INTRODUCTION. XXI
Nous avons raconté les origines et les commencements de la Renaissance; nous avons franchi les époques laborieuses des tâtonnements et sommes arrivé à des peintres d'un art plus avancé. Ceux que nous allons aborder n'ont point perdu la fraîcheur de sentiment des maîtres primitifs et ils savent la dégager des défauts choquants qui, chez ces vieux maîtres, déroutent souvent, malgré le charme de leur naïveté, la meilleure volonté du monde. Ce sera maintenant par des tableaux présentés suivant un ordre chronologique, et par des notices mises en regard, que nous continuerons cette étude de la peinture italienne, et sans doute avec plus de fruit que nous ne le pourrions faire dans les pages de cette introduction. Il ne nous reste que quelques mots à dire sur les principales écoles qui se partagent l'Italie, sur leurs caractères et leurs destinées.
L'introduction de la peinture à l'huile dans les ateliers de Venise donna naissance, comme nous l'avons fait pressentir plus haut, à une école d'éminents coloristes. Orientaux de l'Italie par leur origine, par leurs rapports incessants avec les peuples de l'Asie, les Vénitiens ont cet œil des Persans et des Indiens qui saisit d'instinct toutes les lois de la couleur. Ils n'ont pas à apprendre la loi des tons complémentaires ; ils savent naturellement les marier et les exaller sans dureté et sans crudité. Puis on trouve à Venise cette particularité qui est propre aussi à la Hollande et qui fit de ce pays une autre patrie de la couleur. La vapeur d'eau s'élève incessamment des lagunes et rerapht l'atmosphère, les couleurs se rompent, se tempèrent et s'harmonisent. Dans un ciel pur, l'aveuglante clarté du soleil mange les nuances et les demi-teintes, mais en revanche