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LA VISITATION

(N° 229 du Catalogue.)

La réputation de Raphaël irritait le grand Michel-Ange. Ce dessinateur sublime comprenait ce qui lui manquait pour enlever au jeune Sanzio l'éclat de sa renommée et conserver à Florence la suprématie dont elle jouissait dans la peinture. Il appela donc à son aide Sebastiano Luciani qui, nourri dans l'école des BeUini, et perfectionné par le Giorgione, avait en partage cette vivacité de coloris que la nature se plut à prodiguer aux peintres de Venise. Le tableau de la Visitation fut un des résultats de cette association assez singuhère, surtout de la part du maître orgueilleux qui regardait la peinture à l'huile comme digne d'amuser les femmes et les enfants. 11 serait à désirer que la conservation plus parfaite du tableau permît déjuger si la jalousie de Michel-Ange atteignit le but qu'elle se proposait; mais, quoique cette peinture ait perdu sa fraîcheur et son éclat, la grandeur du dessin et la beauté du coloris lui méritent encore toute notre admiration.

Michel-Ange et Sébastien del Piombo ont représenté dans cet ouvrage Tentrevue de la Vierge et de sainte Éhsabeth, à l'instant oii ces deux saintes femmes se félicitent de la circonstance heureuse qui les rassemble. Derrière la Vierge on aperçoit deux Juives de

i08 SEBASÏIANO LUGIANI, DIT S. DEL PIOMBO.

sa suite. Derrière sainte Elisabeth, mais sur un plan plus reculé, un Yieillard descend les degrés d'un péristyle, et semble indiquer cette entrevue à d'autres personnages et leur en expliquer le mystère. Il est présumable que c'est Zacharie que les auteurs ont voulu représenter. Un paysage orné de riches fabriques occupe le fond de ce tableau.

Il est peu de toiles au musée du Louvre qui aient un caractère plus fier. La tête de la Vierge est subhme et comparable à ce que la peinture a produit de plus beau; les mains sont d'un dessin admirable et les draperies d'un style très-élevé. Les petites figures du fond rappellent de même ce caractère de grandiosité qui était alors le propre de l'École florentine, et qui, malheureusement peut-être, a contribué à sa décadence. Les imitateurs de Michel-Ange ne possédant pas un génie semblable au sien, ni égal à l'admiration qu'ils lui portaient, ont, en effet, outré son style et sont tombés dans la manière.

Si Michel-Ange est subhme dans le dessin de cette peinture, Sébastien del Piombo mérite aussi nos éloges. 11 fallait être un grand peintre pour ne pas atténuer la pureté d'un dessinateur aussi étonnant, pour conserver avec autant de respect son expression, et pour arriver à l'embellir encore des prestiges du coloris. Il eût pu être autre chose qu'un des satelhtes du grand Florentin, les portraits qu'il a laissés nous en donnent la preuve, mais, pour travailler seul, il lui eût fallu combattre son incurable paresse qui, dans la pleine maturité de sa vie, lui fit tout à fait abandonner son art.

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