‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 166 sur 173 · MAXIME, EMILIE, F U L \ I E · texte numérisé non relu

MAXIME, EMILIE, F U L \ I E

EMILIE

Mais je vous vois , Maxime , et l'on vous faisoit mort î '

Eupliorbe trompe Auguste avec ce faux rapport ;

Se voyant arrêté , la trame de'couverte ,

Il a feint ce trépas pour empêclier ma perte.

EMILIE

Que dit-on de Cinna ?

MAXIME

Que son plus grand regret, C'est de voir que César sait tout votre secret : En vain il le dénie et le veut méconnoîlre, Évandre a tout conté pour excuser son maître ; Et par l'ordre d'Auguste on vient vous arrêter.

EMILIE

Celui qui l'a reçu tarde ù l'exécuter;

Je suis prête ù le suivre et lasse de l'attendre.

MAXIME

U vous attend clicz moi.

EMILIE

Chez vous !

MAXIME

C'est vous suq>reudre ; Mais apprenez le soin que le ciel a de vous; C est un des coujurds qui v.i fuir avec nous.

244 CINNA

Prenons notre avantage avant qu'on nous poursuive ; jNous avons pour partir un vaisseau sur la rive.

EMILIE

Me connois-tu , Maxime ? et sais-tu qui je suis ?

MAXIME

En faveur de Cinna je fais ce que je puis , ^ Et tâclie à garantir de ce malheur extrême La plus belle moitit qui reste de lui-même. Sauvons-nous , Emilie ; et conservons le jour , Afin de le venger par un heureux retour.

EMILIE

Cinna dans son malheur est de ceux qu'il faut suivre, 3 Qu'il ne faut pas venger, de peur de leur survivre. Q.iiconque après sa perte aspire à se sauver Est indigne du jour qu'il tâche h conserver.

MAXIME

Quel d'Jsespoir aveugle à ces fureurs vous porte? O dieux 1 que de foiblesse en une ame si forte I Ce cœur si généreux rend si peu de combat , Et du premier revers la fortune l'abat ! Rappelez, iapp>elez cette vertu sublime; Ouvrez enfin les yeux , et connoissez Maxime : C'est un autre Cinna qu'en lui vouj regardez ; 4 Le ciel vous reiid en lui l'amant que vous perdez ; Et puisque l'amitié n'en faisoit plu-^ qu'une ame, ^ Aimez f^n cet ami lob/.t de ^ otre flamme ; Avec la même ardeur il saura vous che'rir , Que —

EMILIE

Tu m'oses aimer, et tu n'oses mourir ! ^ Tu prétends un peu trop : mais, quoi que tu prétendes,

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