‹ Chefs-d'œuvre de P. Corneille (volume 2)Chapitre 142 sur 162 · S C È IN E I · texte numérisé non relu

S C È IN E I

PTOLOMÉE, ACIIILLAS, PHOTIN.

PTOLOMEE.

V^*coi I de la même main et de la même epee Dont il vient d'iumnolcr le malheureux Pompée , Septime, par César indijjnement chasse', à vos yeux a ]

ACHILLAS

Oui , seigneur ; et sa mort a de quoi vous apprendre La honte qu'il prévient , et qu'il vous faut attendre. Jugez quel est César à ce courroux si lent. Un moment pousse et rompt un transport violent ; IMais l'indignation qu'on prend avec étude Augmente avec le temps et porte un coup plus rude. Ainsi n'espérez pas de le voir modéré : Par adresse il se fâche après s'êue assuré, i Sa pviissance établie, il a soin de sa gloire : Jl poursuivoit Pompée, et chérit sa mémoire, Et veut tirer à soi , par un courroux accort , ^ L'honnem- de sa vengeance et le fruit de sa mort.

PTOLOMÉE

Ah I si je t'avois cru , je n'aurois pas de maître ; Je serois dans le trône où le ciel m'a fjit naitie :

]>îais c'est une imprudence assez commune aux rois D'écouter trop d'a\ is et se tromper au choix. Le destin les aveugle au bord du précipice ; ^ Ou si quelque limiicre en leiu- ame se glisse , Cette fausse clarté , dont il les éblouit , Les plonge dans un gouffre , et puis s'évanouit.

J'ai mal connu César; mais puisqu'on son estime 4 Un si rare service est un énorme crime , Sire , il porte en son flanc de quoi nous en laver ; C'est là qu'est notre grâce , il nous l'y faut trouver. Je ne vous paile plus de souffrir sans murmiue , D'attendre son départ pour ven.ger cette injure; Je sais mieux conformer les remèdes au mal : Justifions sur lui la mort de son rival ; Et , notre main alors également trempée Et du sang de César et du sang de Pompée , Rome , sans leur donner de litres différents , Se croira par vous seul libre de deux tyrans.

PTOLOMÉE

Oui , oui , ton sentiment enfin est véritable ; ^ C'est trop craindre un tyran que j'ai fait redoutable: Montrons que sa fortune est l'œuvre de nos mains -, Deux fois en même jour disposons des Ronuiins ; Faisons leur liberté comme leur esclavage. César, que tes exploits n'enflent plus ton courage; (Jonsidère les miens , tes yeux en sont témom». Pompée étoit mortel , et tu ne l'es pas moins : Il pouvoit plus que toi ; tu lui portois envie : Tu n'as , non plus que lui , qu'une ame et qu'une vie I':t son sort que tu plains te doit faire penser 7 Que ton cœur est sensible, et qu'on peut le percer.

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