VANNUGCI, DIT LE PÉRUGIN
Pietro Yanuucci ue conserva pas toute sa\ie la même profoudeur de sentiment, ni la même élévation de style. Le supplice de Savouarole (1498), qui jeta dans le cloître fra Bartolommeo, fit tomber le peintre de Pérouse dans l'impiété et le matérialisme même, s'il faut croire Vasari. Ce qui était sorti de son cœur ue pouvait se relroaver sous son pinceau; le Pérugin ne fit plus que du métier et se répéta sans cesse dans une manière hâtive, dégénérée et prétentieuse. Notre lableau date heureusement de la première période de sa vie : il fut peint en 1491. Il est compté parmi ses chefs-d'œuvre et a mérité l'admiration des critiques les plus éminents.
« La Mère du Verbe », nous dit M. Gruger (1), « est assise au miheu d'un atrium dallé de marbre et tient sur ses genoux l'Enfant divin qui nous bénit. A gauche sainte Rose porte un vase de cristal et une branche de rosier. A droite, sainte Catherine tient un livre et une palme ; deux anges sont en prière sur le second plan. Pérugin est là dans toute sa beauté, dans toute sa grâce. Les auges s'inspirent à la source des voluptés chastes et intellectuelles. Les saintes ne regardent pas autour d'elles ; leur demeure est au ciel et elles voient toutes les choses de la terre en passant. Quant à la Vierge, extatique et langoureuse, elle exerce sur l'âme une singulière attraction. Sa physionomie est limpide et comme transparente; le front est haut et large; les yeux sont perdus dans l'immensité des mondes invisibles; le nez est finement dessiné; la bouche est, petite et chaste; i'ovale du visage est délicat et pur ; les cheveux blonds ^'arrangent en bandeaux au sommet de la tête et forment des; boucles dorées qui tombent jusque sur le cou ; le voile est à peine visible et semble faire partie de la personne, tant il s'y; adapte avec convenance; il en est de même de la double tunique, des chapelets de coraux et des rares bijoux qui enrichissent le costume. L'esprit veut en vain pénétrer le secret de ces délicieuses figures; jl s'arrête, remph de respect, à l'entrée du sanctuaire, et, sans comprendre, reste sous le charme d'une harmonie céleste. »
(I) Les Vierges de Raphaël, t. î, p. 489. Librairie Renouard. *
LA VIERGE ET i/e"VI ANT.