ACTE I\\ SCÈiN E 1 V
Si lu me veux haïr, liais-moi sans plus lien feindre j Si tu me veux aimer, aime-moi sans me craindre : De tout ce qu'eut Sylla de puissance et d'honneur Lassé comme il en fut , j'aspire ù son bonJieur.
Assez et trop long-temps son exemple vous flatte*, 3 Mais gardez que sur vous le contraire u'éclate : Ce bonheur sans pareil qui conserva ses jours Ne seroit pas bonheur s il arrivoit toujours.
AUGUSTE
Eh bien , s'il est trop grand , si j'ai tort d y préîendie , J'abandonne mon sang à qui voudra l'cpandre. Après un long orage il faut trouver un poit ; Et je n'en vois que deux, le repos, ou la mort.
nviE.
Quoi ! vous voulez quitter le fruit de tant de peines ?
AUGUSTE
Quoi ! vous voulez gaider l'objet de tant de haines ?
LIVIE
Seigneur, vous emporter à cette extrémité', C'est plutôt désespoir que gciiérusité.
AUGUSTE
Régner, et caresser une main si traîtresse. Au lieu de sa vertu c'est montrer sa foiblesse.
LIVIE
C'est régner sur vous-même , et , par un noble choix , Pratiquer la vertu lu plus digne des rois.
AUGUSTE
Vous m'aviez bien promis des conseils d'une femme ; ^ Vous me tenez parole , et c'en sont là , madame..
Api es tant d'ennemis à mes pieds abattus, Depuis vingt ans je règne , et j'en sais les vertus j 5. Je sais leur divers ordre , et de quelle nature Sont les devoirs d'un prince en cette conjoncture: Tout son peuple est blessé par un tel attentat , Et la seule pensée est un crime d'état , Une offense qu'on fait à toute sa province , ® Dont il faut qu il la venge , ou cesse d'être prince.
LIVIE
Donnez moins de croyance à votre passion.
AUGUSTE
Ayez moins de foiblesse , ou moins d'ambition.
LIVIE
Use traitez plus si mal un conseil salutaire.
AUGUSTE
lyC ciel m'inspirera ce qu'ici je dois faire. Adieu : nous perdons temps.
LIVIE
Je ne vous quitte point , Seigneur, que mon amour n'ait obtenu ce point. 7
AUGUSTE
C'est l'amour des grandeurs qui vous rend importune. ^
LIVIE
J'aime votre personne, et non votre fortune.
( seule. )
Il m'échappe ; suivons , et forçons-le de voir Qu'il peut , en faisant grâce , aflTcrmir son pouvoir, Et qu'enfin la clémence est la plus belle marque Qui fasse à IJuuivers connoître un vrai monarque.