PORTRAIT DE JEANNE D'ARAGON
(N° 373 du Catalogue.)
Jeanne d'Aragon, fille de Ferdinand d'Aragon, duc de Montalto, petite-fille de Ferdinand!'', roi deNaples, mariée au prince Ascanio Colonna, connétable de Naples, et morte en 1577, est représentée de trois quarts, tournée à gauche, avec de longs cheveux^ coiffée d'une toque de velours rouge ornée de pierres précieuses, et vêtue d'une robe de même étoffe. Elle est assise, dans une salle magnifiquement décorée, la main gauche appuyée sur un genou et la droite retenant une fourrure qui couvre son épaule. A gauche, dans le fond, une femme vue de dos s'appuie sur une balustrade entre deux colonnes, et, plus loin, s'étend un jardin et des salles de verdure.
Jeanne d'Aragon était regardée comme la plus belle princesse de son temps, elle n'était pas moins distinguée par son esprit et la grâce de ses manières. Elle conserva sa célébrité jusqu'à un âge très-avancé ; elle fut appelée la divine, et plus de trois cents poètes, nous dit-on, chantèrent à l'envi ses grâces et perfections, a Ce que peut être icibas la beauté véritable, » nous dit Nifo, « on ne le saifpas si l'on n'a pas vu la sérénissime Jeanne. Celle-là du moins est le type de la complète beauté, et par le corps et par l'esprit. Par l'esprit : car cette demi-déesse possède tant de quahtés morales et de grâces enchan-
teresses (ce qui est la beauté de l'esprit), qu'elle n'est pas sortie de la race humaine, mais de la race divine. La perfection des formes, qui fait la beauté du corps, est si accomplie chez elle, que Zeuxis de Crotone n'aurait pas eu besoin de passer en revue tant de belles jeunes filles pour composer la figure d'Hélène, s'il avait pu rencontrer dans une seule femme une beauté semblable et la peindre d'après nature. »
C'est sur ce mode lyrique que s'exhalait l'enthousiasme de ses contemporains. Sans y mettre autant d'ardeur, ou autant d'emphase, nous ne pouvons refuser toute notre admiration à cet ovale si pur encadré d'épais cheveux blonds, à ces yeux bleus, à ces sourcils délicatement arqués, à ce front découvert, à ce nez fin, à cette bouche déhcate et gracieuse, à ce menton rond, creusé d'une johe fossette, détails sur lesquels maître Augustinus Niphus s'étend avec complaisance, mais que Raphaël seul pouvait rendre dans tout leur charme, dans toute leur douceur, dans toute leur suavité. Ce portrait est en effet admirable, la tête est d'un dessin très-délicat et d'un charme prodigieux, quoique les contours en soient un peu durs et le coloris un peu sec.
La tête seule, nous dit Yasari, est de Raphaël; le reste serait de Jules Romain. On sait en effet que Raphaël se faisait beaucoup aider par ses élèves. Jules Romain a travaillé à un grand nombre de chefsd'œuvre du maître, il ébauchait d'après le dessin qui lui était donné et Raphaël terminait. C'est sans doute ce qui se passa à propos de ce tableau : l'ordonnance en est d'une telle beauté qu'on ne saurait y méconnaître le goût et le génie du Sanzio.
On connaît plusieurs copies de ce tableau, mais l'authenticité de celui du Louvre n'est pas contestable. Cet admirable portrait fut peint sur la demande du cardinal Ribbiena qui l'offrit à François 1" entre 1518 et 1519.
rOUTUAIT DE JEANNE DAUAGON,