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LA NAISSANCE DE LA VIERGE

(N*^ 389 du Catalogue.)

Ou rencontre au Louvre, dans la petite galerie des anciens maîtres italiens, un tout petit tableau d'une coloration sombre, qui forme comme une tache parmi les toiles aux tons clairs qui l'environnent. On passerait sans l'apercevoir, si le nom qui se trouve au bas du cadre ne s'imposait à l'attention : Signorelli ! c'est-àdire l'initiateur de Michel-Ange, celui qui, sans être son maître, est le seul peintre dont la marque se retrouve dans les œuvres du grand Florentin, le seul du moins à qui Michel-Ange ait fait quelque emprunt.

11 est malaisé sans doute de savoir quelles furent les influences et les leçons qui préparèrent cet audacieux génie. De tous ceux dont l'histoire des arts conserve le souvenir, il n'en est point qui durent moins à autrui et qui trouvèrent plus en eux mêmes. Nous savons cependant que Michel-Ange copia les fresques de Signorelh au dôme d'Orvieto, et qu'il daigna même s'en approprier certaines figures. Nul peintre, et non pas même Ghirlandajo son maître, n'eurent sur lui une aussi grande influence. Le Jugement dernier d'Orvieto annonce celui de la chapelle Sixtine, qui en reproduit certains passages, et il existe entre le talent de Signorelh et

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le génîe de IMicliel-Ange une sympathie que nul ue peut méconnaître.

Hardi dans ses conceptions, épris des attitudes tragiques et des ligues \iolentes, dessinateur fougueux et savant, Signorelli étudia la ligure humaine avec une ardeur incroyable. On nous raconte qu'un de ses fîîs ayant péri de mort \iolente, il le dépouilla de ses vêtements et se mit à dessiner son cadavre ; il l'aimait avec passion, mais il sut comprimer sa douleur et ne le pleura que quand il eut fini son élude.

11 voyait en tout le côté grave des choses ; dans la Naissatice de la Vierge, tout autre eût cherché à faire ressortir toutes les joies et les tendresses qui accueillent un nouveau-né. Signorelli montre une austérité étrange et jette sur toute cette scène une teinte sombre et triste. Le tableau est d'une coloration énergique dont les tons bruns font pressentir quelque chose de solennel et de mystérieux.

Dans une chambre nue et sévère, sainte Anne, de sa modeste couche, soulève Tenfant qui vient de uaitre; la femmé qui la reçoit de ses mains a cette partaite élégance que nous admirerons bientôt dans Gliirlandajo. Un homme se penche sur le pied du lit; il est dessiné avec vigueur et dans une attitude un peu contrastée qui tranche avec la pose naturelle, aisée et pleine d'ampleur de. saint Joachim, qu'on voit au premier plan écrire sur ses genoux. Cette dernière figure est bien un peu le prototype des prophètes que Michel-Ange va peindre avec tant de grandeur et de majesté aux voûtes de la chapelle Sixtine. Nul ornement, nul accessoire, rieu: que ces personnages aux fières attitudes, qui sans joie et sans sourire assistent à la naissance de l'enfant prédestiné. Certes, ce tableau n'est pas l'œuvre d'une âme vulgaire, et à qui l'étudiera avec attention, le talent de Signorelli apparaîtra dans toute sa puissance et son originahté.

VANNUCCl, DIT LE PÉRUGIN

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