‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 165 sur 173 · EMILIE, F U L V I E · texte numérisé non relu

EMILIE, F U L V I E

EMILIE

D'où me vient cette joie? et que mal-h-propos H.

RIon esprit malgré moi goûte un entier repos !

César mande Cinna sans me donner d'alarmes !

Mon cœur est sans soupirs, mes yeux n'ont point de larmes,

Comme si j'apprenois d'un secret mouvement

Qae tout doit succéder à mon contentement I

Ai-je bien entendu? me l'as-tu dit, Fulvie?

ru L VIE.

J'avois gagné sur lui qu'il almeroit la vie,

Et je vous l'amenois, plus traitable et plus doux, '

Faire un second effort contre votre courroux ;

Je m'en applaudissois, quand soudain Polyclète.

Des volontés d'Auguste ordinaire inlerprète,

Est venu l'aborder et sans suite et sans bruit ,

Et de sa part sur l'heure au palais l'a conduit.

Auguste est fort troublé, l'on ignore la cause ;

Chacun diversement soupçonne ([uelque chose; ^

Tous présument qu'il ait un grand sujet d'ennui ,

Et qu'il mande Cinna pour prendre avis de lui.

Mais ce qui m'embarrasse , et que je viens d'apprendre ..

C'est que deux inconnus se sont saisis d'Évandre ,

<,)u liupliorbc est arrêté sans qu'on sache pourquoi ,

Qae même de son maître on dit je ne sais quoi : ^

Ou lui veut imputer un désespoir funeste ; ^

Un parle d'eaux, de Tibre, et l'on se tait du rcstr. '

p. Corneille. I. It l

(^)uc de sujets de craindre et de désespérer, ^

Sans que mon triste cœm- eu daigne murmurer !

A cLa'jue occasion le ciel y fait descendre

Un sentiment contraire à celui qu'il doit prendre ;

Une vaine frayeur tantôt m'a pu troubler :

Et je suis insensible alors qu'il faut trembler !

Je vous entends , grands dieux ; vos boutés que j'adore JHe peuvent consentir que je me déshonore, Et ne me permettant soupirs , sanglots , ni pleurs , Soutiennent ma vertu contre de tels mallieurs : Vous voulez que je mciu'e avec ce grand courage Qui m'a fait entreprendre un si fameux ouvrage ; £t je veux bien périr comme vous l'ordonne?. , 9 Et dans la même assiette où vous me retenez.

O liberté de Rome ! ô mânes de mon père ! J'ai fait de mon côté tout ce que j'ai pu faire : Contre votre tyran j';i^ ligué ses amis, Et plus osé pour vous qu il ne m'étoit permis : Si l'effet a manqué , ma gloire n'est pas moindre ; N'ayant pu vous venger, je vous irai rejoindre , ftîais si fumante encor d'un généreux couitoux , Par un trépas si noble et si digne de vous, Qu'il vous fera sur l'heure aisément reconnoître Le sang des grands héros dont vous m'avez fait naître.

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