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LA VIERGE ET L'ENFANT JÉSUS

(No 152 du Catalogue.)

Les œuvres des premiers maîtres ont un charme particulier qui couvre toutes leurs faiblesses, c'est la magie de la jeunesse, qui uous séduit moins encore peut-être par sa propre beauté que par les promesses qu'elle renferme : la jeunesse, c'est l'espérance, et l'espoir a, dit-on, plus d'attraits que la réalité même. On nous pardonnera donc de nous attarder sur les peintres de la Renaissance ; nous ne manquons pas d'excuses, car cette étude est non moins utile qu'agréable; comme l'a dit Joubert, « il faut tendre sans cesse à ramener l'art à son âge viril, et mieux encore, à son adolescence. ))

Cima da Conegliano est l'élève de Jean Bellin et n'est pas, quoi qu'on ait dit, en progrès sur sou maître. 11 a du sentiment et de la jeunesse; sa délicatesse, son ingénuité, sont pleines de séduction. Mais il a les défauts de ses qualités un peu féminines, et Jean Bellin, sans avoir moins de sentiment ni de tendresse, est plus généreux, plus robuste, a plus de hardiesse et plus de grandeur; il sait élever ses types jusqu'à l'abstraction, tandis que son élève, rattaché à la réalité par des liens trop étroits, laisse à ses figures un caractère

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trop personnel. Si le peintre de Conegliano a réalisé quelque progrès, ce ne peut être que par la délicatesse et l'éclat de son coloris.

La Vierge du Louvre nous fait connaître ce peintre tout entier et vérifiera nos observations. La mère du Sauveur est assise sur un trône à baldaquin et tient l'enfant Jésus sur ses genoux entre saint Jean-Baptiste et la Madeleine. Au loin s'étend une nature aimable et grandiose à la fois ; les collines rocheuses sont coupées de prairies; ni la fraîcheur ni les accidents pittoresques ne font défaut à ce paysage. C'est une vue de Coneghano, c'est là, au milieu des souvenirs de son enfance, qu'il a placé sa madone.

L'arrangement de cette composition est de pure tradition ; la Madeleine est gracieuse, le Précurseur nous montre un modèle mal choisi, et si la Vierge est une mère itahenne charmante de sollicitude maternelle, elle rend mal l'idée morale qu'elle doit nous représenter. La seule distinction de ces figures est leur air de candeur et d'innocence, mais la tendresse qui anime ces visages, les relève et les ennobht.

Si maintenant nous arrêtons notre attention sur le coloris du tableau, nous y trouvons cet art des harmonies et des contrastes que Cima possédait si bien et qui fut le secret de son talent. Le vert-émeraude de la tunique de saint Jean et l'écarlate de la robe de Marie- Madeleine s'exaltent réciproquement, le vert intense du paysage et l'azur du ciel font contraste avec le rouge franc du baldaquin dont les fleurons verts amortissent l'éclat trop cru, de même que le soubassement du piédestal sert de repos entre les tons opposés des premières figures. Et pour augmenter l'harmonie, le bleu décidé des montagnes est rappelé par la nuance du manteau de la Vierge ; celui de la Madeleine ofTre un ton clair qui correspond aux teintes du ciel.

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