‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 14 sur 89 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

la ligne est nettement écrite, et à Florence, à Rome, comme à Athènes, on est sollicité au dessin. Dans les lagunes, au contraire, les lignes sont plus vagues, les contours se fondent, les vapeurs estompent les lointains et dégradent les plans par la perspective aérienne, qui devra ici être mieux connue que dans ces contrées où l'éclat de la lumière et la pureté de l'air rapprochent les distances. Les peintres vénitiens furent encore sollicités à être coloristes par la vue de la foule bigarrée qui remplissait leur port, par le luxe et les fêtes de leur riche aristocratie. Ils apprenaient, en faisant le portrait de leurs nobles, à acquérir une connaissance plus parfaite des teintes locales et à employer une extrême variété de tons. D'un autre côté, la préoccupation de l'efFet optique leur fait négliger l'impression morale ; les anachronismes, les invraisemblances se multiplient dans leurs tableaux: ils ont pour les yeux des régals merveilleux, mais ne parlent ni à la raison, ni au sentiment.

C'est là leur infériorité sur les Florentins, qui s'adressent toujours aux facultés les plus élevées de notre être. Si à Venise la couleur est tout, il n'y a guère que la couleur qui manque à Florence; Léonard lui fait connaître toutes les suavités de la peinture ; Michel-Ange, toutes ses fiertés et toutes ses grandeurs. Les origines de l'école florentine, née dans un siècle d'ardente foi religieuse, la rendaient fidèle à la fresque, seule décoration des édifices sacrés. Sa peinture s'était développée en même temps que la statuaire sous l'influence des mêmes causes et des mêmes artistes, à la fois sculpteurs et peintres. Aussi, jamais plus puissante école de dessin n'a paru dans le monde, jamais l'art n'a atteint, si ce n'est dans le seul Raphaël, une semblable dignité, une égale hauteur de style.

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