‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 34 sur 89 · SALOMÉ RECEVANT LA TÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

SALOMÉ RECEVANT LA TÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

(N" 232 du Catalogue.)

Le sujet de ce tableau est resté ua sujet favori chez les artistes, il l'était tout spécialement chez les disciples de Léonard. Sans doute l'opposition de la mort et de la vie, des tous plombés du décapité, des carnations roses de la jeune fille, est propre à faire ressortir le talent d'un peintre. Le rayonnant sourire delà danseuse, la fraîcheur de sa jeunesse, empruntent un éclat plus vif au voisinage de cette tête coupée, et la face hvide du prophète nous émeut plus profondément quand nous la comparons à ce visage insoucieux et riant, oii la vie s'épanouit dans toute sa fleur et sa beauté.

Salomé tend un plat d'étain au bourreau dont nous n'apercevons que le bras et reçoit la tête de saint Jean-Baptiste. Elle ne donne à cette action qu'une attention distraite et, regardant d'un autre côté, ne paraît occupée que d'elle -même et du triomphe qu'ont obtenu ses pieds légers et la grâce de sa danse. Une douceur ineffable respire dans son visage, admirable de dessin et de modelé, et rien ne paraît lui être plus étranger que la cruauté. La sensualité non plus ne peut se cacher sous des traits si purs. Gomment reconnaître Salomé la danseuse ?

o6 BERNARDINO LUINI.

La tête du saint conserve clans la mort cette expression de souve- \eraine mansuétude qui devait dans le Précurseur annoncer les miséricordes du Christ. Il a dû quitter aussi la vie en pardonnant à ses bourreaux, plein d'un amour infini pour les hommes et les bénissant du milieu de son martyre. Quelle tristesse dans ces traits plombés par la mort et immobihsés à jamais, et en même temps quelle suavité d'expression ! Il semble que les souffrances aiguës de la dernière heure s'y mêlent avec l'avant-goût des béatitudes célestes. Ce passage d'une mort affreuse à la féhcité éternelle s'y est imprimé en caractères subhmes, tout à la fois mélancohques et consolants.

Nous ne pouvons méconnaître dans ce petit chef-d'œuvre l'influence de Léonard, mais Luini y montre un accent individuel et une énergie qui ne lui sont pas ordinaires. Il a répandu le plus grand charme sur toute la composition, c'est la grâce et la douceur de son maître, non point affaibhes par l'imitation, mais qui semblent sortir d'une âme sœur et d'un cœur qu'échauffe la même tendresse. C'est aussi la touche parfondue et le clair-obscur de l'auteur de la Cène, mais cependant avec une nuance : le grand peintre a toujours été fort sobre de lumière et il voulait qu'on la ménageât « comme une pierre précieuse; » Luini, en suivant ce précepte, a donné beaucoup de relief à ses figures et les a fait sortir en quelque sorte de la toile, mais en étendant les ombres qui les modèlent, il ne leur a pas donné assez de transparence et par là même de profondeur.

C'est la seule faiblesse du tableau dont le travail est d'ailleurs d'une finesse et d'une perfection qui défient l'examen le plus minutieux. Les draperies sont souples, les formes ont de l'ampleur et de Télégance, la grâce est exquise et exempte de toute affectation. Rien n'égale la suavité du dessin, si ce n'est l'ingénuit-é et la déhcatesse du sentiment.

SALOMÉ ^.ECEVA^T

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