SAINT MICHEL TERRASSANT LE DÉMON
(N° 370 du Catalogue.)
Raphaël a représenté saint Michel, le chef delà milice céleste, à l'instant où il terrasse Satan. Son attitude est celle du vainqueur; il semble triompher sans effort, et la fatigue est étrangère au combat qu'il vient de hvrer. Il pèse à peine sur le monstre vaincu dont l'œil brille d'une rage inutile. La tête de Tarchange est pleine de noblesse; un léger sourire de dédain effleure ses lèvres; son action est tranquille ; il s'apprête à frapper de sa redoutable lance, et cependant aucune contraction ne détruit la grâce de ses contours. La puissance divine seule lui donne la victoire ; il s'est approché, et déjà son ennemi est renversé.
L'on a justement remarqué la science profonde de Raphaël dans la manière dont il a calculé la pose de Satan; l'usage de ses membres lui est totalement interdit par la façon dont la jambe de l'archange est placée. Les formes de Satan sont puissantes et terribles; son masque hideux, vu en raccourci, emprunte de cette position une expression saisissante. C'est bien l'éternel rebelle, toujours vaincu, jamais soumis, qui, aussi longtemps que Dieu régnera dans les deux, poussera dans les enfers son cri de défi, et provoquera la foudre de sa lance aiguë. Il est précipité sur la terre, et à peine l'a-t-il touchée, que des feux s'élèvent tout autour, sortant des abîmes qui désormais vont être son séjour.
Ce tableau est un des bons ouvrages de Raphaël et l'un des meil-
leurs de ses dernières années. Il est particulièrement remarquable par la beauté de la composition, par le savant ajustement des figures, par l'élévation du caractère de l'archange. 11 est impossible d'unir plus de grâce à plus de puissance; la légèreté de l'ange, l'irrésistible puissance de l'envoyé de Dieu, l'opposition d'une rage inutile à un triomphe sans efPort, ne peuvent être mieux exprimées. La tête de l'archange est un des chefs-d'œuvre de la peinture, et, par sa subhmité, égale tout ce que les arts de l'antiquité ont produit de plus admirable et de plus divin.
La signature et le millésime, qui sont en lettres capitales et eu forme de broderie sur le bord de la cuirasse de saint Michel, sont ainsi figurés : Raphaël Urbinas, pingebat m.d.xvii.
Raphaël, dans cette composition, a voulu faire allusion à lapuissance royale combattant le protestantisme et les factions. Il est de tradition que François I" récompensa le peintre d'Urbin avec une telle munificence que ce dernier, ne voulant pas se laisser vaincre en générosité, exécuta pour le roi sa S ainte -Famille [\f 377 du Catalogue) et le pria d'en accepter le don. Ce récit est controuvé, les deux tableaux arrivèrent ensemble au palais de Fontainebleau, soit qu'ils eussent été commandés au peintre, pour François I", par le duc d'Urbin, soit que, suivant une autre version plus accréditée, ils aient été offerts à ce souverain par le pape Léon X.
Louis XIV avait fait placer ce tableau au-dessus de son troue, et l'on trouve dans l'inventaire de Railly (1709-1710) qu'il avait «deux volets doublés de velours vert, peints par-dessus d'ornements rehaussés d'or. » Cette précaution de protéger le merveilleux tableau contre les injures de l'air était justifiée parles altérations qu'il avait subies. La peinture de Raphaël, exécutée originairement sur bois, fut promptement altérée, le Primatice la restaura en 1530, et plus tard on y retoucha encore. M. Picault la transporta sur toile en 1753; en 1776, la toile se trouva gâtée, et M. Haquin rentoila ce tableau. 11 fut rentoilé pour la troisième fois, en 1800, par M. Picault fils.
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LA SAINTE FAMILLE
(N- 364 du Catalogue.)
Ce tableau est sans contredit le plus précieux que nous possédions de Raphaël. C'est le chef-d'œuvre de ce qu'on appelle les Sainte s 'Familles. Il est impossible de trouver une composition plus digne, des caractères plus élevés, un dessin plus noble, des draperies mieux ajustées, une exécution plus savante et un ensemble plus parfait.
Toute la famille de Jésus s'est réunie autour de son berceau et attend dans le silence l'instant de son réveil. L'enfant divin ouvre les yeux : son premier mouvement est de s'élancer vers la Vierge, qui, de son côté, s'est agenouillée pour le recevoir et le prendre dans ses bras. Sainte Éhsabeth, qui a amené le petit saint Jean pour lui montrer le Sauveur du monde, le tient debout entre ses genoux et lui fait joindre ses petites mains en acte d'adoration. Deux anges, dont Tun répand des fleurs, complètent avec saint Joseph cet admirable groupe.
11 nous paraît intéressant de rapporter ici le jugement que l'Académie de peinture formula sur ce tableau en 1667, sur les conclusions de Mignard. L'Académie décida que, « dans le tableau de la Sainte-Famille., on pouvait admirer tout ce que l'art est capable de produire et ce qu'un beau génie peut imaginer de plus grand ; que, sans parler de la disposition des figures, si aisée, si belle et si heureusement trouvée^ il y avait tant de matière de discourir sur la
noblesse et la diversité des expressions, que l'on y pourrait employer, non pas une seule conférence, mais autant de temps qu'on voudrait demeurer à regarder cet ouvrage, parce qu'il n'y a point de partie qui ne donne de l'admiration et qui ne soit un grand sujet d'étude pour tous les peintres. »
Nous pouvons doue donner à notre admiration un libre cours, elle ne peut s'égarer, l'Académie l'a dit. Disons donc que la figure entière de la Vierge réunit tout ce que le sentiment le plus pur peut exprimer. Ce front pudique, ces yeux baissés, cette pose respectueuse en recevant son fils, tout nous rappelle la Vierge immaculée, et la mère de Dieu. Ce ne sont point des caresses qu'elle lui prodigue comme les autres mères ; elle est en adoration devant ce précieux enfant dont la destinée est de sauver le monde ; elle lui tend les bras humblement et à peine ose le toucher ; une modeste rougeur se répand sur sa figure et témoigne de l'ardeur de son amour et de la joie intérieure de son âme.
L'Enfant- Jésus, au contraire, s'élance vers elle, et la regarde avec transport ; d'une main caressante qu'il pose sur l'épaule de sa mère, il va se soulever jusque dans ses bras.
Qu'elle est belle, cette sainte Éhsabeth ! que son attention est pieuse ! Avec quelle déhcatesse elle dirige les mouvements enfantins de son fils dont la timidité, mêlée de curiosité et d'amour, est si bien exprimée ! Quelle grâce dans cet ange qui répand des fleurs ! et quelle noble gravité dans la pose et la tête de saint Joseph, qui, devant ces caresses de l'enfant et de la mère, songe aux mystérieuses destinées qui leur sont réservées.
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