LE COURONNEMENT DE LA VIERGE
(N" 189 du Catalogue.)
Le nom de Raffaellino del Garbo n'est point de ceux qui brillent avec éclat dans l'histoire des arts, mais le tableau que nous reproduisons ci-contre est d'une telle supériorité que nous ne pouvons le passer sous silence. Devant cette œuvre magistrale on s'étonne et on se demande ce qui a manqué à cet artiste pour être compté parmi les meilleurs précurseurs du seizième siècle.
Raffaellino était pauvre et se maria de bonne heure. Sa jeunesse avait eu des succès ; ses débuts avaient été brillants. Filippiuo Lippi Tavait associé à ses travaux et déclarait qu'à certains égards son élève lui était supérieur. Tout Florence s'était disputé ses œuvres, les murs des palais et des églises s'étaient couverts de ses fresques, mais les charges de famille croissaient plus \ite que sa fortune, les enfants étaient venus, charmants mais nombreux^ et le pauvre artiste, obligé de travailler vite et sans relâche, se négligea bientôt. Si du moins l'on en croit Vasari, alors que ses contemporains préparaient le siècle d'or de la peinture, son talent allait toujours décroissant; il dut accepter les plus humbles commandes et finit par se mettre au service de ce que nous appelons les arts industriels : il vécut de dessins faits
64 RAFFAELLINO DEL GARBO.
pour les brodeurs d'or. Raffaellino mourut pauvre et oublié ; sans quelques peintures comme la Résurrection qui est à l'académie de Florence et le tableau que nous possédons au Louvre, nous ne saurions pas ce que fut son talent et la postérité n'aurait pas cherché son nom parmi ceux des maîtres de Florence.
Nous le disions plus haut, ce Couronnement de la Vierge d'une rare excellence. Son authenticité ne peut être mise en doute : Vasari en donne la description et nous apprend qu'il fut peint pour l'éghse de San-Salvi près de Florence.
Au ciel du tableau, le Christ, assis dans une gloire, couronne la Vierge qui, assise comme lui-même, s'incline sous le diadème d'or^ les mains jointes et les yeux baissés. Ce groupe au-dessus duquel plane le Saint-Esprit est supporté par trois têtes de chérubins; à droite et à gauche, des anges jouent de différents instruments de musique et chantent les louanges delà madone. Dans la partie inférieure de la composition, saint Benoît tient à la main les règles de son ordre, saint Salvi porte la crosse épiscopale, saint Giovanni Gualberto élève un crucifix, saint Bernardo degli Uberti a sur la tête le chapeau rouge du cardinal et dans les mains la tiare de l'évêque.
Ce tableau est d'un sentiment grave, d'une exécution robuste, d'une coloration puissante et chaude. Les quatre ailes des chérubins sont bien du quinzième siècle, mais tout le reste appartiént au seizième, à la grande école qui va régner de 1500 à 1520. Les .têtes sévères des saints sont d'un beau et puissant caractère, et* Tes riches couleurs de leurs vêtements se fondent admirablement dans l'harmonie générale.
LIBRA«Y OF THE UNIVERSITY OF ILLINOIS