SCÈNE V
Elvihe , que je souffre ! et que je suis à plaindre !
Je ne sais qu'espérer, et je vois tout à craindre ;
Aucun vœu ne m'échappe où j'ose consentir;
Je ne souhaite rien sans un prompt repentir.
A deux rivaux pour moi je fais prendre les armes :
Le plus heureux succès me coûtera des larmes ;
El ([uoi qu'en ma faveur en ordonne le sort,
iNîon père est sans vengeance, ou mou amant est mon.
ELVIUE.
D'un et d'autre côté je vous vois soulagée : '-^ Ou vous avez Rodrigue , ou vous êtes a cngée ; Et quoi que le destin puisse ordonner de vous , Il soutient votre gloire, et vous donne un époux.
Quoi î l'objet de ma haine, ou bien de ma rolère l
L'assassin de Rodrigue , ou celui de mon père !
De tous les deux côtes on me donne un mari
Eîicor tout teint du sang que j'ai le plus chéri.
De tous les deux côtés mon ame se lebcUe :
Je crains plus que la mort la fin de ma querelle.
Allez, vengeance, amour, qui troublez mes esprits,
^ ous n'avez point pour moi de douceurs à ce prix.
Et toi , puissant moteiur du destin qui m'autrage ,
Termine ce combat sans aucun avantage,
Sans faire aucun des deux ni vaincu , ni vainqueur I
Ce seroit vous traiter avec trop de rigueur. Ce combat pour votre ame est un nouveau supplice , S'il vous laisse oblige'e à demander justice , V. témoigner toujours ce haut ressentiment , Et poursuivre toujours la mort de votie aniant. Madame , il vaut bien mieux que sa rare vaillance , Lui couronnant le front , vous impose silence ; Que la loi du condiat étouffe vos soupirs , Et que le roi vous force h suivre vos désirs.
CHIMÈNE
Quand il sera vainqueur, crois-tu que je me rende !
Won devoir est trop fort , et ma perte trop giaude ;
Et ce n'est pas assez pour leiu faire la loi ,
Que celle du combat et le vouloir du roi.
Il peut vaincre don Sauche avec fort peu de peine,
Mais non pas avec lui la gloire de Chimène ;
Et quoi qu'à sa victoire un monarque ait promis ,
Mou honneur lui fera mille autres ennemis.