ACTE III , SCÈ>. E I V. a
Je l'ai porté pour dot chez Pompi'e et chez Crasse: ■*
Deux fois du monde entier j'ai causé la disgrâce;
Deux fois de mon hymen le nœud mal assorti
A chassé tous les dieux du plus juste parti :
Heiu-euse en mes mallie .rs , si ce tiisie hyménée , 4
Pour le bonheiu- de Rome , à César m'eût donnée ,
Et si j'eusse avec moi porté dans ta maison
D'un astre envenimé l'invincible poison I
Car enfin n'attends pas que j'abaisse ma haine :
Je te l'ai déjà dit , César , je suis Romaine ; 5
Et quoique ta captive , un cœur comme le mien ,
De peur de s'oublier , ne te demande rien.
Ordonne ; et , sans vouloir qu'il tremble , ou s'humilie,
Souviens-toi seulement que je suis Ccruciie.
O d'un illustre époux noble et digne moitié, Dont le courage étonne , et le sort fait pitié ! Certes , vos sentiments font assez reconnoitre Oui vous donna la main , et qui vous donna l'être ; lît l'on juge aisément , au cœur que vous portez , '' Où vous êtes entrée , et de qui vous sortez. J.'ame du jeune Crasse, et celle de Pompée, L'une et l'autre vertu par le malheur trompée , Le sang des Scipions protecteur de nos dieux , Parlent par votre bouche et brillent dans vos yeux ; Kt Rome dans ses murs ne voit point de famille Qui soit plus honorée ou de femme ou de fille. Plût au grand Jupiter, plût à ces mêmes dieux <)u'Aiinibal eût bravés jadis sans vos aïeux, <Jufi ce héros si cher dont le ciel vous sépare K'eùt pas si axA Goauu la cour d'un roi barbare.
26o LA MORT DE POMPÉE. ACTE III, SCÈNE IV.
Ni mieux aimé tenter une incertaine foi,
Que la vieille amitié qu'il eût trouvée en moi;
Qu'il eût voulu souffrir qu'un bonheur de mes armes
Eût vaincu ses soupçons , dissipé ses alarmes ;
Et qu'enfin , m'attendant sans plus se défier,
Il m'eût donné moyen de me justifier !
Alors , foulant aux pieds la discorde et l'envie,
Je l'eusse conjuré de se donner la vie.
D'oublier ma victoire, et d'aimer un rival
Heureux d'avoir vaincu pour vivre son égal :
J'eusse alors regagné son ame satisfaite
Jusqu'à lui faire aux dieux pardonner sa défaite ;
Il eût fait à son tour , en me rendant son cœur ,
Qtie Rome eût pardonné la victoire au vainqueur.
Mais puisque par sa perle , à jamais sans seconde ,
Le sort a dérobé cette alégresse au monde ,
César s'efforcera de s'acquitter vers vous
De ce qu'il voudroit rendre à cet illustre époux.
Prenez donc en ces lieux liberté tout entière : 7
Seulement pour deux jours soyez ma prisonnière ,
Afin d'être témoin comme , après nos débats ,
Je cliéris sa mémoire et venge son trépas ,
Et de pouvoir apprendre h toute l'Italie
De quel orgueil nouveau m'enfle la Tbessalie.
Je vous laisse à vous-même, et vous quitte un nionicii!,
Clioisissez-lui , Lépide , un digne appartement ; 0
Et qu'on l'honore ici , mais en dame romaine ,
C'e.t-à-dire un peu plus qu'on n'honore la reine.
Comr.iandez , et chacun auia soin d'obéir.
,0 ciel ' que de vertus vous me faites haïr I ' " FÏK DU thoisiè.me acte.