‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 12 sur 162 · SÉVÈRE, F A B I A N · texte numérisé non relu

SÉVÈRE, F A B I A N

Vj ependAnt que Félix donne ordie au sacrifice, ' Pounai-je prendie un temps à mes vœux si propice ? Pourrai-je voir Pauline , et rendie à ses beaux yeux ■* L'iionuiiage souverain que l'on va rcndi'e aux dieux ? Je ne t'ai point celé que c'est ce qui m'amène ; Le reste est uu prétexte à soulager ma peine ; Je viens sacrifier , mais c'est à ses beautés Que je viens immoler toutes mes volontés.

rABIAU.

Vous la verrez , seigneur.

SÉVÈRE

Ah ! quel comble de joie I Cette cl) ère beauté consent que je la voie ! Mais ai-je sur son ame encor quelque pouvoir ? Quelque reste d'amour s'y fait-il encor voir? Quel tiouble , quel transport lui cause ma venue ? Puis-je tout espérer de cette lieiueuse vue ? Car je voudrois mourir plutôt que d'abuser Des lettres de faveur que j'ai pour l'épouser; Elles sont pour Félix , non pour triompher d'elle : Jamais à ses désirs mon cœur ne fut rebelle ;

32 POLYEUCTE

Et si mon mauvais sort avoit changé le sien ,

Je me vaincrois moi-même , et ne piétendrois rien.

FABIAIC.

Vous la verrez . c'est tout ce que je vous puis dù-e.

SÉVÈRE

D'où vient que tu frémis, et que ton cœur soupire? Ne m'aime-»t-c'lle plus ? e'claircis-moi ce point.

M'en cioirez-vous , seigneur ? ne la revoyez point ; Portez en lieu plus haut l'iionueur de vos caresses : ^ Vous trouverez a Ivome assez d'autres maîtresses ; Et, dans ce haut degré de puissance et d'iionneur, Les plus glands y tiendront votre amour à bonheur.

SÉVÈRE

Qu'à des penscrs si bas mon ame se ravale ! Que je tienne Pauline à mon sort inégale ! Elle en a mieux usé , je la dois imiter ; Je n'aime mon bonheur que pour la mériter. Voyons-la , Fabian ; ton discours m'importune : Allons mettre à ses pieds cette haute fortune ; Je l'ai dans les combats trouvée heureusement En cherchant une mort digne de son amant. Ainsi ce rang est sien , cette faveur est sienne , 4 Et je n'ai rieu enlm que d elle je ne tienne.

FABIAN

Non , mais encore un coup ne la revoyez point.

SÉVÈRE

Ah ! c'en est trop , enfin éclaircis-moi ce point ;

ACTEII, SCÈNE I. 33

As-tu vu des froideurs quand tu l'en as priée ? 5

FABIAN

Je tremble à vous le dire ; elle est. ... ^

SÉVÈRE

Que

FABIAN

Soutiens-moi , Fabian ; ce coup de foudre est grand , Et frappe dautant plus que plus il me surprend.

FABIAN

Seigneur, qu'est devenu ce généreux courage?

SÉVÈRE

La constance est ici d'un difficile usage ; De pareils déplaisirs accablent un grand cœur ; ^' La vertu la plus mâle en perd toute vigueur ; Ei quand d'un feu si beau les aines sont éprises , La mort les trouble moins que de telles surprises. Je ne suis plus à moi quand j'entends ce discours. Pauline est mariée ! 9

FABIAN

Oui , depuis quinze jours :

Polyeucte , un seigneur des premiers d'Arménie , Goûte de son hymen la douceur infinie.

SÉVÈRE

Je ne la puis du moins blâmer d'un mauvais choix ; Polyeucte a du nom , et sort du sang des rois. Foibles soulagements d'un malheur sans remède ! Paidine , je verrai qu'un autre vous possède !

34 POLYEUCTE

O ciel , qui malgré moi me renvoyez au jour, O sort , qui redonniez l'espoir à mon amour, Reprenez la faveur que vous m'avez prêtée , Et rendez-moi la mort que vous m'avez ôtée !

Voyons-la toutefois , et dans ce n-iste lieu Achevons de mourir en lui disant adieu. Que mon cœur, chez les morts emportant son image. De son dernier soupir puisse lui faire hommage.

FABIAS.

Seigneur, considérez....

SÉVÈRE

Tout est considéré.

Quel désordre peut craindre un cœur désespéré '.' iV"y consent-elle pas ?

FABI AN.

Oui, scigneiu-; mais....

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