‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 14 sur 162 · PAULINE, SÉVÈRE, STRATONICE, FABIAN · texte numérisé non relu

PAULINE, SÉVÈRE, STRATONICE, FABIAN

PAULINE

Oui , je l'aime , Sévère , et n'en fais point d'excuse. Que tout autre que moi vous flatte et vous abuse ;

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Pauline a l'ame noble, et parle à cœui- ouvert. '

Le bruit de votre mort n'est point ce qui vous perd. ^

Si le ciel en mon choix eût mis mon liyménée ,

A vos seules vertus je me serois donnée ;

Et toute la rigueur de votre premier sort

Contre votre mérite eût fait un vain effort.

Je découviois en vous d'assez illustres marques ^

Pour vous prcfe'rer même aux plus heureux monarques :

Mais puisque mon devoir m'iniposoit d'autres lois,

De quelque amant pour moi que mou père eût fait choix, +

Quand à ce grand pouvoir que la valeiu" vous donne

Vous amiez ajouté l'éclat d'une couronne ,

Quand je vous aurois vu , quand je laurois haï ,

J'en aurois soupùé', mais j aurois obéi ,

Et sur mes passions ma raison souveraine

Eût blâmé mes soupirs, et dissipé ma haine.

SÉVÈRE

Que vous êtes heureuse ! et qu'un peu de soupirs 5

Fait lui aisé remède à tous vos déplaisirs !

Ainsi, de vos désirs toujours reine absolue,

Les plus grands changements vous trouvent résolue ;

De la plus forte ardeur vous portez vos esprits

Jusqu'à l'indifférence, et peut-être au mépris;

Et vou e fermeté fait succéder sans peine

La faveur au dédain , et l'amour à la haine.

Qu'un peu de votre humeur, ou de votre vertu, ^

Soulageroit les maux de ce cœur abattu !

Un soupir, une larme à regret épandue

M'auroit déjà guéri de vous avoir perdue ;

Ma raison pourroit tout sur l'amour affoibli ,

Et de l'iJidifférence iroit jusqu'à l'oubli ;

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