XII INTRODUCTION
L'art était conservé dans son immobilité muette comme une momie des tombeaux égyptiens; Giotto arrache les bandelettes quilaretenaient captive et fait circuler la vie dans ses membres; il éveille la pensée sous sa paupière qu'il entr'ouvre. Ce n'est, il est vrai, que par degrés que la vie va remplacer cette longue léthargie, et pour comprendre le mérite du grand maître, il faut comparer ses hardiesses avec la servilité antérieure ; mais la passion apparaît, la grâce se mêle à la grandeur, le caractère individuel, l'accent de la vie se font sentir dans des figures humaines, émues, toutes palpitantes du souffle créateur.
Giotto ne reste pas à Florence, mais rempli de la grandeur de sa mission, il court de ville en ville, prêchant la doctrine nouvelle comme un apôtre inspiré. Naples va le connaître ; Uavenne le verra quelque temps dans ses murs ; Ferrare dans l'Ombrie, Padoue et Assise vont recevoir ses enseignements. Il n'allait pas, d'ailleurs, semer la bonne parole dans un sol infertile. Dans plusieurs contrées déjà, les esprits étaient préparés à la recevoir et secouaient le joug du byzantinisme.
A Sienne, Guido (florissait en 1221) avait fait l'œuvre de Cimabue, et Simone di Martine ou Simone Memmi (1 285 ?-l 344) , ami de Pétrarque comme Giotto l'était de Dante, apportait, dans une peinture délicate et d'une tonalité claire, une expression tendre, une grâce maniérée. Peintre élégant, il abondait en recherches exquises, et dans son goût pour les décorations ornementales, il multipliait les gaufrures, les ors et les reUefs. Ce Simone Memmi, Giotto le ramène à Pise et l'associe à ses travaux du Campo-Santo.
A Gubbio, Oderisio (mort vers 1299), le grand miniaturiste que Dante a chanté, avait fondé une école florissante qui sera