INTRODUCTION. XIX
nouveau ouvre aux amoureux de la couleur et à un pays tout entier une carrière artistique encore inexplorée, si l'école vénitienne en reçoit l'existence, les grands dessinateurs de Florence restent fidèles à la peinture murale, et Michel-Ange dédaignera même de se servir jamais de l'invention de Jean de Bruges. Ce sera le seul, il est vrai, qui affichera de tels mépris et une pareille exclusion, et l'école florentine même recevra de cette découverte un merveilleux développement.
D'autres causes viennent concourir à faire du quinzième siècle, au seuil duquel nous sommes parvenus, l'époque du plus complet, du plus glorieux épanouissement des arts.
On s'est mis à faire des fouilles dans les ruines des grandes cités, et Laurent de Médicis rassemble dans ses jardins jusqu'aux moindres morceaux de sculpture antique que rencontre la pioche de l'ouvrier. Ce goût s'étend, les particuliers s'en mêlent, et bientôt s'élève de terre tout un peuple de héros et de dieux disparus. L'antiquité se montre aux yeux éblouis avec le charme de ses riants mensonges, avec la magie de sa beauté, avec la majesté de ses grandes lignes sculpturales. En vain l'ardent Savonarole allume ses bûchers et promène dans Florence les bannières innombrables de ses processions, la Vénus antique a vaincu ; elle arrache aux pieux artistes les plus fervents hommages, et les voilà qui s'en vont, par des sentiers oubliés, à la recherche de l'ancien idéal !
Ce n'est pas simplement la mythologie introduite dans la peinture, c'est la réhabilitation de la forme humaine, jusqu'alors soigneusement voilée ou traitée sans préoccupation du beau. C'est l'anoblissement des lignes dans lesquelles se renferme le corps humain, et qui, au lieu d'accuser les maigreurs et les pauvretés