ENTRE DALEMBERT ET DIDEROT. I
DIDEROT. — Le soleil éteint, c^u'en arriverat-il? Les plantes périront, les animaux périront, et voilà la terre solitaire et muette. Rallumez cet astre, et à Ti stant vous rétablissez la cause nécessaire d'une infinité de générations nouvelles entre lesquelles je n'oserais assurer qu'à la suite des siècles nos plantes , nos animaux d'aujourd'hui se reproduiront ou ne se reproduiront pas.
d'alembert. — Et pourquoi les mêmes éléments épars, venant à se réunir, ne rendraient-ils pas les mêmes résultats ?
DIDEROT. — C'est que tout se tient dans la nature, et que celui qui suppose un nouveau phénomène ou ramène un mstant passé, recrée un nouveau monde.
d'alembert. — C'est ce qu'un penseur profond ne saurait nier. Mais pour en revenir à l'homme,
{misque l'ordre général a voulu qu'il fût, rappeez-vous que c'est au passage de l'être sentant à l'être pensant que vous m'avez laissé.
DIDEROT. — Je m'en souviens.
d'alembert. — Franchement vous m'obligeriez beaucoup de me tirer de là. Je suis un peu pressé de penser.
DIDEROT. — Quand je n'en viendrais pas à bout, qu'en résulterait- il contre un enchaînement de faits incontestable ?
d'alembert. — Rien, sinon que nous serions arrêtés là tout court.
DmEROT. — Et pour aller plus loin, nous serait-il permis d'inventer un agent contradictoire dans ses attributs, un mot vide de sens, inintelligible?
d'alembert. — Non.
DIDEROT. — Pourriez-vous me dire ce que c'est que l'existence d'un être sentant, par rapport à lui-même ?
d'alembert. — C'est la conscience d'avoir été
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lui, depuis le premier instant de sa réflexion jusqu'au moment présent.
DIDEROT. — Et sur quoi cette conscience estelle fondée?
/ d'alembert. — Sur la mémoire de ses actions.
DIDEROT. — Et sans cette mémoire?
d'alembert. — ;- Saus cette mémoire il n'aurait point de lui, puisque, ne sentant son existence que dans le moment de l'impression, il n'aurait aucune histoire de sa vie. Sa vie serait une suite interrompue de sensations que rien ne lierait.
DIDEROT. — Fort bien. Et qu'est-ce que la mémoire? d'où naît-elle?
d'alembert. — D'une certaine organisation qui s'accroît, s'affaiblit et se perd quelquefois entièrement.
DmEROT. — Si donc un être qui sent et qui a cette organisation propre à la mémoire, lie les impressions qu'il reçoit, forme par cette liaison une histoire qui est celle de sa vie, et acquiert la connaissance de lui, il nie, il affirme, il conclut, il pense.
d'alembert. — Cela me paraît; il ne me reste plus qu'une difficulté.
DIDEROT. — Vous VOUS trompez ; il vous en reste bien davantage.
d'alembert. — Mais une principale; c'est qu'il me semole que nous ne pouvons penser qu'à une seule chose à la fois, et que pour former, je ne dis pas ces énormes chaînes de raisonnements qui embrassent dans leur circuit des milliers d'idées, mais une simple proposition, on dirait qu'il faut avoir au moins deux choses présentes, 1 objet qui semble rester sous l'œil de l'entendement, tandis qu'il s'occupe de la qualité qu'il en affirmera ou niera.
DIDEROT. — Je le pense; ce qui m'a fait quelquefois comparer les fibres de nos organes à des cordes vibrantes sensibles. I^ corde vibrante
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sensible oscille, résonne longtemps encore après qu'on Ta pincée. C'est cette oscillation, cette espèce de resonnance nécessaire qui tient l'objet présent, tandis que l'entendement s'occupe de la qualité qui lui convient. Mais les cordes viorantes ont encore une autre propriété, c'est d'en faire frémir d'autres ; et c'est ainsi qu'une première idée en rappelle une seconde, ces deux -là une troisième, toutes les trois une quatrième, et ainsi de suite, sans qu'on puisse fixer la limite des idées réveillées, enchaînées, du philosophe qui médite ou qui s'écoute dans le silence et l'obscurité. Cet mstrument a des sauts étonnants, et une idée réveillée va faire quelquefois frémir une harmonique qui en est à un mtervalle incompréhensible. Si le phénomène s'observe entre des cordes sonores, mertes et séparées, comment n'aurait-il pas lieu entre des points vivants et liés, entre des fibres continues et sensibles?
D ALEMBERT. — Si Cela n'est pas vrai, cela est au moins très-ingénieux. Mais on serait tenté de croire que vous tombez imperceptiblement dans l'inconyéiiient que vous vouliez éviter.
DIDEROT. — Quel ?
d' ALEMBERT. — Vous en voulez à la distinction des deux substances.
DroEROT. — Je ne m'en cache pas.
d' ALEMBERT. — Et si VOUS y regardez de près, vous faites de l'entendement du philosophe un être distinct de l'instrument, une espèce de musicien qui prête l'oreille aux cordes vibrantes, et qui prononce sur leur consonance ou leur dissonance.
DmEROT. — Il se peut que j'aie donné lieu à cette objection, que peut-être vous ne m'eussiez pas faite si vous eussiez considéré la différence de l'instrument philosophe et de l'instrument clavecin. L'instrument philosophe est sensible; il est en même temps le musicien et l'instrument.
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Comme sensible, il a la conscience momentanée du son qu'il rend; comme animal, il en a la mémoire. Cette faculté organique, en liant les sons en lui-même, y produit et conserve la mélodie. Supposez au clavecin de la sensibilité et de la mémoire, et dites-moi s'il ne se répétera pas de lui-même les airs que vous aurez exécutés sur ses touches. Nous sommes des instruments doués de sensibilité et de mémoire. Nos sens sont autant de touches qui sont pincées par la nature qui nous environne, et qui se pincent souvent elles-mêmes : et voici, à mon jugement, tout ce qui se passe dans un clavecin organisé comme vous et moi. II y a une impression qui a sa cause au dedans ou au dehors de l'instrument, une sensation gui naît de cette impression, une sensation qui dure; car il est impossible d'imaginer qu'elle se fasse et qu'elle s'éteigne dans un instant indivisible ; une autre impression qui lui succède, et qui a pareillement sa cause au dedans et au dehors de l'animal ; une seconde sensation et des voix qui les désignent par des sons naturels ou conventionnels.
d'alembert. — J'entends. Ainsi donc, si ce clavecin sensible et animé était encore doué de la faculté de se nourrir et de se reproduire, il vivrait et engendrerait de lui-même, ou avec sa femelle, de petits clavecins vivants et résonnants. MDEROT. — Sans doute. A votre avis, qu'estce autre chose qu'un pinson, un rossignol, un musicien, un homme? Et quelle autre différence trouvez-vous entre le serin et la serinette? Voyezvous cet œuf? c'est avec cela qu'on renverse toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre. Qu'est-ce que cet œuf? une masse insensible avant que le germe y soit introduit ; et après que le germe y est introduit, qu'estce encore r une masse insensible, car ce germe n'est lui-même qu'un fluide inerte et grossier.
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Comment cette masse passera-t-elle à une autre organisation, à la sensibilité, à la vie? par la chaleur. Qui produira la chaleur? le mouvement.
Quels seront les effets successifs du mouvement? Au lieu de me répondre, asseyez-vous, et suivons-les de l'œil de moment en moment. D'abord c'est un point qui oscille, un filet qui s'étend et qui se colore ; de la chair qui se forme ; un bec, des bouts d'ailes, des yeux, des pattes qui paraissent ; une matière jaunâtre qui se dévide et produit des intestins; c'est un animal. Cet animal se meut, s'agite, crie ; j'entends ses cris à travers la coque ; il se couvre de duvet ; il voit. La pesanteur de sa tête, qui oscille, porte, sans cesse son bec contre la paroi intérieure de sa prison ; la voilà brisée ; il en sort, il marche, il vole, il s'irrite, il fuit, il approche, il se plaint, il soufifrej il aime, il désire, il jouit ; il a toutes vos affections ; toutes vos actions, il les fait. Frétendrez-vous, avec Descartes, que c'est une pure machine imitative? Mais les petits enfants se moqueront de vous, et les philosophes vous répliqueront que si c'est là une macnine, vous en êtes une autre. Si vous avouez qu'entre l'animal et vous il n'y a de différence que dans l'organisation, vous montrerez du sens et de la raison, vous serez de bonne foi ; mais on en conclura contre vous qu'avec une matière inerte, disposée d'une certaine manière, imprégnée d'une autre matière inerte, de la chaleur et du mouvement on obtient de la sensibilité, de la vie, de la mémoire, de la conscience, des passions, de la pensée. Il ne vous reste qu'un de ces deux partis à prendre ; c'est d'imaginer dans la masse inerte de l'œuf un élément caché qui en attendait le développement pour manifester sa présence, ou de supposer que cet élément imperceptible s'y est insinué à travers la coque dans un instant déterminé du développement. Mais qu'est-ce que cet élément ? Occupait-
il de Tespace ou n'en occupait-il point? Comment est-il venu, ou s'est-il échappé, sans se mouvoir? Où était-il r Que faisait-il la ou ailleurs? A-t-il été créé à l'instant du besoin? Existait-il? Attendait-il un domicile? Homogène, il était matériel; hétérogène, on ne conçoit ni son inertie avant le développement, ni son énergie dans ranimai développé. Ecoutez-vous, et vous aurez pitié de vous-même ; vous sentirez que, pour ne pas admettre une supposition simple qui explique tout, la sensibilité, propriété générale de la matière, ou produit de l'organisation, vous renoncez au sens commun, et vous précipitez dans un abîme de mystères, de contradictions et d'absurdités.
d'alembert. — Une supposition! Cela vous
{>laît à dire. Mais si c'était une qualité essentielement incompatible avec la matière ?
DIDEROT. — Et d'où savez-vous que la sensibilité est essentiellement incompatible avec la matière, vous qui ne connaissez l'essence de quoi que ce soit, ni de la matière, ni de la sensibilité? Entendez-vous mieux la nature du mouvement, son existence dans un corps, et sa communication d'un corps à un autre ?
d'alembert. — Sans concevoir la nature de la sensibilité, ni celle de la matière, je vois aue la sensibilité est une qualité simple, une, inaivisible et incompatible avec un sujet ou suppôt divisible.
DIDEROT. — Galimatias métaphysico-théologique. Quoi? est-ce que vous ne voyez pas que toutes les qualités, toutes les formes sensibles dont la matière est revêtue, sont essentiellement indivisibles ? Il n'y a ni plus ni moins d'impénétrabilité. Il y a la moitié d'un corps rond, mais il n'y a pas la moitié de la rondeur ; il y a plus ou moins de mouvement, mais il n'y a ni plus ni moins mouvement ; il n'y a ni la moitié, ni le
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tiers, ni le quart d'une tête, d'une oreille, d'un doigt, pas plus cjue la moitié, le tiers, le quart d'une pensée. Si dans l'univers il n'y a pas une molécule qui ressemble à une autre, dans une molécule pas un point qui ressemble à un autre point, convenez que 1 atome même est doué d'une qualité, d'une forme indivisible; convenez Que la division est incompatible avec les essences des formes, puisqu'elle les détruit. Soyez physicien, et convenez de la production d'un effet lorsque vous le voyez procluit, Quoique vous ne puissiez expliquer la liaison de la cause à l'effet. Soyez logicien, et ne substituez pas à une cause qui est et qui explique tout, une autre cause qui ne se conçoit pas, dont la liaison avec l'effet se conçoit encore moins, qui engendre une multitude infinie de difficultés, et qui n'en résout aucune.
d'alembert. — Mais si je me dépars de cette cause ?
DmEROT. — Il n'y a plus qu'une substance dans l'univers, dans l'homme, dans l'animal. La serinette est de bois, l'homme est de chair. Le serin est de chair, le musicien est d'une chair diversement organisée; mais l'un et l'autre ont une même origine, une même formation, les mêmes fonctions et la même fin.
d'alembert. — Et comment s'établit la convention des sons entre vos deux clavecins ?
DmEROT. — Un animal étant un instrument sensible parfaitement semblable à un autre, doué de la même conformation, monté des mêmes cordes, pincé de la même manière par la joie, par la douleur, par la faim, par la soif, par la colique, par l'admiration, par l'effroi, il est impossible ^u'au pôle et sous la ligne il rende des sons différents. Aussi trouvez-vous les interjections à peu près les mêmes dans toutes les langues mortes et vivantes. Il faut tirer du besoin
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et de la proximité rorigtne des sons conventionnels. L'instrument sensible ou l'animal a éprouvé -^u'en rendant tel son il s'ensuivait tel effet hors e lui, que d'autres instruments sensibles pareils à lui ou d'autres animaux semblables s'ap- Erochaient, s'éloignaient, demandaient, ofiEraient, lessaient, caressaient, et ces effets se sont liés dans sa mémoire et dans celle des autres à la formation de ces sons ; et remarquez qu'il n'y a dans le commerce des hommes que des bruits et des actions. Et pour donner à mon système toute sa force, remarquez encore qu'il est sujet h la même difficulté insurmontable que Berkeley a proposée contre l'existence des corps. Il y a un moment de délire où le clavecin sensible a pensé qu'il était le seul clavecin qu'il y eût au monde, et que toute l'harmonie de l'univers se passait en lui.
d'alembert. — Il y a bien des choses à dire là-dessus.
DIDEROT. — Cela est vrai.
d'alembert. — Par exemple, on ne conçoit pas trop, d'après votre système, comment nous formons des syllogismes, ni comment nous tirons des conséquences.
DIDEROT. — C'est que nous n'en tirons point : elles sont toutes tirées par la nature. Nous ne faisons qu'énoncer des phénomènes conjoints, dont la liaison est ou nécessaire ou contingente, phénomènes qui nous sont connus par l'expérience : nécessaires en mathématiques, en physique et autres sciences rigoureuses ; contingents en morale, en politique et autres sciences conjecturales.
d'alembert. — Est-ce que la liaison des phénomènes est moins nécessaire dans un cas que dans un autre ^
DIDEROT. — Non ; mais la cause subit trop de vicissitudes particulières qui nous échappent,
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pour que nous puissions compter infailliblement sur Teffet qui s^ensuivra. La certitude oue nous avons qu'un homme violent s'irritera d'une injure, n est pas la même que celle qu'un corps qui en frappe un plus petit le mettra en mouvement.
d'alembert. — Et l'analogie?
DmEROT. — L'analogie, dans les cas les plus composés, n'est qu'une règle de trois qui s'exécute dans l'instrument sensible. Si tel phénomène connu en nature est suivi de tel autre phénomène connu en nature, quel sera le quatrième phénomène conséquent à un troisième, ou donné par la nature, ou imaginé à l'imitation de la nature ? Si la lance d'un guerrier ordinaire a dix pieds de long, quelle sera la lance d'Ajax? Si je puis lancer une pierre de quatre livres, Diomède doit remuer un quartier de rocher. Les enjambées des dieux et les bonds de leurs chevaux seront dans le rapport imaginé des dieux à l'homme. C'est une quatrième corde harmonique et proportionnelle à trois autres dont l'animal attend la résonnance qui se fait toujours en lui-même, mais qui ne se fait pas toujours en nature. Peu importe au poète, il n'en est pas moins vrai. C'est autre chose pour le philosophe; il faut qu'il interroge ensuite la nature qui, lui donnant souvent un phénomène tout à fait difiPérent de celui qu'il avait présumé, alors il s'aperçoit que l'analogie l'a séduit.
d'alem^ert. — Adieu, mon ami, bonsoir et bonne nuit.
DIDEROT. — Vous plaisautez; mais vous rêverez sur votre oreiller à cet entretien, et s'il n'y prend pas de la consistance, tant pis pour vous, car vous serez forcé d'embrasser des hypothèses bien autrement ridicules.
d'alembert. — Vous vous trompez; sceptique }e me serai couché, sceptique je me lèverai.
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DIDEROT. — Sceptique ! Est-ce qu'on est sceptique?
d'alembert. — En voici bien d'une autre?
N*allez-vous pas me soutenir que je ne suis pas sceptique? Et qui le sait mieux que moi?
DIDEROT. — Attendez un moment.
d'alembert. y- Dépêchez- vous , car je suis pressé de dormir.
DIDEROT. — Je serai court. Croyez-vous qu'il y ait une seule question discutée sur laquelle un nomme reste avec une égale et rigoureuse mesure de raison pour et contre?
d'alembert. — Non, ce serait Tâne de Buridan.
DIDEROT. — En ce cas, il n'y a donc point de sceptique, puisqu'à l'exception des questions de mathématiques, qui ne comportent pas la moindre incertitude, il y a du pour et du contre dans toutes les autres. La balance n'est donc jamais égale, et il est impossible qu'elle ne pencne pas du côté où nous croyons le plus de vraisemblance.
d'alembert. — Mais je vois le matin la vraisemblance à ma droite, et l'après-midi elle est à ma gauche.
DIDEROT. — C'est-à-dire, que vous êtes dogmatique pour, le matin, et dogmatique contre, l'après-midi.
d'alembert. — Et le soir, q^uand je me rappelle cette circonstance si rapide de mes jugements, je ne crois rien, ni du matin, ni de l'après-midi.
DIDEROT. - C'est-à-dire que vous ne vous rappelez plus la prépondérance des deux opinions entre lesquelles vous avez oscillé; que cette prépondérance vous paraît trop légère pour asseoir un sentiment fixe, et que vous prenez le parti de ne plus vous occuper de sujets aussi problématiques, d'en abandonner la discussion aux autres, et de n'en pas disputer davantage.
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d'alembert. — Cela se peut.
DIDEROT. — Mais si quelqu'un vous tirait à l'écart, et, vous'questionnant d'amitié, vous demandait, en conscience, des deux partis quel est celui où vous trouvez le moins de difficultés, de bonne foi, seriez-vous embarrassé de répondre, et réaliseriez-vous l'âne de Buridan?
d'alembert. — Je crois que non.
DIDEROT. — Tenez, mon ami, si vous y pensez bien, vous trouverez qu'en tout, notre véritable sentiment n'est pas celui dans lequel nous n'a- : vons jamais vacillé, mais celui auquel nous sommes le plus habituellement revenus.
d'alembert. — Je crois cjue vous avez raison.
DIDEROT.— Et moi aussi. Bonsoir, mon ami, et mémento quia pulvis es, et in pulverem reverteris.
d'alembert — Cela est triste.
DIDEROT. — Et nécessaire. Accordez à l'homme, je ne dis pas l'immortalité, mais seulement le double de sa durée, et vous verrez ce qui en arrivera.
d'alembert. — Et que voulez-vous qu'il en arrive? Mais qu'est-ce que cela me fait? Qu'il en arrive ce qui pourra. Je veux dormir, bonsoir.