EMILIE, F U L V I E
EMILIE
D'où me vient cette joie? et que mal-h-propos H.
RIon esprit malgré moi goûte un entier repos !
César mande Cinna sans me donner d'alarmes !
Mon cœur est sans soupirs, mes yeux n'ont point de larmes,
Comme si j'apprenois d'un secret mouvement
Qae tout doit succéder à mon contentement I
Ai-je bien entendu? me l'as-tu dit, Fulvie?
ru L VIE.
J'avois gagné sur lui qu'il almeroit la vie,
Et je vous l'amenois, plus traitable et plus doux, '
Faire un second effort contre votre courroux ;
Je m'en applaudissois, quand soudain Polyclète.
Des volontés d'Auguste ordinaire inlerprète,
Est venu l'aborder et sans suite et sans bruit ,
Et de sa part sur l'heure au palais l'a conduit.
Auguste est fort troublé, l'on ignore la cause ;
Chacun diversement soupçonne ([uelque chose; ^
Tous présument qu'il ait un grand sujet d'ennui ,
Et qu'il mande Cinna pour prendre avis de lui.
Mais ce qui m'embarrasse , et que je viens d'apprendre ..
C'est que deux inconnus se sont saisis d'Évandre ,
<,)u liupliorbc est arrêté sans qu'on sache pourquoi ,
Qae même de son maître on dit je ne sais quoi : ^
Ou lui veut imputer un désespoir funeste ; ^
Un parle d'eaux, de Tibre, et l'on se tait du rcstr. '
p. Corneille. I. It l
(^)uc de sujets de craindre et de désespérer, ^
Sans que mon triste cœm- eu daigne murmurer !
A cLa'jue occasion le ciel y fait descendre
Un sentiment contraire à celui qu'il doit prendre ;
Une vaine frayeur tantôt m'a pu troubler :
Et je suis insensible alors qu'il faut trembler !
Je vous entends , grands dieux ; vos boutés que j'adore JHe peuvent consentir que je me déshonore, Et ne me permettant soupirs , sanglots , ni pleurs , Soutiennent ma vertu contre de tels mallieurs : Vous voulez que je mciu'e avec ce grand courage Qui m'a fait entreprendre un si fameux ouvrage ; £t je veux bien périr comme vous l'ordonne?. , 9 Et dans la même assiette où vous me retenez.
O liberté de Rome ! ô mânes de mon père ! J'ai fait de mon côté tout ce que j'ai pu faire : Contre votre tyran j';i^ ligué ses amis, Et plus osé pour vous qu il ne m'étoit permis : Si l'effet a manqué , ma gloire n'est pas moindre ; N'ayant pu vous venger, je vous irai rejoindre , ftîais si fumante encor d'un généreux couitoux , Par un trépas si noble et si digne de vous, Qu'il vous fera sur l'heure aisément reconnoître Le sang des grands héros dont vous m'avez fait naître.