SCÈNE y II
LE ROI, D. DIÈGUE, D. ARIAS, D. SANCHE D. ALONSE, CHIMÈr^E, ELYIRE.
CHIMÈNE
Sire, il n'est plus besoin de vous dissimuler Ce que tous mes efforts ne vous ont pu celer.
ACTEV,SCÈNEVII. 8ï
J'aimois , vous l'avez su ; mais , pour venger mon père ,
J'ai bien voulu proscrire une tête si chère:
Votre majesté, sire, elle-même a pu voir
Comme j'ai fait ce'der mon amoiu: au devoir.
Enfin Rodrigue est mort, et sa mort m'a changée
D'implacable ennemie en amante affligée.
J'ai dû cette vengeance à qui m'a mise au jour,
Et je dois maintenant ces plems à mon amour.
Don Sanche m'a perdue en prenant ma défense ;
Et du bras qui me perd je suis la récompense I
Sire , si la pitié peut émouvoir un roi ,
De grâce , révoquez une si dure loi ;
Pour prix d'une victoire où je perds ce que j'aime,
Je lui laisse mon bien ; qu'il me laisse à moi-même ;
Qu'en un cloître sacré je pleure incessarmnent ,
Jusqu'au dernier soupir, mou pore et mon amant.
D. DIÈ&UE
Enfin elle aime , sire , et ne croit plus un crime D'avouer par sa bouche un amour légitime.
LE ROI
Chimène , sors d'erreur, ton amant n'est pas mort ; Et don Sanche vaincu t'a fait un faux rapport.
D. SANCHE
Sire , un peu trop d'ardeur malgré moi l'a déçue :
Je venois du combat lui raconter l'issue.
Ce généreux guerrier dfnit son cœur est charmé,
« Ne crains rien, m'a-t-il dit quand il m'a désarmé,
Je laisserois plul«*it la victoire incertaine
Que de répandre un sang hasardé pour Chimène ;
Mais puisque mon devoir m'appelle auprès du roi , »
Va de notre combat l'entretenir pour moi,
De la part du vainqueur lui porter ion ept'e. » Sire, j'y suis venu : cet objet la trompée : Elle m'a cru vainqueur, me voyant de reloui'; Et soudain sa colère a trahi son amoui Avec tant de transport et tant d'impatience , Que je n'ai pu gagner un moment d'audience. Pour moi , bien que vaincu , je me repute heureux ; Et , malgré 1 intérêt de mon cœur amoureux , Perdant infiniment , j'aime encor ma défaite , Qui fait le beau succès d'une amour si parfaite.
LE noi.
Ma fille, il ne faut point rougir d'un si beau feu ,
Ni chercher les moyens d'en faire un désaveu :
Une louable honte en vain t'en sollicite ;
Ta gloire est dégagée et ton devoir est quitte ;
Ton père est satisfait , et c'étoit le venger
Que mettre tant de rois ton Rodrigue en danger.
Tu vois comme le ciel autrement en dispose.
Ayant tant fait pour lui, fais pour toi quelque chose :
Et ne sois point rebelle à mon commandement ,
Qui te donne un époux aimé si chèrement.