‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 129 sur 173 · DE IMONSIEUR DE BALZAC · texte numérisé non relu

DE IMONSIEUR DE BALZAC

iVloNSIEUH,

,J'aî senti un notable soulagement depuis l'arrive'e de votre paquet, et je crie miracle dès le commencement de ma lettre. Votre Ginna gue'rit If s malades; il fait que les paralytiques battent des mains ; il rend la parole k un muet , ce seroit trop peu de dire à un enrhumé. En effet, j'avois perdu la parole avec la voix ; et, puisque je les recouvre l'une et l'autre par votre moyen, il est bien juste que je les emploie toutes deux à votre gloire, et à

* Les étrangers verront dans celte lettre quelle était l't'loqueiice de ce temps-là. Il n'est guère convenable }K'ut-étre que l'éloquence soit le partage d'une lettre lumilière ; et , comme dit M. l'abhë d'Olivct , Balzac écrivait une lettre comme Lingende faisait un sermon ou wii panégyrique; U s'étudiait h prodiguer les figure».

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dire sans cesse : La belle chose; Vous avez peur néanmoins d'être de ceux qui sont accable's par la majesté des sujets qu'ils traitent, et ne pensez pas avoir apporté assez de force pour soutenir la grandeur romaine. Quoique cette modestie me plaise , elle ne me persuade pas, et je m'y oppose pour l'intérêt de la vérité. A'ous êtes trop subtil examinateur d'une composition universellement approuvée; et s'il étoit vrai qu'en quelqu'une de ses parties vous eussiez senti quelque foiblesse , ce seroit un secret entre vos muses et vous ; car je vous assure que personne ne l'a reconnue. La foiblesse seroit de notre expression, et non pas de votre pensée; elle viendroit du défaut des instruments, et non pas de la faute de l'ouvrier : il faudroit on accuser l'incapacité de notre langue.

Vous nous faites voir Rome tout ce qu'elle peut être à Paris , et ne l'avez point brisée en la remuant. Ce n'est point une Rome de Cassiodore* , et aussi déchirée qu'elle 1 étoit au siècle des Théodonc ; c'est une Rome de Tite-Live, et aussi pompeuse qu'elle étoit au temps des premiers Césars. Vous avez même trouvé ce qu'elle a voit perdu dans les ruines de la répuljlique, cette noble et magnanime fierté; et il se voit bien quelques passables traducteurs de ses paroles et de ses locutions , mais vous êtes le vrai et le fidèle interprète de son esprit et

* Pourquoi parler de ThéoJoric et de Casbiodore quand il s'agit d'Auguste ?

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de son courage. Je dis plus, monsieur; vous eu. s souvent son pédagogue , et l'avertissez de la bienséance quand elle ne s'en souvient pas. Vous êtes le réformateur du vieux temps , s'il a besoin d'cmboiiissement ou d'appui. Aux endroits où Rome est de brique, vous la rebâtissez de marbre ; quand vous trouvez du vide, vous le remplissez d un chef-d'œuvre ; et je prends garde que ce que vous prêtez k l'histoire est toujours meilleur que ce que vous empruntez d'elle.

La femme d'Horace et la maîtresse de Cinna , qui sont vos deux véritables enfantements et les deux pures créatures de votre esprit , ne sont-elles pas aussi les principaux ornements de vos deux j)oëmes? Et qu'est-ce que la sainte antiquité a produit de vigoureux et de ferme dans le sexe loible, qui soit comparable à ces nouvelles héroïnes que vous avez mises au monde, à ces Romaines de votre façon ? Je ne m'ennuie point, depuis quinze jours, de considérer celle que j'ai reçue la dernière.

Je l'ai fait admirer à tous les habiles de notre province : nos orateurs et nos poètes en disent merveilles : mais un docteur de mes voisins , qui se met d'ordinaire sur le haut stjle , en parle rtrtes d'une étrani:;e sorte ; et il n'y a point de mal que vous sachiez jusqu'où vous avez porté son esprit. Il se contcntoit le premier jour de dire que votre Emilie étoit la rivale de Caton et de Brutus dans la passion de la liberté. A cette heure, il \n

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