A C T E I V, S CE A L
Cliacuu peut la vanter avec quelque justice ,
Mais poiu- moi sa louange est un nouveau supplice.
Ou aigrit ma douleur en l'élevant si haut:
3 e vois ce que je perds quand je vois ce qu'il vaut.
Ali ! cruels déplaisirs à l'esprit d'une amante !
Plus j'apprends son mérite, et plus mon feu s'augmente:
Opendant mon devoir est toujours le plus fort ,
Et , malgré mon amour, va poursuivre sa mort.
Ilit r, ce devoir te mit en une haute estime ; ^ L'effort que tu te fis parut si magnanime , Si digne d'un grand coeur,' que cJ^acun à la cour Admiroit ton courage et pLiignoit ton amour. Mais croirois-tu l'avis d'une amitié fidèle?
Ne vous obéir pas me rendroit criminelle,
l'infante.
Ce qui fut juste alors ne 1 est plus îiujourd'Lui. Rodrigue maintenant est notre unique a})pui , L'espérance et 1 amour d'un peuple qui l adore , Le soutien de Caslille , et la terreur du Maure. Le roi même est d'accord de cette vérité , Que ton pore en lui seul se voit ressuscité ; El si lu veux enfin qu'en deux mots je m'explique , Tu [)oursuis en sa mort la ruine publique. Quoi I pour venger un père est-il jamais permis l^e livrer sa patrie aux mains des ennemis? fionlrc jious ta poursuite est-elle légitime? V.l j)our être punis avons-nous part au crime ?
Ce n'est pas qu'après tout tu doives épouser Celui qu'un père mort t'obligeoit d'accuser ; Je te voudrois moi-même en arracher l'envie : Ote-lui ton amour, mais laisse-nous sa vie.
CHIMÈNE
Ah ! ce n'est pas h moi d'avoir tant de bonté ; Le devoir qui m'aigrit n'a rien de limité. Quoique pour ce vainqueur mon amour s'intéiesse, Quoiqu'un peuple l'adore , et qu un roi le caresse, Qu'il soit environné des plus vaillants guerriers, J'irai sous mes cyprès accriblcr ses lauiicrs.
l'infante.
c'est générosité quand , pour venger un père , ^'otre devoir attaque une tète si chère ; Mais c'en est une encor d'un plus illustre rang , Quand on donne au public les intérêts du sang. îSon, crois-moi, c'est assez que d'éteindre ta flamme; Il sera trop puni s'il n'est plus dau-j ton ame. Que le bien du pays t'impose cette loi. Aussi bien que crois-tu que t'accorde le roi ?
il peut me refuser, mais je ne puis me taire.
l'infante.
Pense bien , ma Chiraènc , à ce que tu veux faire. Adieu : tu pourras seule y songer à loisir.
CHIMÈNE
Après mon père mort, je u'ai point à choisir.