JACOPO PALMA, DIT LE VIEUX
mais, en vieillissant, il exagéra peu à peu ses louches, et les frappait avec une négligence calculée de façon à leur faire produire leur effet de loin; la distance, Tinterposilion de l'air, tempéraient leur accent trop vif et mettaient de l'harmonie. Les généreux empâtements de ce grand maître sont inconnus aussi à Palma, qui n'a mis d'épaisseur que dans les clairs et ne l'a même fait qu'avec parcimonie.
Il est un autre caractère qui différencie Palma le Vieux des autres maîtres vénitiens et que, mieux encore que celui de son exécution, nous pouvons étudier dans V Adoration des Bergers^ c'est l'expression religieuse, une expression qui n'est point intime et ingénue comme chez les anciens maîtres, mais qui est très-expansive et trèsvivement rendue. Il n'y a pas, dans toute Técole de Venise, une tête qui exprime l'amour divin avec plus de profondeur, de naïveté et de tendresse, que la tête du jeune pâtre. Son corps penché en avant et ses bras croisés avec effusion sur sa poitrine n'expriment pas moins que son visage la ferveur de son adoration. La Vierge, heureuse et émue, prend le bras du divin enfant, tout inconscient encore, et tend sa petite main à l'humble pasteur. Que cette action toute gracieuse et toute maternelle est touchante ! et quelle délicatesse de cœur a révélé au peintre l'éloquence de ce geste si simple !
Cette œuvre charmante et magistrale nous montre comment Palma savait rendre la fraîcheur et la morbidesse des carnations, comment sous son moelleux pinceau les couleurs se fondent, les formes s'arrondissent et se mettent à tourner, mais elle nous donne surtout la mesure de l'émotion que ce peintre peut faire naître dans les âmes, mérite supérieur à celui de l'exécution la plus savoureuse, tout autant que les émotions de l'âme le sont au plaisir des yeux.
Of THE UNIVERSITY OF ILLINOIS