‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 5 sur 89 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

ces faces rigides, et pourtant un commencement de tendresse semble s'insinuer dans l'œuvre du peintre et y jeter son reflet incertain. C'est, dans la nuit de ces temps barbares, comme un pâle crépuscule, dont les Florentins s'émurent, et leur enthousiasme s'éleva au point de porter en triomphe, dans les rues de leur cité, une madone de Cimabue, que possède encore l'église de Santa-Maria-Novella de Florence.

Cet enthousiasme ne se comprend plus aujourd'hui, et l'on ne peut en trouver facilement le secret, même dans la comparaison des œuvres contemporaines. C'était cependant un événement que cette expression populaire d'un ardent amour pour les arts, et il semble que cette passion du beau devait évoquer de grands artistes. Cimabue avait eu le mérite de l'éveiller chez ses concitoyens ; il allait avoir l'honneur de donner, dans un de ses élèves, un aliment inépuisable à leur admiration passionnée.

Le peintre florentin se promenait un jour sur les bords de l'Arno ; il vit un jeune pâtre tracer sur le sable la silhouette d'une de ses chèvres; frappé de ce dessin, il demanda l'enfant à son père pour en faire un artiste, et Giotto [Bondone dit Giotto (1276-1337)] entra dans cet atelier déjà célèbre, d'où allait sortir avec lui la peinture moderne.

Si en effet Cimabue reste byzantin, Giotto s'affranchit de la tradition ; il étudie les rares antiques que l'on connaissait alors, il copie la nature dans sa vérité et sa grâce naïve. Les mains et les pieds se terminaient avant lui par des pointes allongées : ils prennent une forme naturelle; les figures ont de la vie, les mouvements sont animés, les têtes admirables, et les groupes nous montrent un ensemble harmonique, une action concordante.

liNTRODUGTION. XI

Jusqu^alors le pinceau des artistes semblait icservé aux choses sacrées; les portraits étaient inconnus. Giotto voulut laisser aux siècles à venir les traits de Dante, son immortel ami. 11 ouvrit ainsi des voies nouvelles à son art et lui fit faire un pas énorme. Jamais jusqu'ici le peintre ne se mettait en face d'un modèle vivant ; il copiait des images religieuses;, en les modifiant suivant les inspirations de son goût, mais sans se servir d'un modèle. C'eût été un sacrilège que de faire poser homme ou femme pour la représentation des personnages sacrés. Ces scrupules étroits mettaient obstacle à tout progrès et ne laissaient de possible qu'une servile imitation. Giotto en afïranchissait l'art, et, en faisant le portrait, il se mettait à la recherche de qualités alors inconnues, le clair obscur, les raccourcis, la vérité du coloris, le naturel, la vie.

Bientôt les tableaux religieux furent pleins de portraits. Bondone, dans les fresques de VIncoronata de Naples, en donna l'exemple aux peintres qui devaient suivre. Ce sont des personnages de l'époque dans leurs costumes et leurs habitudes journalières, qui jouent le rôle de la Vierge et des saints ou se mêlent à leur action : anachronismes choquants, si nous ne devions nous rappeler que ces copies littérales de personnes vivantes et connues nous marquent l'affranchissement des traditions et le retour à la nature, à la réalité.

Les fonds d'or disparaissent des toiles du grand novateur. Ses figures se découpent sur l'azur du ciel, les montagnes s'élèvent à l'horizon, les arbres étendent leurs verts rameaux tout peuplés d'oiseaux merveilleux. Le paysage apparaît pour la première fois dans des tableaux italiens; pour la première fois aussi, le mouvement et l'expression animent les figures.

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