XX INTRODUCTION
du modèle, s'arrondissent et s'épurent suivant la loi des proportions et de l'harmonie. On s'élève enfin du caractère particulier au caractère général, des individualités aux abstractions.
L'influence de l'antiquité ne fait que développer le mouvement des giottesques et de leurs successeurs vers la nature, en ajoutant la recherche de la vérité typique à celle de la vérité individuelle, et en mettant au premier rang l'étude du corps humain. Cette étude, à laquelle des préjugés rehgieux ont longtemps mis obstacle, va, sous l'influence d'une plus grande diffusion de lumières et d'une plus grande indulgence de doctrines, pouvoir être menée jusqu'en ses dernières limites. Verrochio (1432-1483) moulera des cadavres et Michel- Ange (1478-1564) les disséquera ; l'anatomie deviendra une véritable passion à laquelle les artistes dévoueront leur jeunesse, et les merveilles que cette science produira sont trop éclatantes pour qu'on puisse insister sur ce progrès.
Enfin, avec la renaissance des arts était née et marchait côte à côte la renaissance littéraire, qui fortifiait de ses progrès ceux de la peinture. Dante, Pétrarque et Boccace avaient iîxé la langue italienne par leurs écrits immortels. En même temps que les chefs-d'œuvre de la statuaire antique, réapparaissaient ceux de la littérature ancienne. La prise de Constantinople va jeter en Italie, avec les lettrés de l'empire d'Orient, des trésors de philosophie, de science et de poésie ; de poésie surtout, car à la logique impitoyable d'Aristote les philosophes, les théologiens mêmes préféreront les allégories enchanteresses du divin Platon; Platon, cet amant du beau et de l'idéal, dont les idées esthétiques et les théories amoureuses inspireront pendant tout le quinzième siècle les poètes et les artistes.