VOLTAIRE
TiORSQUE Corneille donna le Cid , les Espagnols avaient, sur tous les théâtres de l'Europe , la même influence que dans les affaires publiques ; leur goût dominait ainsi que leur politique : et même en Italie leurs come'dies ou leurs tragi-come'dios ol) tenaient la préférence chez une nation qui avait l'Aminte et le Pastor fido , et qui , étant la première qui eût cultivé les arts , semblait plutôt faite pour donner des lois à la littérature que pour en recevoir.
Il est vrai que, dans presque toutes ces tragédies espagnoles , il y avait toujours quelques scènes de boulionneries. Cet usage infecta l'Angleterre : il n'y a guère de tragédies de Shakespear où l'on ne trouve des plaisanteries d'hommes grossiers à côté du sublime des héros. A quoi attribuer une mode si extravagante et si honteuse pour l'esprit humain , qu'à la coutume des princes mêmes, qui entre-, louaient toujours des bouflbns auprès d'eux ?.