‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 137 sur 162 · ACTE m, SCÈNE II. aSS · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II. aSS

Et vous-même avoûrez que j'ai sujet de l'être. Étaut né souverain, je vois ici mon maître : Ici, dis-je, où ma cour tremble en me regardant, 7, Où je n'ai point encore agi qu'en commandant , Je vois une autre cour sous une autre puissance, Et ne puis plus agir qu'avec obéissance. De votre seul aspect je me suis vu surpris r Jugez si vos discours rassurent mes esprits ; Jugez par quels moyens je puis sortir d'un troidjle Que forme le respect , que la crainte redouble , Et ce que vous peut dire un prince épouvanté De voir tant de colère et tant de majesté. Dans cet étonnement dont mon ame est frappée De rencontrer en vous le vengeur de Pompée , Il me souvient pourtant que s'il fut notie appui , Kous vous dûmes dès lors autant et plus qu'à lui. 'N'otre faveur pour nous éclata la première ; Tout ce qu'il lit après fut à votre prière : 11 émut le sénat pour des rois outragés Que sans cette prière il auroit négligés. Mais de ce grand sénat les saintes ordonnances Eussent peu fait pour nous, seigneur, sans vos finances : ^ Par-là de nos mutins le feu roi vint à bout ; Et , pour en bien parler , nous vous devons le tout. 9. Nous avons honoré votre ami , votre gendre , Jusqu'il ce qu'à vous-même il ait osé se prendre ; ' " Mais voyant son pouvoir , de vos succès jaloux , ' •■ Passer en tyrannie , et s'armer contre vous

Tout beau : que votre haine en son sang assouvie N'aille point à sa gloire ; il suffit de sa vie.

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N'avancez rien ici que Rome ose nier; Et justifiez-vous sans le calomnier.

Je laisse donc aux dieux à juger ses pensées, Et dirai seulement qu'en vos guerres passées , Où vous lûtes force' par tant d'indignite's , -»^''-

Tous nos vœux ont été pour vos prospérités ; Que, comme il vous traitoit en mortel adversaire, J'ai cru sa mort pour vous un mallieur nécessaire ; ' ^ Et que sa liaine injuste , augmentant tous les jours , Jusque dans les enfers clierclieroit du secours ; '4 Ou qu'enfin , s'il tomboit dessous votre puissance , Il nous falloit pour vous craindre votre clémence ; Et que le sentiment d'un cœur trop généreux , T saut mal de vos droits, vous rendît mallieureux. J'ai donc considéré qu'en ce péril extrême Nous vous devions, seigneur, servir malgré vous-même* Et , sans attendre d'ordre en cette occasion , ' 5 Mon zèle ardent l'a prise à ma confusion. Vous m'en désavouez , vous l'imputez à crime ; Mais pour servir César rien n'est illégitime. J'en ai souillé mes mains pour vous en préserver ! Vous pouvez en jouir, et le désapprouver ; Et j'ai plus fait pour vous, plus l'action est noire. Puisque c'est d'autant plus vous immoler ma gloire. Et que ce sacrifice, offert par mon devoir, Vous assure la vôtre avec votre pouvoir.

CÉSAR

Vous cherchez , Ptolomée , avecque trop de ruses • ® De mauvaises couleiu's et de froides excuses. Votre zèle étoit faux , si seul il redoutoit Ce cjue le monde entier à pleins vœux souhaitoit , '"?

A G T E 1 1 1 , s C É xN E 1 I. aSS

Et s'il vous a donné cl's craintes trop subtiles

Qui ni'ôtent tout le fruit de nos guerres civiles ' '^

Où l'honneur seul m'engage, et que pour terminer

fe ne veux que celui de vaincre et pardonner;

Où mes plus dangereux et plus grands adversaires ,

Sitôt qu'ils sont vaincus, ne sont plus que mes frères ;

El mou ambition ne va qu'à les forcer.

Ayant domté leur haine, à vivre et m'ei:i])rasser.

O combien d'alégresse une si triste guerre ' 0

Aiu-oit-elle laissé dessus toute la terre ,

Si l'on voyoit marcher dessus un même char,

^'ainqueurs de leur discorde, et Pompce et César !

Voilà ces grands malheius que craignoit votre zèle.

O crainte ridicule autant que criminelle !

■Vous craigniez ma clémeucel ah! n'ayez plus ce soin ; '^"

Souhaitez-la plutôt, vous en avez besoin.

Si je n'avois égard qu'aux lois de la justice,

Je m'apaiserois Rome avec votre supplice ,

Sans que ni vos respects , ni votre repentir,

îf i votre dignité , vous pussent garantir ;

Votre trône lui-même en seroit le tîiéâtre :

Mais , voulant épargner le sang de Cléopâtre ,

J'impute à vos flatteurs toute la trahison,

Et je veux voir comment vous m'en ferez raison ;

Suivant les sentiments dont vous serez capaljle ,

Je saurai vous tenir innocent ou coupable.

Cependant à Pompée élevez des autels ;

Ceudcz-lui les honneurs qu'on rend aux immortels;

Par un prompt sacrifice expiez tous vos crimes ;

Et surtout pensez bien au choix de vos victimes.

Allez y donner ordre, et me laissez ici

EiiUetenir les miens sur quelque auti'C souci.

S C È ?s E III.

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