont pas de peine à croire que leur robe est sale quand on le leur dit.
22. Ces béats se promènent et édifient le jour dans l'allée des épines, et passent la nuit sans f candale dans celle des fleurs. Ils prétendent avoir lu dans les lois du prince qu'il ne leur est pas permis d'avoir des temmes en propre; mais ils n'ont eu garde dW lire qu'il leur est défendu de toucher à celles des autres; aussi caressent-ils volontiers celles des voyageurs. Tu ne saurais croire combien il leur faut de circonspection pour dérober à leurs semblables ces échappées; car ils sont d'une attention scrupuleuse à se démasquer les uns les autres. Quand ils y réussissent, ce qui arrive souvent, on en gémit pieusement dans leur allée, on en rit à gorge déployée dans celle des fleurs, et Ton en raille malignement dans la nôtre. Si leur manœuvre nous ravit quelques sujets, leurs ridicules nous en dédom<« magent; car, à la honte de l'humanité, ib ont autant et plus à craindre d'une plaisanterie que d'un raisonnement,
23. Pour t'en donner une idée plus exacte encore, il faut t'expliquer comment le corps trèsnombreux de ces guides forme une espèce d'étatmajor, avec des grades supérieurs et subalternes, une paye plus ou moins lorte selon les dignités, des couleurs et des uniformes différents : cela varie presque à l'infini.
24. Premièrement, il y a un vice-roi qui, de peur de s'écorcher la plante des pieds, qui lui sont devenus fort douillets, se fait traîner dans un char, ou porter dans un palanquin. Il se dit très -poliment le serviteur ae tout le monde ; mais il soufire patiemment que ses satellites soutiennent que tout le monde est son esclave ; et, à force de le répéter, ils sont parvenus à le faire croire aux imbéciles, et par conséquent à bien
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des gent , Oe reocontre, k la Térité, 4àni qaeèques cantoois de Tallée des •épims, des recrues dont le bandeau commence à s'user, et oui couttesiteiic an Tioe-roi son despotisme prétendu. lis kii opposent de vieux pan:hemins qui contiennent des arrêtés de fassemMée des Etats généraux; mais pour toute réponse il commence par leur écrire Qu'ils ont tort; puis il convient avec ses ÊrFOcis oSin mot, et si les mutins le remettent, il lenr retranche la paye, rustensâle, l'étape et les peu* no»s^ et leur fait quelquefois appliquer dies ca* flooimets fort chauds, il y a tels matadors qu^ a fo ue tté s comme des marmots, il possède à leurs dépens une assez belle seigneurie, dont ie com* raevce principal consiste en vélin et esi savon; car â est le premier dégtaisseur du monde, en vertu d'un privilège exclusif qu'il exerce trèsbéfûgnemeiirt, moyeimant finance. Ses premiers prédécesseurs se traînaient à pied 4aos 1 allée des épines. Plusieurs de leurs descendants se sont égarés dans celle des fleurs. Quelques-uns se sont promenés sous n<» marroomiers.
2 5. Sous ce chef que tu prendrais pour Dom Japhet d'Arménie, car il est trèsninfatué de ses yrâx et porte toque sur toque, sont des gouverneurs et des sons-gouTcmeurs de province ; les uns maigres et hâves, d'autres brillants et rmbicmds, qweiques-uns lestes et galants .lis ionataA wtn. ordre de chevalerie distingué par une longue canne à bec de corbin, et par un couvre-cncf emprunté des sacrificateurs et Cjbèle, à qui ils ne ressemblent point du tout dans le reste; ils ont fait leurs preuves à œt égard. Ils prennent la quaité et lieuDenants du prince, et le vice-roî les atppelle ses valets, ils tiennent aus^ msg»« sân de savtm, mais moins fin et par coaséqœm moins càer que celui du vioe^roi, et ils ont te «ecret d'un bacune aussi tnerveijkux que ceiut d« Fierabras.
iJâULÈE MDS irims. 8)
^ Après eux viennent de nombreux corf»
dPoffiders Tépandns de poste en poste, i qui, comme atix spahis obez les Turcs, on assigne tuo timar ou métairie plus ou moins opulente : or qui fak que la plupart vont à pied, q%idbues-uns â cheval, ^t très-peu en carrosse. Leur îonctioo est de montrer Texercice aux recrues, d'earolf»*, 4e bercer les nouveaux engagés de harangues fifor ia nécessité de bien porter le bandeau, et de ne podnt salir la robe, deux choses qu'ils négU- ^nt assez eux-^mémes, trop occupés appareoH ment k raccommoder les bandeaux et à décrasser les robes d'autmd ; car c'est encore une de leurs obligations.
27. l'avais presque ouiblié mae petite troupe «épaiée, qtm porte une toque surmcmtée d'uoe pivome avec un maatelet de peau de chat. Ces Aen9*ci se donnent pour défenseurs en titre des droits du prince^ dont la plupart n'adnaettent pas l^xntence* Il y a quelque temps qulyme place importante vint â vaquer xians cette compagiiie. Trois concurrents la .»>lltcitèrent, vn. imbécite, mm iâdieet un déserteur; c'est œgmxne si ie t^ àksm un ignorant, un libertin et un athée ; le déserteur remporta. Ils s'amusent à disputer en termes barbares sur le code qu'ils inteiprèteot et conomentent à leur âmtai&ie, et dont il est émàtot ija^'ûi se f ouent. Croirais^tu bien qu'un 4e Uwrs colonels a soutenu que, quand le ûls du prince ferait le dénombrement général des sujets de son père, il pourraât sussi bien prendre la forme d'un veaaa (i) que celle d'un homme. Les anciens de cette troi4>e radotent si parfaite^ «lent, qu'on (firait q^'ûs n'ooit hât autre daose 4e leur vie. Les jeunes commencent à s'eimuyer 4e leurs bandeaux ; ils n'en ozKt phis que de Idnoo,
(i) Potuitne invaccari? Aiexanâer Haknsh quœrit H re^ jpondet i poimt, <D.)
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OU même n'en ont point du tout. Ils se promènent assez librement dans Tallée des fleurs, et commercent avec nous sous nos marronniers, mais sur la brune et en secret,
28. Suivent enfin les troupes auxiliaires, sous le commandement de colonels très-riches. Ce sont des espèces de pandours qui vivent du butin qu'ils font sur les voyageurs. On raconte de la plupart d'entre eux, que jadis ils escamotaient habilement de ceux qu'ils conduisaient aux postes de la garnison, à Fun un château, à l'autre une ferme, à celui-ci un bois, à celui-là un étang, et que, par ce moyen, ils se sont formé ces amples Quartiers de rafraîchissements qu'ils ont entre fallée des épines et celle des fleurs. Quelques anciens ou tendent la main de porte en porte, ou s'occupent encore à détrousser les passants. Ces troupes viles sont divisées en régiments, ayant chacun leur étendard, un uniforme bizarre et des lois plus singulières encore. N'attends pas de moi que je te décrive les différentes pièces de leur armure. Presque tous ont pour casque une espèce de lucarne mobile, ou 1 enveloppe d'un pam de sucre, qui tantôt leur couvre la tête et tantôt leur tombe sur les épaules. Ils ont conservé la moustache des Sarrasins, et le brodequin des Romains. C'est d un de ces corps qu'on tire, dans certains cantons de l'allée des épines, les erands prévôts, les archers et les bourreaux de 1 armée. Ce conseil de guerre est sévère : il fait brûler vifs les voyageurs qui refusent de prendre le bandeau, ceux qui ne le portent pas a sa fantaisie, et les déserteurs qui s en défont ; le tout par principe de charité. Cest encore de là, mais surtout d'un grand bataillon noir, que sortent des essaims d^nrôleurs, qui se disent chargés de la part du prince de battre la caisse en pays étrangers, de faire des recrues sur les terres d'autrui, et de persuader aux sujets des
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autres souverains de quitter l'habit, la -cocarde, la toque et le bandeau qu'ils en ont reçu, et de prendre l'uniforme de ratlée des épines. Quand on attrape ces embaucheurs, on les pend, a moins qu'ils ne désertent eux-mêmes; et pour l'ordinaire, ils aiment mieux être déserteurs que pendus. 29. Tous ne sont pas si entreprenants, et ne vont pas chercher des aventures dans les pa3rs lointams et barbares. Renfermés sous un hémisphère moins vaste, il y en a oui se font des occupations différentes, suivant leurs talents et la destination de leurs chefs, oui savent habilement les employer au profit de leurs corps. Tel que la nature a favorisé d'une mémoire sûre, dun bel organe et d'un peu d'effronterie, criera incessamment aux passants gu'ils s'égarent, ne leur montrera jamais le droit chemin, et se fera très-bien payer de ses avis, quoique tout son mérite se réduise à répéter ce qu'avaient dit mille autres aussi mal informés que lui. Tel qui a de la souplesse dans l'esprit, du babil et de l'intrigue, s'établira dans une espèce de caisse, où il passera la moitié de sa vie à entendre des confidences rarement amusantes , fausses pour la plupart, mais toujours lucratives. L'humeur et la tristesse s'emparent communément de ces réduits. On a pourtant vu quelquefois l'amour travesti s'y mettre en embuscade, surprendre des cœurs novices, et entraîner de jeunes pèlerines dans l'allée des fleurs, sous prétexte de leur montrer à marcher plus commodément dans le sentier des épines. La, tout est dévoilé : secrets, fortunes, affaires, galanteries, intrigues, jalousies. Tout est mis à profit, et les consultations sont rarement gratuites. Tel qui n'a ni imagination ni génie, sera abandonné à la science des nombres, ou occupé à transcrire ce que les autres ont pensé. Un autre s'usera les yeux à débrouiller sur un bronze rouillé l'origine d'une
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ville ck>nt il y a mille ans qu'on ne pntrle phn; ou se tourmentera pendant dix ans ponr faire un 90t d'un enfsmt heureusement né, et réussira. 11 y en a qui manient le pincrau, la bêche, hi Hme ou k rabot ; beaucoup plus qui ont enip* brassé le parti de ne rien laire et de Tsnter iear importance. Qui cwinaît ces gens^ci ks craint ou les éyke; beaucoup croienic les connaître;^ mais peu les connaissent à fond.
30. C'est un prodige que la coafmiÉec et Tempressement qu'on a pour ks- eiacaissés. ils se Tan» tent de posséder une recette qui guérit de to«B ks maux ; et cette recette consiste à dire à un mari )aloux que sa femme n'est pas coquette, ou qu'il doit Taimer toute coquette qu'elle est; à une femme galante^ qu'il faut qu'elle s'en tienne à son sexagénaire ; à un ministre, qu^il ait de la probité ; à un commerçaiït, qu'il a tort d'être usufrier; à un incrédule, qu'il ferait bien de croixe; et ainsi des autres. Veujc^tu guérir? dit l'empirique au malade. Oui ^ je le veux^ répond celui-ci. Va donc, et te voilà guéri. Les bonnes gens s'en Tont satis^adts^ et l'on dirait en ef&t qu'ils se portent mieux.
3 1 . Il n'y a pas longtemps qu'il s'éleva parnn les guides une secte assez nombreuse de gens austères, qui effrayaient les voy^eurs sur Véaxh' nente blancheur de robe qu'ils jugeaient néce»» saire, et qui allaient crismt dans ks mmonSf dans les tempks, dans les rues et sur ks toits^ que la plus petite macule était une tacher ineôiatçabk ; que le savon du vice-roi et des gouver^ neurs ne valait rien ; qu^il fiadlait en tirer en dn>^ ture des magasins du prince, et k détremper dans les larmes ; qu'il le distribuait gratiSy mais en très-petite quantité^ et que n'en avait pas nui voulait; et comme si ce n'était pas assez des épines dont la route est hérissée, ces enragés U parsemèrent de cbausse-trapes et de cheraux
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de frise qui la rendîre&t impraticable. Les royageurs se désespéraient; on n'entenckdt de tous côtés que des cris et des gémissements. Dans l'impossibilité de suivre une route si pûiible, on était sur le point de se précipiter dans Fallée des âeiH's, ou de passer sous nos marronniers, lors-
3ue lé bataillon noir inventa des pantounes de uvet et des mitaines de velours. Cet expédient prévint une désertion générale.
32. D'espace en espace, on rencontre de grandes . volières où sont renfermés, des oiseaux tous femelles. Ici, sont des perruches dévotes, nasillûnnant des discours anecttkeux, ou chantant un jargon Qu'elles n'entendent pas; là,, de jeimes tourterelles soupirent et déplorent la perte de leur liberté ; ailleurs, voltigent et s'étourdissent par leur caç]uet des linottes que ks guides s'amuseot à siffler à travers les barreaux de leur cage. Ceux d'entre ces guides, ou serinettes am» bmsntes^ qui ont quelque habitude dans raliét des âeurs, leur en rapportent du muguet et des roses^ Le tourment de ces captives, c'est d'entendre passer les voyageurs et de ne pouvoir les suivre et se mêler avec eux. Au demeurant, leurs cages sont spacieuses, propres, et bien fournies de mil et de bonbons.
33. Tu dois connaître maintenant l'armée et ses chefs : passons au code militaire.
34. C'est une sorte d'ouvrage à la mosaïque, exicuté par une centaine d'ouvriers afférents qui ont ajouté pièce à pièce des morceaux de ieur goût : tu jugeras s'il était bon.
35. Ce code est composé de deux volumes; le premier fiit commence vers l'an 45,3 17 de l'ère des Chinois^ par les soins d'un vieux bei^er qui sut très-bien jouer du bâton à deux bouts, et qui fut par-dessus le marché grand magicien^ comme il le ât bien voir au seigneur de sa'parotsser qui ne voulait ni le diminuer à la taille, ni l'exempter
88 l'allée des épines.
de corvée, non plus que ses parents. Poursuivi par les arcners^ il quitta le canton et se réfugia chez un fermier dont il garda les moutons pendant quarante ans, dans un désert où il s'exerça à la sorcellerie. Il assure, foi d'honnête homme, qu'un beau jour il vit notre prince sans le voir, et qu'il en reçut la dignité de lieutenantgénéral, avec le bâton de commandement. Muni de cette autorité, il retourne dans sa patrie, ameute ses parents et ses amis, et les exhorte à le suivre dans un pays qu'il prétendait appartenir à leurs ancêtres, qui y avaient à la vérité voyagé. Voilà mes mutins attroupés, et leur chef qui déclare son dessein au seigneur de la pa* roisse : celui-ci refuse de les laisser partir, et les traite de rebelles. A l'instant le vieux pâtre marmotte quelques mots entre ses dents, et les étangs de M. le baron se trouvent empoisonnés. Le lendemain il jette un sort sur les brebis et les chevaux. Un autre jour il donne au seigneur et à tous les siens la gratelle et la diarrhée. Après maint autre tour, il fait mourir du charbon son fils aîné et tous les grands garçons du village. Bref, le seigneur consent à les laisser aller : ils partent, mais après avoir démeublé son château et pillé le reste des habitants. Le gentilhomme, piqué de ce dernier trait, monte à cheval et les poursuit à la tète de ses valets. Nos bandits avaient heureusement passé une rivière à gué; et plus heureusement encore pour eux, leur ancien maître, qui ne la connaissait guère, tenta de la traverser un peu au-dessous, et s'y noya avec presque tout son monde.
36. Avant que de gagner le canton dont leur chef les avait leurrés, ils errèrent dans des déserts où le sorcier les amusa si longtemps qu'ils y périrent tous. Ce fut dans cet intervalle qu'il se désennuya à faire une histoire à sa nation, et à composer la première partie du code.
l'allée DBS ÉPINES. 89
37. Son histoire est toute fondée sur les récits que faisaient sous la cheminée les grands-pères à leurs enfants, d'après les narrations verWes de leurs grands-pères, et ainsi de suite jusqu'au
Î>remier. Secret infaillible pour ne point altérer a vérité des événements !
38. Il raconte comme quoi notre souverain, après avoir fondé le siège de son empire, prit un peu de limon, souffla dessus, Tanima et fit le premier soldat; comment la femme qu'il lui donna fit un mauvais repas et imprima à ses enfants et à tous ses descendants une tache noire qui les rendit odieux au prince: comment le régiment se multiplia ; comment les soldats devinrent si méchants que le monarque les fit noyer tous, à la réserve d'une chambrée dont le chef était assez honnête homme; comment les enfents de celui-ci repeuplèrent le monde, et se dispersèrent sur la surface de la terre ; comment notre prince, devant qui il n'y a point d'acception de personnes, n'en agréa pourtant qu'une partie qu'il regarda comme son peuple, et comment il fit naître ce peuple d'une femme qui n'était plus en état d'avoir des enfants, et d'un vieillard assez vert qui couchait de temps en temps avec sa servante. C'est là que commence proprement l'origine des premiers privilégiés dont je t'ai parlé, et qu'on entre dans le détail de leurs générations et de leurs aventures.
39. On dit de l'un, par exemple, que le souverain lui commanda crégorger son propre fils, et que le père était sur le point d'obeir, lorsqu'un valet de pied apporta la grâce de l'innocent; de l'autre, que son gouverneur lui trouva, en abreuvant son cheval , une maîtresse fort jolie; de celui-ci, qu'il trompait son double beaupère, après avoir trompé son propre père et son frère aîné, couchait avec les deux sœurs et puis avec leurs chambrières , et un autre avec la
iJallée des épines.
femme de son fils ; de celui-là qu'il fit fortune en devinant des énigmes, et rendit sa femiile opulente dans les terres d'un seigneur dont il était l'intendant;: de presque tous, qu'ils ayaient de beaux songes, voyaient des étoiles en plein minuit, étaient sujets à rencontrer des cs|Hits, et se battaient courageusement contre des lutins. Telles furent les grandes choses que le vieux berger transmit à la postérité.
40. Quant au code, en voici les principaux articles. J'ai dit que la tache noire nous avait tous rendus odieux au prince. Devine ce cj^'on fit pour recouvrer ses faveurs qu'on avait si sii*guhèrement perdues? une chose plus singulière encore, on coup)a à tous les enfants une dragtne et deux scrupules de chair, opération dont je t^aî déjà parle, et Ton se condamna à manger tous les ans en famille une galette sans beurre ni sel, avec une salade de pissenlits sans huile. Autre redevance payable chaque semaine, c'était d'en passer un jour les bras fiés derrière le éos. Ordre à chacun de se pourvoir d'im bandeau et d'une robe blanche, et de la laver, sous peine de mort, dans du sang d'agneau et de l'eau claire : tu vois que T origine des bandeaux et des robes blanches est fort ancienne. Il y avait à cet effet, dans le régiment, des compagnies de bouchers et de porteurs d'eau. I>ix petites li^es d'écriture renfermaient tous les ordres du prince ; le guidie de nos fugitifs en fi^t la publication, puis les serra dans un coffre de bois de palissancire, qui, pour rendre des oracles, ne le cédait en rien au trépied de la sibylle de Delphes. Le reste est UA amas de règles arbitraires sur la forme des tuniques et des manteaux, l'ordonnance des repas, la qualité des vins, la connaissance des viandes de facile ou dure digestion, le temp>s de la promenade, du sommeil, et d'autres choses qu'on fait quand on ne dort pas.
l'allée i>es iriMss. 91
41 . Le vieux berger, secondé d'un de ses jfrères, qu il avait pourvu d'un gros bénéfice qui ftrt héréditaire dans la femille, voulut assujettir de haute lutte ses compagnons à tous ses règlements. Aussitôt on murmure, on s'attroupe, on lui conteste son autorité, et il la perdait sans ressource, s'il n'eût détruit les rebelles par une mine pratiquée sous le terrain qu'ils occupaient. On reçarda cet événement comme une vengeance du ciel, et Fhomme au miracle ne détrompa personne.
42. Après mainte autre aventure, on approcha du pays dont on devait se mettre en possession. Le conducteur <jui ne voulait pas la garantir â ses sujets, et qui n'aimait la guerre que de loin, afla mourir de taim dans une caverne, après leur avoir fortement recommandé de ne faire aucun quartier à leurs ennemis, et d'être grands usoners, deux commissions dont ils s'acquittèrent à merveille.
43. Je ne les suivrai ni dans leurs conquêtes, ni dans rétablissement de leur nouvel empire, ni dans ses révolutions diverses. C'est ce qu'il fiitit chercher dans le livre même, où tu verras, si tu peux, des historiens, des poètes, des musiciens, des romanciers et des crieurs publics annonçant la venue du fils de notre monarque et la réformation du code.
44. Il parut en effet, non pas avec un équipage et un train digne de sa naissance; mais comme ces aventuriers qu'on a vus quelquefois fonder ou conquérir des empires avec une poignée de gens braves et déterminés. C'était la mode autrefois. Ses compatriotes le prirent longtemps pour un homme comme un autre; mais un beau jour ils furent bien étonnés de l'entendre haranguer, et s^arroger le titre de fils du souverain et le pouvoir d abroger l'ancien code, â l'exception des dix lignes renfermées dans le
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coffre, et de lui en substituer un autre. Il était simple dans ses mœurs et dans ses discours. Il renouvela, sous peine de mort, Tusage du bandeau et de la rooe blanche. Il prescrivit sur la robe des choses fort louables, plus difficiles encore à pratiquer ; mais il débita d'étranges maximes sur le bandeau. Je t'en ai déjà raconté quelquesunes; en voici d'autres. Il voulait, par exemple, que, quand on aurait les yeux bien couverts, on vît, clair comme le jour, que le prince son père, lui, et un troisième personnage qui était en même temps son frère et son fils, étaient si parfaitement confondus qu'ils ne faisaient qu'un seul et même tout. Tu croiras retrouver ici Géryon des anciens. Mais je te pardonne de recourir à la fable pour expliquer ce prodige. Malheureux, tu ne connais pas la circumincession. Tu n'as jamais été instruit de la danse merveilleuse, où les trois princes se promènent l'un autour de l'autre, de toute éternité. Il ajoutait qu'il serait un jour grand seigneur; et que ses ambassadeurs tiendraient table ouverte. La prédiction 5'accomplit. Les premiers qui furent honorés de ce titre, faisaient d'assez bons repas, et buvaient largement à sa santé; mais leurs successeurs économisèrent. Ils découvrirent, je ne sais comment, que leur maître avait le secret de s'envelopper sous une mie de pain, et de se faire avaler tout entier, dans un même instant, par un million de ses amis, sans causer à aucun d'eux la moindre indigestion, quoiqu'il eût réellement cinq pieds six pouces de hauteur, et ils ordonnèrent que le souper serait converti en un déjeuner qui se ferait à sec. Quelques soldats altérés en murmurèrent. On en vint aux injures, puis aux coups : il y eut beaucoup de sang répandu ; et par cette division, qui en a entraîné deux autres, l'allée des épines s'est vue réduite •à la moitié de ses habitants, et à la veille de les
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perdre tous. Je te donne ce trait comme un échantillon de la paix que le nouveau législateur apporta dans le royaume de son père, et je passe légèrement sur ses autres idées; elles ont été minutées par ses secrétaires, dont les principaux furent un vendeur de marée et un cordonnier ex-gentilhomme.
45. Celui-ci, naturellement babillard, a débité des choses inouïes sur l'excellence et les merveilleux effets d'une canne invisible, que le f>rince distribue, dit-il, à tous ses amis. Il faudrait des volumes pour te raconter succinctement ce que les guides ont depuis conjecturé, écrit, assuré, et comment ils se sont entre-mordus et déchirés, sur la nature, la force et les propriétés de ce bâton. Les uns ont prétendu que sans lui on ne pouvait faire un pas ; les autres, qu'il était parfaitement inutile, pourvu qu'on eût de bonnes jambes et grande envie de marcher; ceux-ci, qu'il était raide ou souple, fort ou faible, court ou long, à proportion de la capacité de la main et de la difficulté de la route, et qu'on n'en manquait que par sa faute; ceux-là, que le prince n'en devait à personne, qu'il en refusait a plusieurs, et qu'il reprenait quelquefois ceux qu'il avait donnés. Toutes ces opinions avaient pour base un grand traité des cannes, composé par un ancien professeur de rhétorique, pour servir de commentaire à un chapitre du vendeur de marée sur l'importance des béquilles.
46. Autre article (jui ne les a pas moins divisés. C'est la bonté infinie de notre souverain, avec laquelle ce rhéteur a prétendu concilier une résolution préméditée et irrévocablement fixe, d'exclure pour jamais de sa cour, et de Élire mettre aux cachots, sans espoir de grâce, tous ceux qui n'auront point été enrôlés, des peuples innombrables qui n'auront ni entendu ni pu entendre parler de lui, bien d'autres qu'il
n'aura pas jugé à propos 4e regarder <i'un 4m hvoniAt, ou qu'il avtra disçraoiés pour la r^voke de kur graaa-père ; tandis qu'en jetant, pour ainsi dire, ks destisiées à croix ou pile, il en chérira d'autre égakment coupabks. Ce guide a seiKti toute Tabsurdité de ses idées. Aussi Di^u sait comme il se tire des terribles difl&cultéa^'il 9e propose. Quand il s'^est bien barbouillé^ et qu'il ne sait p^us oà IL en est : gare le pot au noirî s'écric-t«41; et tous ceux qui prêtent à notre prince ks mêmes caractères de amrice et de barbarie, de jâ[^ ter après lui : gar^ le pot au n^ir! Toutes ces moses et milk autres de la même force sont respectées dans Tallée des é|>ines. Ceux qui la sutyent les tienoent pour vraks <et convknasient même que, s'M y en a une de Puisse, toutes k sont.
47. Cependant ks déifenseurs de l'ancien oode se soulevèresit contre k iîls 'du prince, et lui 4e» mandèrent son arhre généalogique et ses preuves, c C'estàmesœupres^\&Qx j^épomdit-il fièremeoJts à ffottyer mon origine, va BelLle réponse , saais q^ convient à peu de :aobtle&. C^endant on prétendit qu'il aédbirait la jnémcdre du vieux berger^ et, sons oe prétexte, les ooiBnpagnks de botiicbers et de porteurs d'eau qu'il menaçait de casser, pour leur sulistiiiier celks des loukos et dégraisseitrs^ fom»èremt tun •coimplot coatis luL On corroflopit son trésorier; il fut pris, condamné à mort et, qui pis est^ exécuté. Ses amis pu* blièrent qu'il mourut et qu'il ste mourut ftas, M^ reparut au bout de troôs ^ours; mais <|iNe Fexpéricnx» du passé k reliiït à la cour de #OB ^^ère, et ono(|ues depuis on ne Ta revu. En partant, il chargea ses amis de recueillir ses lois,<k ks mMkr, et d'en presser Texéoiaitioii.
^8. Tu conçois bien qu(e des lois muettes mat^ «ttfectes aux inteqnrétattans : c'est ceqnl oe.matt* <q«a pas d'arriver aux siennes. Les uos les trou-
l'allée «es ipims. ^5
i^est trop indulgentes; d^antres trop rigo««fttuses; quelques-uns les acciasèrexit d*abMudité. A mesure que ie nouyeau corps se formait et s'étendait, il éprouTait des divisions intestines et étB obstacles au dehors. Les rebelles ne âdsaient point de quartier à leurs compagnons, et les ims et les autres n'en obtenaient point dé ktirs en** demis communs* Le temps, les préjugés^ l'édu* cation et un certain entêtement pour les choses nouvelles et défendues angmentèrexâ ccpepàant le nombre de ces enthousiastes. lis en vinneot faieniot jusqu'à s'attrouper et k maltraiter leucs ilotes. On Les punit d'^H>ni comme des visiofi» naires. puis comme des séditieux. Mais la plu* patrt, Kutement persuadés qu'on Mt sa cour au prince en se Laissant égofger pour des choses qu'on n'entend pas, bravèrent la honte et la rigueur des ^mrments, et l'on vit des factieux ou des imbéciles érigés en héros : effet admirable de t'âoquence des guides! C'e^ ainsi que l'allée des épines s'est peuplée par degrés. Dans les commencements elle était fort déserte; et ce ne êat que longtemps api^ sa mort, que le fils â» notne monarque eut des troupes et fit quelque tvuit dans le monde.
49. Je t'en ^ai dit as^z pour te faire conjectu^ «er que Jamais personne n'opéra de si grandes choses. Toutefois, sadie sgue jmoaM personne ne ipécuî et ne mourut plus ignoré. Je t'aurais bien* têtexpUqué ce phénomène; mais )'aime mieux te rapporter la conversation d'un vieil habitant de l'allée des marronniers avec queiquesHoos de ceux qui plantèrent Tall^ des épines. Je la tiess d^n auteur (i) qui m'a paru fort instruit de œ <^ se passa dans ces temps. U raoosite que le rnsnoanier s^adressa d'aboxd aux compatriotes
f I) Mémoires sttr U vie, les n^aetes et rhistofre dt JéSHg^ CMKt. <IX). l^nt «apposé.
<^6 l'allée des épines.
de ce fils prétendu de notre souverain, et qu'on lui répondit qu'il venait de s'élever une secte de visionnaires qui donnaient pour le fils et l'envoyé du Grand-Esprit un imposteur, un séditieux que les juges de la province avaient fait crucifier. Il ajoute que Ménippe, c'est le nom du marronnier, se mit à Questionner ensuite ceux qui cultivaient l'allée des épines. « Oui, lui dirent ces gens, notre chef a été crucifié comme un séditieux; mais c'était tm homme divin dont toutes les actions furent autant de miracles. Il délivrait les possédés ; il faisait marcher les boiteux; il rendait la vue aux aveugles; il ressuscitait les morts ; il est ressuscité lui-même ; il est monté aux cieux. Grand nombre des nôtres l'ont vu, et toute la contrée a été témoin de sa vie et de ses prodiges. »
5o. — Vraiment, cela est beau, reprit Ménippe : les spectateurs de tant de merveilles se sont sans doute tous enrôlés ; tous les habitants du pavs n'ont pas manqué de prendre la casaaue blancne et le bandeau... — Hélas! non, répondirent ceuxci. Le nombre de ceux qui le suivirent fut trèspetit en comparaison des autres. Ils ont eu des yeux et n'ont pas vu, des oreilles et n'ont pas entendu... — Ah! dit Ménippe, un peu revenu de sa surprise, je vois ce que c'est ; je reconnais les enchantements si ordinaires à ceux de votre nation. Mais, parlez-moi sincèrement; les choses se sont-elles passées comme vous les racontez? Les grandes actions de votre colonel ont-elles été effectivement publiées ?. .. — Si elles l'ont été ! repartirent-ils ; elles ont éclaté à la face de toute la province. Quelque maladie qu'on eût, qui pouvait seulement toucher la basque de son habit^ lorsqu'il passait, était guéri. Il a plusieurs fois nourri cinq ou six mille volontaires avec ce oui sufiisait à peine pour cinq ou six hommes, âans vous parler d'une infinité d'autres prodiges,
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un jour il ressuscita un mort qu'on portait en terre. Une autre fois, il en ressuscita un qui était enterré depuis quatre jours.
5 1 . — A ce dernier miracle, dit Ménippe, je suis persuadé que ceux qui le virent se prosternèrent a ses pieds et Tadorèrent comme un Dieu... — Il y en eut en effet qui crurent et s'enrôlèrent, lui répondit-on; mais non pas tous. La plupart, au contraire, allèrent du même pas raconter aux bouchers et aux porteurs d'eau, ses ennemis mortels, ce qu'ils avaient vu, et les irriter contre lui. Ses autres actions ne produisirent guère que cet effet. Si quelques-uns de ceux qui en furent témoins pnrent parti, c'est qu'il les avait destinés, de toute éternité, à suivre ses étendards. Il y a même une singularité dans sa conduite à cet égard : c'est qu il affecta de battre la caisse dans les endroits où il prévoyait qu'on n'avait aucune envie de servir.
52. — En vérité, leur répondit Ménippe, il feiut qu'il y ait bien de la simplicité de votre part, ou de la stupidité du côté de vos adversaires. Je conçois aisément (et votre exemple m'autorise dans cette pensée) qu'il peut se rencontrer des gens assez sots pour s'imaginer qu'ils voient des prodiges lorsqu'ils n'en voient point; m-^.is on ne pensera jamais qu'il y en ait d'assez hébétés pour se reiuser à des prodiges aussi éclatants que ceux que vous nous racontez. Il faut avouer que votre pays produit des hommes qui ne ressemblent en rien aux autres hommes de la terre. On voit chez vous ce que l'on ne voit point ail leurs. »
53. Ménippe admirait la crédulité de ces bonnes gens qui lui paraissaient des fanatiques du premier ordre. Mais pour satisfaire pleinement sa curiosité, il ajouta d'un ton qui semblait désavouer ses derniers mots : « Ce que je viens d'entendre me semble si merveilleux, si étrange,
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si neuf, que j'aurais un extrême plaisir à connaître à fona tout ce qui concerne votre chef. Vous m'obligerez de m'en instruire. Un homme si divin mérite certainement que tout l'univers soit informé des moindres actions de sa vie... »
54. Aussitôt Marc, un des premiers colons de l'allée des épines, se flattant çeut-être de faire un soldat de Ménippe, se mit a narrer en détail toutes les prouesses de son colonel, comment il était né d'une vierge, comment les mages et les pasteurs avaient reconnu sa divinité dans les langes; et les prodiges de son enfance et ceux de ses dernières années, sa vie, sa mort, sa résurrection. Rien ne fut oublié. Marc ne s'en tint pas aux actions du fils de l'homme (c'est ainsi que son maître daignait quelquefois s'appeler, lors surtout qu'il y avait du danger à prendre des titres fastueux), il déduisit ses discours, ses harangues et ses maximes ; enfin l'instruction fut complète, et sur l'histoire et sur les lois.
55. Après que Marc eut cessé de parler, Ménippe, qui l'avait écouté patiemment et sans l'interrompre, prit la parole et continua, mais d'un ton à lui annoncer combien il était peu disposé à augmenter sa recrue... « Les maximes de votre chef, lui dit-il, me plaisent. Je les trouve conformes à celles qu'ont enseignées tous les hommes sensés qui ont paru sur la terre plus de quatre cents avant lui. Vous les débitez comme nouvelles, et elles le sont peut-être pour un peuple imbécile et grossier; mais elles sont vieilles pour le reste des hommes. Elles me suggèrent toutefois une pensée qu'il faut que je vous communicjue : c'est qu'il est étonnant que celui cjui les prêchait n'ait pas été un homme plus uni et plus commun dans ses actions. Je ne cçnçois pas comment votre colonel, qui pensait si bien sur les mœurs, a fait tant de procfiges.