‹ Chefs-d'œuvre de P. CorneilleChapitre 167 sur 173 · ACTE I V , S G È N E V · texte numérisé non relu

ACTE I V , S G È N E V

Rends-toi digne du moius de ce que tu demandes ; Cesse de fuir en lâche un glorieux trépas , Ou de m'oflrir un cœui- que tu fais voir si bas; Fais que jo porte en^ ie à ta vertu parfaite ; Ne te pouvant aimer, fais que je te regrette ; IMontre d'un vrai Romain la dernière vigueur, Et mérite mes pleurs au défaut de mon cœur. (^loi ! si ton amitié pour Cinna s'intéresse , Crois-tu qu'elle consiste à ilatter sa maîtresse ? Apprends, apprends de moi quel en est le devoir, V.t donne-m'en l'exemple, ou viens le recevoir.

MAXIME

Votre juste douleur est trop impétueuse.

"* EMILIE

La tienne en ta faveur est trop iugcuieuse. Tu me parles dcjà d'un bienlieurtux ri^tour, Et dans tes déplaisirs tu conçois de l'amoui' I

MAXIME

Cet amoiur en naissant est toutefois extrême ;

C'est votre amant en vous, c'est mon ami que j'aime;

Et des mêmes ardeurs dont il fut embiasé....

EMILIE

Maxime, en voilà trop pour un homme avisé. 7 Ma perte m'a surprise , et ne m'a point troublée ; ."Mon noble désespoir ne m'a point aveuglée ; Ma vertu tout entière agit sans s'émouvoir, Et je vois mulgi é moi plus que je Jic veux voir.

MAXIME

Quoi ! vous suis-je suspect de quelque peifuli"" .'

EMILIE

Oui, tu lis, puisqu'c-ifin tu veux que je le die.

L'ordre de notre fuite est trop bien concerté , Povtr ne te soupçonner d'aucune lâcheté : Les dieux seroient pour nous prodigues en miracles S'ils en avoient sans toi levé' tous les obstacles. Fuis sans moi , tes amours sont ici superflus. ^

MAXIME

Ah ! vous m'en dites trop.

EMILIE

J'en présume encor plus.

Ne crains pas toutefois que j'éclate en injures; Mais n'espère nou plus m'éblouir de parjures. Si c'est te faire tort que de m'en défier, Viens mourir avec moi pour te justifier.

MAXIME

Vivez , belle Emilie , et souffrez qu'un esclave ....

EMILIE

Te ne t'écoute phis qu'en présence d'Octave. Allons, Fulvie, allons.

S CÈNE V r I.

MAXIME

DÉSESPÉRÉ, confus, Ft digne, s il se peut , d'uu plus cruel refus , Que rtsous-tu, Maxime ? et quel est le supplice Que ta vertu prépare h. ton vain artifice ? ^ Aucune illusion ne te doit plus flatter ; Emilie eu mourant va tout faire éclater. Sur un même échafaud la perte de sa vie ^ ttalera sa gloire et ton ignominie ;

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