‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 44 sur 89 · LE CHRIST COURONNÉ D'ÉPINES · texte numérisé non relu

LE CHRIST COURONNÉ D'ÉPINES

{N° 445, du Catalogue.)

Chacun sait ce que l'imitation des antiques a fait de l'école de David, et dans quel servilisme elle l'a poussée. Nous avons ici un exemple de ce que produit l'influence de la statuaire grecque, quand elle est interprétée par un génie original, et comment elle peut inspirer des chefs-d'œuvre sans demander au peintre le sacrifice d'aucune de ses qualités, sans lui enlever même sa marque particulière et son accent personnel.

Le Titien ne fît que traverser Rome, mais il ne put le faire sans être frappé de la beauté du Laocoon, ni sans éprouver le désir de faire passer dans ses œuvres la sublimité de cette douleur. 11 voulut nous donner le Laocoon chrétien et rehausser la grandeur des souffrances de l'homme de toute la majesté de la Divinité. Le Christ couronné (T épines fut le fruit de cette émulation généreuse. Le coloris est à la hauteur de ce que le Titien a fait de mieux, et, quant à la beauté de la composition, elle est sans égale.

Le Christ, personnage principal, brille seul au miheu du groupe qui l'entoure^ où cependant rien d'intéressant n'a été sacrifié. Sa tête mâle, sa large poitrine, ses membres presque nus, la pourpre qui flotte sur ses épaules et autour de ses reins, éclairés par une \ive lumière, appellent d'autant mieux les regards que tous les objets dont il est environné n'offrent que des tons bruns, gris, azurés ou verdâtres. L'attitude de cette belle figure est noble et pleine de grâce; le corps se penche doucement en avant, les genoux se rapprochent, les pieds s'écartent l'un de l'autre par l'effet de la douleur; les regards, qui se tournent vers le ciel, expriment à la fois les souffrances et la résignation de l'Homme-Dieu. L'action des bourreaux est violente, mais cette exagération accroît l'intérêt; on sent qu'ils veulent non-seulement faire souffrir leur \ictime, mais

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